Cybersécurité : et si le dark web devenait votre allié ?
Les cyberattaques se succèdent. Les grandes institutions et entreprises n'y échappent pas. Et si ces attaques pouvaient être évitées ? Les anticiper est parfois possible. Comment ? Grâce au dark web.
La semaine dernière, le groupe de cybercriminels ShinyHunters a revendiqué le piratage du FBI et la fuite de millions de données ultrasensibles en passant par le portail d'offres d'emploi de l’agence, FBIJobs.gov. En plus des noms, des adresses et des numéros de téléphone d’un grand nombre d’agents - et de leurs conjoints -, les pirates affirment détenir leurs affectations, y compris au sein de l’unité secrète de hackers du FBI.
Si la fuite se confirme, ce sera un “désastre pour le contre-espionnage”, selon les mots de Justin Sherman, enseignant à l'université de Georgetown et spécialiste de la sécurité nationale américaine. Des milliers d’agents seraient exposés au profilage, à l’hameçonnage et aux approches de services de renseignement étrangers. Sans compter que cette fuite en annonce d’autres, car les données volées finissent souvent par se vendre ou s’échanger sur le dark web. Les surveiller permet d'anticiper qu’elles ne servent pour une nouvelle cyberattaque.
Pourquoi vous pirater quand on connaît vos identifiants ?
Plutôt que de se confronter aux multiples solutions (pare-feu, antivirus, authentification multifacteur et mots de passe robustes par exemple) dont se parent les entreprises pour éviter de se faire hacker, les cybercriminels préfèrent désormais attaquer leurs cibles grâce à des identifiants parfaitement valides. La méthode présente deux avantages : elle est plus rapide, et elle laisse moins de traces qu’un piratage.
Ces identifiants sont souvent dérobés par des infostealers, des logiciels malveillants conçus pour voler, en toute discrétion, des mots de passe, des données de remplissage automatique ou des cookies de navigation sur un ordinateur. Il suffit d’un clic sur un lien malveillant pour les installer. Peu importe que l’ordinateur infecté soit celui de l’entreprise ciblée puisque ceux de certains prestataires ou fournisseurs leur fournissent les mêmes portes d’entrée.
Un supermarché presque comme un autre
Selon Fortinet, 1,7 milliard d’identifiants volés ont été partagés sur des forums clandestins en 2024. L’année suivante, le nombre de journaux issus d’infostealers repérés sur ces espaces avait encore augmenté de 79%. Le dark web n’a rien d’une zone interdite et y accéder est autorisé en France, via des navigateurs spécialisés tels que Tor. Il héberge aussi bien des activités criminelles que légales.
C’est là que se négocient les données dérobées par les pirates, souvent à un prix accessible. Un numéro de carte bancaire s’y trouve dès 5 €, les identifiants de compte bancaire pour un montant compris entre 35 et 65 €, et un compte crypto vérifié pour quelques centaines d’euros. Soit à peine plus onéreux que le coût de lancement d’une attaque DDOS (disponibles à partir de 20 € sur le dark web).
Veiller pour prendre les pirates de vitesse
Avant d’être lancée, une cyberattaque se prépare et des signaux faibles sont visibles sur le dark web. Les identifiants de l’entreprise qui sera visée - ou de ses fournisseurs - refont surface et des accès à son réseau sont proposés à la vente. Pour les professionnels qui savent les lire, ces indices sont autant d’alertes qui préviennent de l’imminence d’une attaque.
Une fois identifiés par des outils de surveillance de menaces cyber qui scrutent le dark web, et par des analystes dédiés, ces signaux permettent d’alerter l’entreprise qui doit alors agir vite pour changer ses mots de passe, fermer les sessions ouvertes, et prévenir les fournisseurs concernés par les failles identifiées.
Alors que les organismes les mieux protégés de la planète sont hackés et que les derniers modèles de LLM font peser de nouvelles menaces sur les données, une simple veille du dark web peut s’avérer plus efficace et beaucoup plus rentable que vous ne l’imaginez.