Le gouvernement prépare une nouvelle réforme du CPF pour réaliser 300 à 350 millions d'euros d'économies
Le compte personnel de formation (CPF) est à nouveau dans le viseur de l’exécutif. Après plusieurs années de dérives et de réformes successives, le gouvernement proposera une nouvelle réforme du dispositif dans la copie du budget 2027. L’objectif affiché est de réaliser 300 à 350 millions d’euros d’économies, sur les 2,5 milliards demandés au ministère du Travail, en resserrant encore les conditions d’accès et en renforçant la lutte contre la fraude.
Un dispositif populaire mais coûteux
Créé en 2015, le CPF permet aux actifs d'acquérir des droits à la formation crédités en euros sur une plateforme gérée par les pouvoirs publics. Ce "droit à la formation professionnelle" a coûté 26 milliards d'euros aux entreprises françaises et 2 milliards d'euros à l'Etat en 2025. Le passage à un système de crédits individuels et le lancement de l'application mobile Mon Compte Formation ont permis de décupler le nombre d'actifs en formation. Mais cette popularité s'est accompagnée d'une explosion des coûts et de dérives, régulièrement pointées par la Cour des comptes.
Depuis sa création, le CPF a été marqué par une multiplication des formations de piètre qualité, voire proprement "bidon", et par un démarchage agressif. Un vaste système de démarchage, opéré depuis des plateformes téléphoniques basées principalement en Afrique du Nord et à Madagascar, est spécialisé dans le détournement des crédits de formation. Les fraudes au CPF peuvent commencer par un appel téléphonique, un mail ou un SMS d'une personne prétendant appartenir à la plateforme Mon Compte Formation ou à un autre organisme.
Les chiffres témoignent de l'ampleur du phénomène. En 2023, sur la base de signalements reçus par Tracfin, les montants relatifs à des soupçons de fraude au CPF s'élevaient à 567 millions d'euros. Malgré une baisse des signalements en 2024, attribuée au durcissement du cadre juridique, la dynamique repart à la hausse avec 221 millions d'euros en 2025 et déjà 88 millions d'euros à la fin du printemps 2026, selon une note interne des services de Bercy. Il n'est pas impossible, en se basant sur les seuls signalements, que plus de 10% des sommes versées au titre du CPF soient liées à la fraude.
La Cour des comptes pointe, année après année, une véritable gabegie dans le dispositif CPF. En 2023, elle constatait des "effets indésirables", souvent "non anticipés" par le gouvernement, ainsi qu'une absence de soutenabilité financière du dispositif. France compétences, l'organisme public chargé du financement des contrats d'apprentissage et du CPF, accuse depuis 2020 un "déficit structurel majeur" qui s'est creusé jusqu'à 4,6 milliards d'euros en 2020, avant de se résorber progressivement. Les entreprises s'acquittent chaque mois de la contribution à la formation professionnelle (CFP) calculée sur leur masse salariale brute globale, pour une enveloppe totale estimée à près de 12 milliards d'euros en 2026.
Des réformes successives, une efficacité à prouver
Face à ces dérives, l'Etat a multiplié les mesures de contrôle. En 2022, il a adopté une loi contre la fraude et le démarchage, puis a procédé au déréférencement d'organismes douteux. En 2024, l'Etat instaure une participation forfaitaire de 100 euros pour l'utilisateur, portée à 150 euros par décret en avril 2026. Le financement du permis est plafonné à 900 euros et celui du bilan de compétences à 1 600 euros.
La réforme à venir prévoit d’augmenter encore le reste à charge pour les utilisateurs, de cibler davantage les formations éligibles et de renforcer les contrôles. Le gouvernement compte à nouveau "responsabiliser" les utilisateurs en augmentant le reste à charge et en priorisant les secteurs en tension, notamment dans l’intelligence artificielle, qui bénéficiera de financements supplémentaires.
Inquiétudes et critiques
Ce durcissement suscite des inquiétudes parmi les acteurs du secteur. "Pour l’esprit des Français, le compte CPF a longtemps rimé avec fraude", reconnaît le cofondateur de la plateforme de formation en langues Lingueo, Arnaud Portanelli, au Figaro. Il estime également que "les dernières réformes ont vraiment contraint la liberté de choisir son avenir professionnel". Selon lui, "en misant sur l’IA, l’Etat crée une nouvelle poche légale, dans laquelle les fraudeurs vont s’engouffrer, comme ils l’ont fait hier pour le permis moto".
Ces craintes semblent confirmées par les dernières observations de Tracfin, qui note depuis le début de l’année 2026 une recrudescence de "sociétés frauduleuses commercialisant des formations informatiques/bureautiques/IA", met en garde la note interne de Bercy consultée par Le Figaro.