Paul Krugman estime que la France suit une trajectoire budgétaire insoutenable
L'économiste américain Paul Krugman, lauréat du prix Nobel d'économie en 2008, a tiré la sonnette d'alarme sur la situation financière de la France dans une note publiée jeudi 8 octobre 2026 sur sa newsletter Substack. Selon lui, "la France suit une trajectoire budgétaire insoutenable" et est devenue "l'homme malade du monde occidental". Il pointe du doigt le système de retraite français, qu'il juge archaïque et trop coûteux, comme la cause principale de cette situation.
Un taux d'emprunt au plus haut depuis 2002
L'avertissement de Paul Krugman intervient alors que le taux d'emprunt à dix ans de la France a récemment grimpé jusqu'à près de 5%, un niveau jamais vu depuis 2002. Selon l'économiste, la France emprunte désormais à des conditions "supérieures à celles de l'Italie", ce qui constitue un signal particulièrement préoccupant pour la stabilité financière du pays et de la zone euro.
Pour Paul Krugman, la racine du problème réside dans "son incapacité persistante à envisager la retraite de manière réaliste". Il rappelle que "l'âge officiel de la retraite en France, c'est-à-dire l'âge auquel les salariés peuvent percevoir l'intégralité de leur pension, n'était que de 62 ans en 2023". Il souligne également que "l'espérance de vie des Français à 65 ans avoisine 87 ans". Ce contraste est d'autant plus frappant que d'autres pays européens, comme le Danemark, ont fixé l'âge de départ à la retraite à 67 ans. Selon lui, le système de retraite français "a entraîné des coupes dans d'autres postes de dépenses, notamment dans l'éducation" et la France accorde "d'importantes aides financières aux Français âgés, au détriment de tous les autres".
L’économiste met également en garde contre les projets politiques visant à maintenir ou abaisser l’âge légal de départ à la retraite. Il évoque le projet de Marine Le Pen de porter de nouveau l’âge légal à 62 ans, estimant que cela "serait extrêmement coûteux et témoigne d’une réticence générale de la part de la droite française en pleine ascension à faire face à la réalité".
La situation budgétaire de la France est d’autant plus préoccupante que le niveau d’endettement ne cesse de croître. Selon le ministère de l’Economie et des Finances, la dette publique atteindra 119,3% du produit intérieur brut en 2026 et 121,7% en 2027. Cette dynamique alimente les craintes d’une perte de confiance des investisseurs et d’une possible crise financière.
Paul Krugman estime que la France pourrait être "trop grosse pour être sauvée" (too big to save) par la Banque centrale européenne en cas de crise. Il souligne qu’un plan de sauvetage français se heurterait à une opposition politique farouche de la part des pays créanciers, en particulier de l’Allemagne. Les pays d’Europe du Sud, qui ont déjà subi de lourds plans de redressement lors de la crise des dettes souveraines, pourraient également se montrer sceptiques à l’idée de soutenir la France.
Un risque de défaut jugé sous-estimé
La probabilité d'un défaut de paiement de la France à cinq ans n'est que de 1,2%, un chiffre jugé trop bas par Paul Krugman. Il met en garde contre un scénario où la perte de confiance des investisseurs entraînerait une hausse des taux d'intérêt, une fuite des capitaux et, potentiellement, une crise systémique dans la zone euro.
Toutefois, l’économiste nuance son propos en indiquant que "les marchés financiers réagissent comme si le risque d’un tel scénario était réel, mais faible".