Semyon Dukach (Techstars Boston) "Les idées n'ont pas de potentiel. Les entrepreneurs, si"

Comment Techstars sélectionne les start-up pour suivre son processus d'incubation, quelle est sa différence avec Y Combinator ? Le patron de Techstars Boston explique comment il remplit sa mission : aider les start-up.

Que propose le programme Techstars aux fondateurs de start-up ?

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Semyon Dukach est le managing director de Techstars Boston © S. de P. Techstars - Chris Maluszynski/Moment

TechStars est un accélérateur de start-up qui opère dans 14 villes. Je dirige pour ma part celui de Boston. A chaque programme d'incubation, nous sélectionnons près d'une dizaine de start-up. Chacune d'elles reçoit à son entrée 118 000 dollars et la possibilité d'accéder à un réseau de mentors et d'experts reconnus (parmi lesquels le CEO de Twitter Dick Costolo, ou encore des investisseurs comme Fred Wilson et Jeff Clavier, ndlr). En échange de quoi Techstars prélève un pourcentage de l'entreprise qui peut varier entre 6 et 10%.


Comment vous différenciez-vous des autres incubateurs, et notamment de Y Combinator ?

Il existe aujourd'hui de nombreux accélérateurs et Y Combinator est sans aucun doute notre principal concurrent. Nous nous différencions d'abord par le fait que nous sommes aujourd'hui présent dans 14 villes, alors que Y Combinator est uniquement basé dans la Silicon Valley et ne propose que deux programmes par an. Nous fonctionnons donc différemment. Chez Techstars, les programmes sont plus nombreux et plus fréquents mais nous dénombrent moins de start-up. Ce qui nous permet de concentrer l'ensemble de nos efforts et ressources à la dizaine de start-up incubées. Enfin, l'une des autres spécificités de Techstars est ce que nous appelons l'"Equity Back Guarantee", à savoir que nous ne prélevons aucun pourcentage dans le cas où un entrepreneur ne serait pas satisfait de son incubation. Celui-ci conserve de surcroit l'intégralité de l'investissement initial qui lui a été versé. Nous sommes aujourd'hui les seuls à offrir une telle garantie aux fondateurs. Nous souhaitons en effet bâtir une relation de confiance avec eux.

 

Combien sont-ils à utiliser à cette garantie ?

Pour tout vous dire, c'est excessivement rare. Si vous interrogez des entrepreneurs passés par le programme Techstars, tous vous diront à quel point leur incubation leur a été utile. Notre taux de satisfaction est d'ailleurs l'un des plus élevés dans le milieu des incubateurs. Bien sûr un entrepreneur peut toujours mentir pour profiter de cette garantie, mais le fait est que nous entretenons avec chacun d'entre eux une relation de confiance réciproque. Raison pour laquelle cela n'arrive jamais. Il faut également bien comprendre que la majorité des start-up qui intègre le programme Techstars ont souvent déjà réalisé une levée de fonds par le passé. Il arrive même que certaines aient déjà levé un voire deux millions de dollars. Ils ne viennent donc pas pour l'argent. Ils sont surtout motivés par la valeur que nous pouvons leur apporter, notamment grâce à notre réseau de mentors. Un chiffre dont nous sommes fiers : près de 85% des start-up sont toujours en activité après leur incubation !

 

Quels sont vos critères pour sélectionner une start-up ? Comment repérez-vous les idées les plus intéressantes ?

"J'ai raté l'opportunité d'investir dans Twitter"

L'idée ne m'intéresse pas. Celle-ci va évoluer de toute façon. Les idées n'ont pas de potentiel. Les entrepreneurs, eux ont du potentiel. C'est pourquoi je regarde avant tout l'équipe car c'est tout ce qui importe. Je cherche des gens passionnés, capables d'écouter, de mener et d'exécuter. Je ne cherche pas des fondateurs avec des compétences particulières. Si un entrepreneur possède la capacité d'inspirer et d'attirer des talents, alors sa start-up sera capable d'acquérir n'importe quelle compétence. J'essaie enfin de comprendre ce qui motive réellement les fondateurs. Certaines choses peuvent me donner des indications comme par exemple le fait d'avoir déjà réussi à lever de l'argent et donc d'avoir réussi à convaincre des investisseurs. Je me pose également la question de savoir comment mon programme d'incubation est en mesure d'aider au mieux cette start-up à se développer.

 

Comment se passe la rencontre entre les mentors et les start-up ? Ces mentors sont-ils rémunérés ?

Non, et d'ailleurs ils ne font absolument pas ça pour l'argent. Les mentors sont rémunérés par la seule chose qui compte : la gratitude. En ce qui concerne le processus de rencontre, il est assez simple et pas vraiment structuré. A chaque nouveau programme, nous invitons nos mentors à venir rencontrer la dizaine de start-up nouvellement incubées. Si le courant passe avec une équipe, le mentor va alors entamer une relation avec eux et les suivre pendant toute la durée de l'incubation, voire même après puisque certains deviennent parfois des investisseurs. Il s'agit ici de relations humaines avant tout. Certains peuvent venir plusieurs fois par semaines, d'autres moins. Il n'y a aucune d'obligation. Nous avons même quelques mentors passionnés qui viennent tous les jours ! Parfois certains mentors ne trouvent pas de start-up à coacher et reviennent alors nous voir au programme suivant.

                       

Outre les mentors, combien de personnes travaillent pour l'incubateur ?

Nous rémunérons plusieurs internes chargés d'aider les start-up au quotidien. Le plus souvent il s'agit de personnes expertes dans un domaine précis comme par exemple le développement web, le design ou le marketing. D'ailleurs, ces employés finissent le plus souvent par intégrer à temps plein les équipes de nos start-up incubées.

 

Avez-vous déjà laissé passer des pépites, à savoir des start-up qui n'ont pas été retenues lors du processus de sélection mais qui ont malgré tout connu un grand succès par la suite ?

Bientôt des annonces en Europe

Je ne suis pas en poste chez Techstars depuis assez longtemps pour vous donner des cas précis mais nous avons forcément dû en rater. De la même manière que tous les investisseurs manquent des opportunités. J'ai moi-même été business angel pendant de nombreuses années et j'ai notamment manqué l'opportunité d'investir dans Twitter. Mais encore une fois, ce n'est pas vraiment la vocation de Techstars. Ce serait plutôt celle de Y Combinator. Je ne fais pas ce travail pour l'argent. Mon objectif n°1, et celui de Techstars, est avant tout d'aider les fondateurs. Et je serais prêt à faire n'importe quoi pour aider une start-up incubée dans mon programme.

 

Techstars a-t-il prévu d'ouvrir un incubateur en France ? Recevez-vous des candidatures de start-up françaises ?

Pas que je sache mais, je ne m'occupe pas de ces questions. Néanmoins, il me semble que des choses devraient être annoncées pour l'Europe prochainement. Pour répondre à votre seconde question, il n'est pas rare que nous recevions des candidatures de start-up françaises. J'en compte d'ailleurs une actuellement dans mon programme qui se nomme Streamroot.

 

Techstars opère également différents incubateurs aux côtés de marques telles que Disney (Los-Angeles), Barclays (Londres), ou Nike (Portland). Quel est l'objectif de cette association marques/incubateurs ?

Nous gérons conjointement ces incubateurs avec les marques. Pour prendre l'exemple de l'incubateur Disney, son directeur travaille pour Techstars et non pour Disney. Une marque comme Disney pourra apporter énormément à une start-up qui évolue dans le secteur du divertissement. Techstars devrait d'ailleurs probablement continuer à développer ce type de partenariats – aussi appelés incubateurs "verticaux", dans le futur.

 

Quelles sont, selon vous, les principales causes d'échec d'une start-up ? Quel serait votre conseil n°1 à destination des entrepreneurs ?

La plupart du temps, c'est une mésentente entre les fondateurs qui en est l'origine. Lorsque cela arrive, nous essayons de faire l'intermédiaire et d'arranger les choses. Parfois nous y arrivons, parfois pas. Mon conseil aux entrepreneurs est avant tout de se poser cette question "pourquoi suis-je en train de faire ça ?". Pour y répondre, le plus simple est d'imaginer un groupe de clients potentiels et de s'interroger : les aimez-vous ? Avez-vous envie de les rendre heureux ? Votre objectif est-il de les satisfaire en leur ôtant une épine du pied ? Il faut vraiment qu'un entrepreneur ait cette passion et cette détermination pour que le reste puisse suive et que sa start-up réussisse.

 

Semyon Dukach dirige l'incubateur Techstars à Boston. Avant d'intégrer Techstars, Semyon était un business angel actif, comptant près de 75 investissements. Il est aussi le cofondateur de plusieurs sociétés parmi lesquelles Vert, Pdffiller, Gobal Cycle Solutions ou encore Fast Engines. Semyon a obtenu un diplôme en Sciences Informatiques à l'Université de Columbia ainsi qu'un Master au MIT.