Laurent Nuñez et Edouard Geffray auditionnés à l'Assemblée nationale après l'acte III du mouvement lycéen
Les ministres de l’Intérieur Laurent Nuñez et de l’Education nationale Edouard Geffray seront auditionnés mercredi par les députés à l’Assemblée nationale, au lendemain de l’acte III d’un vaste mouvement lycéen sous haute tension. Cette double audition intervient alors que la mobilisation des lycéens, entamée mi-septembre, a connu mardi 6 octobre un nouveau pic de tension, avec des affrontements, de nombreux blessés et des dégâts matériels d’une ampleur inédite.
Deux auditions distinctes sur fond de crise
Edouard Geffray sera entendu à 10h "sur le blocage des lycées" en commission des Affaires culturelles et de l’Education. Laurent Nuñez sera lui auditionné à 15h par les députés membres de la commission des Lois "sur la gestion de l’ordre public suite aux mobilisations lycéennes et la protection des personnes face aux violences".
Les deux ministres ont déjà longuement été interpellés lors des questions au gouvernement mardi, où les questions des députés ont largement porté sur ce mouvement lycéen, dont de nombreux députés à gauche dénoncent la "répression".
Depuis le début du mouvement mi-septembre, 215 élèves ont été blessés, une majorité "soit dans le cadre d'accidents", "soit par le fait d'autres individus extérieurs", selon Matignon. Parmi les cas les plus graves, un lycéen de 16 ans a perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage et un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens. Du côté des forces de l’ordre, 715 policiers ou gendarmes ont aussi été blessés, de même source.
Le ministre de l’Education nationale a également dressé un constat alarmant mardi. "Nous avons eu 85 personnels (...) qui ont été blessés en l’espace de huit jours, et c’est inédit dans l’histoire de l’éducation nationale. Et nous avons 24 bâtiments qui ont été saccagés et incendiés", a-t-il dénoncé. "Nous avons par conséquent 30 000 élèves qui sont privés de cours, parce que certains ont encouragé ou ont légitimé sous quelque forme que ce soit, la violence", a-t-il ajouté alors que LFI est largement pointée du doigt par l’exécutif qui l’accuse de "bordeliser le pays" avant la présidentielle.
L’acte III du mouvement lycéen a rassemblé entre 450 000 personnes – selon les organisateurs – et 256 000 personnes – selon la police – partout en France mardi. Le mouvement est soutenu par l’Union syndicale lycéenne (USL), l’Union étudiante, une vaste intersyndicale de l’Education nationale, la CGT et plusieurs partis de gauche.
La mobilisation a été émaillée de nombreux incidents. 488 personnes avaient été interpellées en fin de journée, et 43 membres des forces de l’ordre ont été blessés lors de la mobilisation du 6 octobre.
Vives critiques sur la gestion de l’ordre public
Dans l’Hémicycle, le député socialiste Roger Vicot a déclaré : "Il n'est évidemment pas question ici d'excuser ou de légitimer les actes de destructions." Mais "se pose véritablement et de façon douloureuse désormais, la question de la doctrine d'emploi de nos forces de l'ordre".
Face aux critiques, Laurent Nuñez a défendu l’action de la police : "On va continuer à faire ce que nous faisons, à maintenir l'ordre, à intervenir chaque fois qu'il y a des violences avec proportionnalité", a-t-il martelé en réponse au député du groupe écologiste Benjamin Lucas-Lundy qui a réclamé sa démission.
Edouard Geffray a, de son côté, déploré que les revendications lycéennes aient été "confisquées" par des "violences inqualifiables".