Le Parti socialiste maintient sa motion de rejet sur le budget 2027
Le Premier ministre n'a pas convaincu les députés socialistes de renoncer à leur motion de rejet sur le projet de budget. Malgré une nouvelle lettre adressée par Sébastien Lecornu, les élus du Parti socialiste ont confirmé leur intention de maintenir cette initiative parlementaire. La motion de rejet, déposée par les socialistes, doit être examinée ce mardi soir à l'Assemblée nationale.
Cette décision intervient alors que le gouvernement cherche à éviter un rejet immédiat du budget de l'Etat, qui serait, selon Sébastien Lecornu, "le plus mauvais signal" que peut envoyer l'Assemblée nationale. Le chef du gouvernement avait déjà tenté de convaincre les socialistes lors du précédent débat budgétaire, mais cette année, la position du PS s'est durcie.
Un dialogue de sourds sur la fiscalité
Au cœur du désaccord figure la question fiscale. Le gouvernement se refuse à toute augmentation des impôts quand les socialistes réclament la mise à contribution des plus hauts patrimoines et des grandes entreprises. Cette divergence fondamentale a été rappelée dans les échanges récents, le Premier ministre reconnaissant lui-même l'existence de "désaccords" notables avec le PS, "notamment en matière fiscale".
Dans son courrier, Sébastien Lecornu dit vouloir reconduire cette "approche pragmatique autour de la vie quotidienne des Français" qui a porté ses fruits lors du dernier débat budgétaire. Il ouvre ainsi la porte aux discussions sur "trois chantiers primordiaux", chers aux socialistes : la lutte contre les violences faites aux femmes et la protection des enfants, la situation des agriculteurs, et la jeunesse et l'avenir de notre école. Il précise que la loi sur les violences faites aux femmes et la protection de l'enfance doit "trouver une traduction dans les moyens budgétaires et humains", potentiellement au-delà des 1,5 milliard pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et des 2,6 milliards pour la protection de l'enfance "si le Parlement, et notamment votre groupe, le décide".
Sébastien Lecornu ferme cependant la porte à la demande portée par les socialistes d'une lettre rectificative avant l'ouverture des débats parlementaires.
Les réponses du Premier ministre n'ont pas satisfait les élus socialistes. "Rien sur les recettes, rien sur les super riches, sur les super profits… vaguement une ouverture sur les écoles alors qu'il ferait mieux d'aller parler aux lycéens… bref, sa lettre ne changera rien", balaye Sandrine Runel, la cheffe de file socialiste sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, auprès des Echos.
La députée PS Estelle Mercier a confirmé la détermination du groupe : "Cette lettre du Premier ministre ne change rien à notre motion de rejet préalable", a-t-elle répondu aux Echos. Sur la fiscalité, "nous demandons de la justice… ce courrier n'y répond pas", cingle-t-elle, ne voyant dans la lettre "aucune inflexion" de Matignon. Elle ajoute : "La responsabilité est du côté de ceux qui sont au pouvoir depuis dix ans et qui continuent à faire la même politique économique et fiscale qui conduit notre pays au bord du gouffre. Notre motion de rejet est une fois encore une alerte et un appel solennel à changer de braquet", prévient-elle.
Le RN refuse de soutenir la motion de rejet
Le RN refuse de soutenir l'initiative du PS et veut "aller au débat". Le groupe présidé par Marine Le Pen a annoncé qu'il voterait "contre" la motion de rejet, enterrant ainsi ses chances de succès. "Nous voulons aller au débat", et "nous ne ferons pas (le) cadeau au gouvernement macroniste de ne pas aller le confronter" dans l'hémicycle, "en particulier à quelques mois de l'élection présidentielle", a indiqué à la mi-journée le député Jean-Philippe Tanguy, chef de file sur les questions budgétaires pour le groupe de Marine Le Pen.
Le reste de la gauche devrait voter le texte du PS, même si le refus des députés RN de s'y associer devrait le condamner. En cas d'adoption, la motion aurait valu rejet immédiat de tout le projet de budget, le renvoyant vers le Sénat.
Un contexte politique tendu à l'approche de la présidentielle
Les débats sur le projet de loi de finances, qui commencent mardi à l’Assemblée, s’annoncent tendus, avec un risque de censure du gouvernement, à moins de sept mois de l’élection présidentielle. Après avoir présenté un effort de 54 milliards d’euros pour ramener le déficit public à 5% du produit intérieur brut en 2027, le gouvernement se heurte à une nouvelle exigence du Parti socialiste.
Les présidents des groupes parlementaires socialistes Boris Vallaud, Patrick Kanner et la Première secrétaire par intérim Johanna Rolland ont signé une lettre rappelant que les socialistes ont déjà accepté le principe d’un compromis budgétaire avec le gouvernement.