La Californie propose de taxer les milliardaires pour financer la santé publique
La Proposition 40 prévoit de taxer les quelque 200 milliardaires de l'Etat à hauteur de 5% de leur patrimoine net pour financer le système de santé public dont dépendent la moitié des Californiens, fragilisé par les énormes coupes fédérales imposées par Donald Trump. Si elle est adoptée, la mesure devrait générer 100 milliards de dollars de recettes fiscales, rappelle Brian Galle, professeur de droit à l'université de Berkeley, qui a contribué à la conception du projet. Sans cette manne financière, les ménages californiens devront selon lui débourser en moyenne 7 500 dollars supplémentaires au cours des prochaines années pour financer leurs soins, à cause des récentes coupes fédérales dans la santé publique.
Un enjeu national, des soutiens et des oppositions marqués
Le scrutin pour les élections de mi-mandat est ouvert en Californie, et d'ici trois semaines, les électeurs devront se prononcer sur un référendum capable d'influencer le reste des Etats-Unis : les milliardaires doivent-ils payer un impôt sur leur fortune ? Le verdict ne sera connu que le 3 novembre, jour de clôture des élections de mi-mandat.
La Proposition 40 bénéficiait encore d'un large soutien il y a quelques mois, mais il s'érode à l'approche du vote, selon les sondages. Le débat a pris une ampleur nationale, à l'heure où la colère monte face à l'aggravation des inégalités et l'accroissement vertigineux des fortunes des géants de la tech comme Elon Musk.
Début octobre, le socialiste et ex-candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders s'est rendu à Los Angeles pour soutenir cette taxe. "Alors que ces milliardaires ont plus que triplé leur fortune au cours de la dernière décennie, ils ont payé un taux d'imposition effectif inférieur à celui d'un plombier ou d'une infirmière", a argué cette figure de la gauche américaine.
Cette taxe temporaire, "c'est comme une goutte d'eau dans leur océan" de richesses, estime auprès de l'AFP Loren Fierman, une graphiste à la retraite qui dépend de Medicare, l'assurance-santé des plus de 65 ans. "Cela ne signifie pas grand-chose pour eux, mais cela représente tout pour les personnes qui ont besoin de soins."
Mais ce référendum effraie la Silicon Valley. Les opposants à la "Proposition 40", parmi lesquels le cofondateur de Google Sergey Brin, ont déboursé plus de 205 millions de dollars pour faire campagne contre. Avec comme argument, une menace répétée à longueur de spots publicitaires : la taxe risque d'être pérennisée, ce qui provoquerait un exode des ultra-riches capable d'engendrer un effondrement des recettes fiscales de la Californie.
Outre les milliardaires, la taxe a également d'autres opposants de poids. Parmi eux, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom. Après plus de sept ans passés à gérer l'Etat, ce démocrate qui nourrit des ambitions présidentielles pour 2028 soutient officiellement le "non" au référendum. Le puissant syndicat United Domestic Workers, qui représente 250 000 aides à domicile et puéricultrices, appelle également ses membres à voter "non". L'organisation estime qu'une taxe ponctuelle pour soutenir le système de santé ne comblera pas durablement les milliards du déficit californien.
La Californie a déjà tenté trois fois d'augmenter l'imposition des plus riches au cours des 15 dernières années, via des référendums qui ont tous échoué. Mais si la Californie adopte la première taxe sur les milliardaires aux Etats-Unis, "des initiatives similaires verront le jour dans d'autres Etats", espère déjà Emmanuel Saez, un autre concepteur du texte.