Les candidats à la présidentielle exposent leurs solutions pour sauver une presse en crise

Les candidats à la présidentielle exposent leurs solutions pour sauver une presse en crise Les principaux candidats à la présidentielle ont exposé mercredi leurs solutions pour répondre à la crise profonde que traverse la presse, lors d'une rencontre organisée par l'Alliance de la presse d'information générale à Paris.

Les candidats à la présidentielle de 2027 ont présenté mercredi devant les patrons de presse leurs solutions pour ce secteur en souffrance, incluant quelques pistes radicales. Edouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau ainsi que des représentants de Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont défilé au Pavillon Elysée, à Paris, à l’invitation de l’Alliance de la presse d’information générale (Apig).

Cette rencontre s’est tenue dans un contexte très difficile pour la presse, qui voit les plans sociaux s'accumuler, et son modèle économique vaciller face aux réseaux sociaux et à l'intelligence artificielle. "Il y a une crise assez profonde de la presse" et "vous suscitez assez largement de la défiance, un peu moins que nous, mais à peine moins", a lâché Edouard Philippe devant les dirigeants de nombreux médias et des parlementaires réunis.

L'Apig regroupe près de 300 quotidiens et hebdomadaires. A l'occasion de cette rencontre, elle a publié un "manifeste" intitulé "Le droit d'être informé", comprenant neuf propositions de politiques publiques. L'Apig y dresse le constat qu'"un tiers des Français ont déjà vu disparaître un média local près de chez eux".

Des propositions convergentes sur les plateformes numériques

Tous les prétendants ont convenu qu'il faudrait faire cesser le "pillage" des contenus de presse par les acteurs de l'intelligence artificielle, et trouver un moyen de taxer les plateformes au niveau européen. Les candidats se sont également dits ouverts à ce qu'une part des amendes versées en France par les géants du numérique pour non-respect des règles de la concurrence revienne à la presse.

L’idée d’aiguiller obligatoirement une part de la publicité vers les publications a également fait consensus parmi les intervenants. Philippe Ballard, représentant du Rassemblement national, a déclaré : "YouTube, c'est une saloperie, il faut leur briser les reins", sans détailler comment.

Si un consensus s’est dégagé sur la nécessité de mieux taxer les plateformes, les candidats divergent sur la question des aides publiques à la presse. Philippe Ballard a été le seul à suggérer une baisse de ces aides : "Sur cinq ans on va rogner sur ces aides directes" qui vont notamment à la distribution des journaux car "il n’y a plus d’argent", a-t-il déclaré. Il a également affirmé : "Il faut tout miser sur le numérique". Cette position a été contestée par des dirigeants de la presse quotidienne et hebdomadaire régionale, qui ont fait valoir que le papier représente encore l’essentiel de leurs revenus.

Du côté de La France insoumise, Manuel Bompard a appelé "à libérer un certain nombre de médias du pouvoir de l’argent" en luttant contre les concentrations. Les insoumis souhaitent aussi conditionner les aides à la presse à des critères "sociaux" et de "gouvernance", et Manuel Bompard a notamment insisté sur l’octroi aux journalistes d’un droit de véto ou d’agrément en cas de changement de direction.

La plupart des candidats tâtonnent sur la définition d’un modèle économique pérenne pour la presse. Edouard Philippe a esquissé un parallèle avec l’exception culturelle : "Nous avons réussi en France à préserver des secteurs culturels" avec "des modes de financement particuliers". Il a ajouté : "Il y a une vertu démocratique et républicaine à l’existence d’un débat public informé" et pour la presse, "il est nécessaire de trouver des financements qui viennent garantir la réalité de ce débat".

L’Apig appelle à une grande cause nationale pour l’éducation aux médias

Dans son manifeste, l’Apig appelle notamment à "faire de l’éducation aux médias une grande cause nationale". Ces pistes sont avancées pour la plupart depuis plusieurs années et faisaient partie des réflexions lors des Etats généraux de l’information, tenus à l’initiative d’Emmanuel Macron en 2023 et 2024, qui n’ont été suivis d’aucune traduction législative.

L’élection présidentielle de 2027, prévue les 18 avril et 2 mai 2027, se tiendra dans un contexte où la survie et l’indépendance de la presse sont perçues comme un enjeu démocratique majeur par la plupart des candidats.