Andrey Khusid (CEO de Miro) "Miro veut relier toutes les étapes de l'innovation grâce à l'IA, de la découverte à l'exécution"

Miro veut transformer le travail collaboratif en permettant aux équipes de passer plus rapidement d'une idée à un prototype grâce à l'IA. Son fondateur et CEO détaille au JDN sa stratégie pour faire du canevas le cœur de l'innovation assistée par IA.

JDN. Miro a présenté en octobre dernier son "AI Innovation Workspace". Comment cet ensemble de fonctionnalités transforme -t-il l’expérience des 100 millions d’utilisateurs revendiqués par la plateforme ?

Andrey Khusid est le CEO de Miro © Mirio

Andrey Khusid. Cette évolution n'est pas un virage soudain mais l'aboutissement d'un travail engagé dès le début des années 2020. À l'époque, Miro était surtout utilisé comme tableau blanc collaboratif. Nous voulions élargir ce périmètre pour permettre aux équipes de passer de l'idée initiale à un résultat concret le plus vite possible. En octobre 2024, nous avons annoncé l'Innovation Workspace, puis l'AI Innovation Workspace un an après. Ces lancements visent à couvrir tout le cycle de l'innovation dans un seul environnement, de la découverte à l'exécution. L'IA réduit les frictions entre les étapes et évite les pertes de contexte liées au passage entre outils, tout en accélérant les enchaînements. L'objectif est de faire de Miro un espace où les équipes collaborent, prennent des décisions et avancent plus efficacement vers un livrable.

Flows est l’une des principales nouveautés liées à l’AI Innovation Workspace. Quel impact concret a cette fonctionnalité sur la manière dont les équipes innovent en entreprises ?

Flows vise à supprimer les ruptures entre les différentes étapes d’un projet. Jusqu’ici, une fois un atelier d’idéation terminé, quelqu’un devait synthétiser les échanges, puis transformer ces idées en plans d’action, puis il fallait trouver un designer pour prototyper ou concevoir la solution discutée. Toutes ces étapes prenaient ainsi des semaines, voire des mois, surtout dans les grandes entreprises. Avec Flows, les équipes peuvent enchaîner ces étapes directement sur le canevas – ou tableau blanc - dans un workflow IA continu.

Concrètement, Flows connecte différents formats visuels, tels que des documents, tableaux, diagrammes, ou prototypes, en une séquence où chaque étape utilise le canevas comme contexte et transmet son résultat à l'étape suivante. En une ou deux heures de workshop, une équipe peut ainsi passer du brainstorming à un résultat, comme un premier prototype, tout en conservant la possibilité d'ajuster n'importe quelle étape de manière collaborative. Le gain principal est une réduction du temps et de l'énergie perdus entre les réunions.

Les sidekicks constituent une autre nouveauté importante de Miro. A quoi servent-ils et comment changent-ils l’expérience sur le canevas ?

Les sidekicks sont des agents conversationnels intégrés directement au canevas. Ils permettent d’interagir avec l’IA, un peu comme avec Chatgpt, mais à partir de ce qui a déjà été créé. Le contenu du canevas devient ici le contexte de la discussion. Il suffit de sélectionner des éléments sur le tableau blanc pour que le Sidekick les analyse et propose des actions. Concrètement, les Sidekicks peuvent synthétiser des idées, détecter des problèmes d'accessibilité dans un prototype, traduire un contenu dans plusieurs langues, mais aussi créer des documents, des présentations ou des diagrammes directement depuis le canevas. Miro propose une bibliothèque de Sidekicks spécialisés, mais les équipes peuvent aussi créer leurs propres Sidekicks personnalisés en leur fournissant leurs guidelines. L’intérêt est de ne plus séparer réflexion, création et interaction. Les équipes peuvent ainsi analyser et approfondir leur travail en continu, au même endroit, sans casser la dynamique collaborative.

Le prototypage assisté par l’IA fait désormais partie des fonctionnalités clés de Miro. Comment fonctionne-t-elle concrètement et pour quels usages ?

Le prototypage dans Miro permet de générer rapidement des maquettes visuelles directement à partir du contenu du canevas. Il suffit de sélectionner des éléments existants comme des notes, des documents ou des schémas, puis de demander à l’IA de créer un prototype. Contrairement aux outils de prototypage orientés code, il s’agit ici de prototypes purement visuels, avec pour objectif de faciliter la réflexion conceptuelle et l’alignement entre les parties prenantes, pas de produire un produit final. Cette approche permet aux équipes de tester plusieurs pistes très rapidement, de comparer des options et de se mettre d’accord plus vite vers une direction commune. Cela fait partie des fonctionnalités très populaires que nous ayons récemment lancé, avec des utilisateurs qui apprécient sa simplicité d’utilisation, qui ne nécessite aucune compétence technique particulière.

Miro est désormais utilisée par plus de 250 000 entreprises. Selon vous, comment l’IA transforme-t-elle concrètement leurs processus d’innovation ?

L’IA change d’abord l’échelle et la vitesse. Auparavant, tester une idée nécessitait plusieurs semaines de travail, notamment pour le prototypage confié aux designers. Il est désormais possible d’explorer cinq ou dix pistes en un temps très court. L’enjeu est de pouvoir prendre les bonnes décisions et se mettre d’accord collectivement sur la direction à suivre. L’enjeu n’est plus de produire une première version, mais de choisir la bonne direction. Miro se concentre précisément sur ce point en aidant les équipes à comparer rapidement plusieurs options, à s’aligner collectivement et à décider plus tôt, avant d’investir du temps et des ressources dans l’exécution. Nous voulons ainsi aider les entreprises à prendre de meilleures décisions et accélérer le time-to-market.

Face aux coûts élevés de l’IA, envisagez-vous d’augmenter vos tarifs ?

Nous donnons aujourd’hui accès à une partie de ces nouvelles fonctionnalités IA, y compris aux utilisateurs gratuits, ce qui augmente mécaniquement nos coûts. Pour autant, ces capacités sont encore en phase de déploiement progressif et nous observons attentivement les usages. Tout dépendra de la manière dont elles seront réellement consommées. Si les utilisateurs consomment énormément de tokens et en tirent de la valeur, alors nous ajusterons sans doute raisonnablement les tarifs de nos abonnements. Cela dit, nous n’avons pas augmenté nos prix depuis plusieurs années.

Face à une concurrence intense, qu’il s’agisse d’acteurs comme Figma, ou de géants comme Microsoft et Google, quel est aujourd’hui l’avantage concurrentiel de Miro ?

La première priorité est la vitesse d’exécution. Dans un contexte où l’innovation s’accélère, la capacité à avancer vite, à tester et à apprendre des usages est essentielle. Le second élément est le choix stratégique de Miro de se concentrer sur une seule chose, à savoir relier toutes les étapes de l’innovation, de la découverte à l’exécution, autour du canevas. Cette interface du tableau blanc est au cœur de l’expérience collaborative de Miro, et peu d’acteurs font ce pari comme fondation de leur produit. Evidemment, cette expérience utilisateur peut être copiée, mais reconstruire tout ce que nous avons développé depuis 2011 n’est pas si simple.

Pendant la pandémie du Covid, nous avons vu plusieurs entreprises nous copier. Si certaines ont acquis des clients, la majorité de nos clients sont restés sur Miro, précisément car ils perçoivent que nous innovons constamment pour offrir la meilleure expérience utilisateur. Pour autant, il est vrai que le paysage technologique, en particulier dans le software, est devenu très encombré et complexe, avec des grandes entreprises régulièrement bousculées par des start-up.

Andrey Khusid est le fondateur et CEO de Miro, une plateforme de collaboration visuelle qui permet aux équipes de travailler ensemble sur un canevas, de l'idéation à l'exécution de projets. Il fonde RealtimeBoard en 2011, qui deviendra par la suite Miro. Revendiquant plus de 100 millions d'utilisateurs dans le monde et 250 000 entreprises, l’entreprise emploie plus de 1 600 personnes réparties dans 14 bureaux à travers le monde.