Comparatif des plateformes cloud : le français Upsun tire son épingle du jeu

Comparatif des plateformes cloud : le français Upsun tire son épingle du jeu Heroku, Scalingo, Render... Les principaux pure player du PaaS se comptent sur les doigts d'une main. Ce petit groupe se livre une bataille sans merci pour retenir ou gagner des parts de marché.

Dans l’ombre des hyperscalers que sont AWS, Google Cloud et Microsoft Azure se cache une poignée de spécialistes du platform-as-a-service (PaaS). Historiquement, le PaaS se niche entre les cloud d’infrastructure (IaaS) qui se contentent de vendre de la ressource de calcul et de stockage, et les éditeurs de SaaS qui commercialisent des offres logicielles packagées en mode cloud. Le PaaS, lui, est taillé pour développer et déployer des applications cloud ad hoc. Il pourra s’agir de services web, d’intranets ou de logiciels métier. Sur ce segment qui selon le Gartner pourrait atteindre 600 milliards de dollars en 2030, se distinguent les américains Heroku et Render et les français Scalingo et Upsun. Parmi ces acteurs, Upsun se détache, notamment du fait de fonctions d’automatisation à l’état de l’art (voir le tableau ci-dessous).

Comparatif des plateformes cloud
Fonctionnalités Upsun Heroku Scalingo Render
Multi-cloud vs mono-cloud AWS, Google Cloud, Microsoft Azure, OVHcloud, Orange AWS Outscale AWS
Support natif de Kubernetes Dans la feuille de route Oui Non Non 
Automatisation des configurations Oui Non Non Non 
Serveur de MCP (vibe coding) Oui Oui Non Oui
Support des Buildpacks Non Oui Oui Non
Application Performance Monitoring natif Oui (via Blackfire) Oui Non Non
Environnements de préproduction Illimité Limité Non Oui (en option)
Conformité réglementaire ISO 27001, SOC 2, PCI-DSS, HIPAA SOC 2, ISO 27001 (Salesforce) ISO 27001, HDS et SecNumCloud (dans la feuille de route) SOC 2, ISO 27001
SLA 99,99% 99,95% 99,90% NC

Sur le marché du PaaS, Heroku fait figure d’acteur historique de référence. Fondée en 2007, cette entreprise américaine a été acquise par Salesforce en 2011. Orientée au départ sur Ruby on Rails, la plateforme supporte désormais neuf langages dont Clojure, Java, PHP ou Python, ainsi qu’une série de frameworks dont .Net et Node.JS. "Grâce aux briques (open source, ndlr) Buildpacks, il est possible en parallèle d'ajouter des environnements de programmation tiers à notre PaaS. C’est là l’un de nos principaux points forts", pointe Betty Junod, chief marketing officier et vice-présidente sénior d’Heroku. Autre avantage de la solution : elle intègre Kubernetes à son moteur d’exécution. La mise en œuvre de l’orchestrateur est entièrement automatisée et transparente pour les développeurs.

Sur le plan de l’IA, Heroku sollicite les modèles de langue en quelques lignes de commande. En coulisse, le PaaS automatise la gestion de l’infrastructure d’IA sous-jacente. Pour créer les applications, Heroku supporte par ailleurs les environnements de développement orientés IA et vibe coding que sont Cursor ou Windsurf. Toujours en matière d’IA, Heroku a lancé App Link. "Cet outil permet d’intégrer Heroku à Agenforce pour tirer parti des agents dans les applications déployées", souligne Betty Junod. Enfin, l’éditeur de San Francisco améliore l’intégration à sa plateforme du standard OpenTelemetry pour l’observabilité.

Scalingo : l’Heroku français

Qu’en est-il de Scalingo ? Fondée en 2015, cette société d’origine strasbourgeoise est créée dès l’origine pour populariser le PaaS. "Nous sommes l’Heroku français", affirme d’emblée Yann Klis, son président et fondateur. "Heroku est notre principale source d’inspiration. Nous sommes compatibles avec ses API et nous supportons sa technologie open source Buildpacks. Ce qui permet de facto de faire tourner les applications conçues à l’origine pour Heroku sur notre environnement." Le PaaS couvre une quarantaine de langages et frameworks et sept bases de données.

Certifié HDS (pour hébergeur de données de santé), Scalingo entend mettre en avant son caractère souverain. Dans cet optique, l’entreprise vient d’enclencher la procédure visant à décrocher le label SecNumCloud décerné par l’Anssi pour son offre de Database as a Service. Face à Heroku, Scalingo met par ailleurs en avant son service de support client qui se veut "plus qualitatif". Autre avantage souligné par la start-up comparé à l’Américain : un modèle tarifaire linéaire "à la fois plus modulaire, plus claire et plus transparent, évitant la multiplication des options".

Scalingo supporte en parallèle l'hébergement des applications multi processus potentiellement en cluster. "Nous travaillons aussi sur l’isolation réseau pour permettre d’exécuter des applications coupées d’internet", confie Yann Klis. Côté IA générative, Scalingo se concentre sur les bases de données vectorielles, notamment via PostgreSQL (et l'extension PG Vector), mais aussi le RAG pour retrieval augmented generation via la solution OpenSearch. "Nous nous orientons vers un positionnement alliant PaaS et platform data", résume pour finir Yann Klis.

Upsun : l’automatisation en ligne de mire

Face à Heroku et Scalingo, Upsun (ex platform.sh) propose un cloud prenant en charge une douzaine de langages dont Java, PHP, Python et Ruby. Inauguré en 2014, ce PaaS français affiche un point fort historique : donner la possibilité de créer, à la volée, des environnements de pré-production identiques à la pile applicative déployée, à l'octet près. Via ce mécanisme de clonage, il est possible de lancer autant de projets d'évolution que nécessaires en parallèle, avec leur stack de test et de recette, tout en ayant la garantie d'un rendu identique lors de la mise en ligne. Le cas échéant, l'environnement permet à tout moment de revenir à la version précédente. Ciblant à la fois les sites web, les intranets comme les produits SaaS, Upsun supporte nativement les CMS WordPress et Drupal, et le système d’e-commerce Magento. Mais aussi les frameworks Angular, Laravel, Next.js, React, Spring ou Symfony.

Autre point fort comparé à Heroku, Upsun intègre toutes les briques utiles à une application : base de données, gestion du message queuing, gestion de cache... "Avec Heroku, il sera nécessaire dans de nombreux cas de faire appel à des éditeurs tiers pour ce type de briques", constate Frédéric Plais, CEO et cofondateur d’Upsun. "Fédérer toutes ces fonctionnalités permet en outre d’optimiser la performance, le prix, la sécurité et la mise en conformité."

"Le support de Docker ouvre la perspective d’une prise en charge de Kubernetes"

Côté IA, Upsun met en avant une nouveauté clé : la possibilité de paramétrer automatiquement son PaaS en fonction de l’application à déployer. "Il suffit de fournir l’URL du dépôt GitHub correspondant pour que le process soit généré. Ce qui permet d’économiser plusieurs heures de travail", explique Fabien Potencier, CTO de la société. En coulisse, un LLM intervient pour déterminer la configuration idéale en fonction du code, du framework et de la base de données.

En parallèle, Upsun vient s’équiper, à l’instar d’Heroku et de Render, d’un serveur de MCP (pour model context protocol). En ligne de mire : permettre aux développeurs d’interagir en langage naturel avec leur projet basé sur Upsun, que ce soit pour solliciter un déploiement, créer une nouvelle branche, demander des explications suite à une erreur, etc. Autres points forts : la possibilité de déployer une mise à jour sans arrêt de service mais aussi d’autodimensionner des ressources à la fois horizontalement et verticalement. Upsun envisage en outre de prendre en charge les containers Docker. "Ce qui ouvre ensuite la perspective de supporter Kubernetes", anticipe Frédéric Plais. Une série d’éléments qui contribue, en plus de ses capacités d’automatisation, à placer Upsun en tête de notre comparatif.

Nous avons intégré Render à ce comparatif dans la mesure où il s’agit d’un acteur qui compte sur le marché. Mais cet éditeur n’a pas répondu à nos demandes d’interview.