Polycrise : pourquoi la sécurité en silos est devenue une faute de gestion

Les crises interconnectées imposent une approche globale de la sécurité, désormais stratégique pour protéger la valeur, la réputation et la continuité d'activité.

Face à l’imprévisibilité et à l’interconnexion des chocs, gérer la sécurité des entreprises en silos étanches relève de l’erreur stratégique. Polycrise systémique, chocs simultanés, menaces hybrides, le temps des crises isolées et modélisables appartient au passé. Pour les Comités de Direction, la sécurité et la sûreté globales ne relèvent plus de la technique, du périmètre informatique ou d’un centre de coûts. Elles constituent le garant ultime de la valeur, de la réputation et de la continuité d’activité de l’entreprise.

Selon le baromètre QBE/OpinionWay, près de 9 entreprises sur 10 affrontent une pluri-exposition aux risques. Cette simultanéité des menaces n’a rien de théorique. Elle s’impose comme la nouvelle norme structurelle à laquelle nos organisations doivent s'adapter.

De l’effet domino à la réalité cyber-physique

Les frontières entre monde physique, sphère numérique et contraintes environnementales ont volé en éclats. Un incident cyber ne reste plus confiné aux serveurs. Il paralyse une chaîne logistique, bloque des lignes de production, neutralise les accès d’un site critique.

À ces menaces numériques s'ajoutent les périls environnementaux. Les épisodes climatiques extrêmes désorganisent l'activité, tout en mettant sous tension la santé des salariés et les infrastructures informatiques.

Les crises modernes mêlent à présent paralysie numérique, intrusion physique et déstabilisation réputationnelle. Selon le CESIN*, près d’une entreprise française sur deux subit chaque année au moins une attaque impactant directement son outil industriel ou ses infrastructures physiques.

L’illusion des silos et la rigueur réglementaire

Face à cette convergence, persister à piloter des risques de manière compartimentée - la sûreté d’un côté, les systèmes d’information de l’autre, la direction HSE au milieu - constitue une vulnérabilité stratégique majeure. Chaque département peut afficher des indicateurs au vert et respecter ses propres normes ; l’organisation n’en demeure pas moins aveugle et démunie face à un scénario combiné.

L’accélération réglementaire européenne (directives NIS2, REC, CSRD) impose d’ailleurs cette vision transverse. Réduire ces exigences à une simple conformité administrative serait une erreur d’appréciation. Elles doivent devenir la matrice d’une gouvernance intégrée au plus haut niveau de l’entreprise.

Aborder le risque comme un actif stratégique

Le changement de posture doit être radical. Les Comex doivent désormais piloter leurs risques comme un ensemble de dépendances croisées. Cela exige des exercices de crise globaux – simuler une cyberattaque majeure couplée à un aléa climatique extrême – et la revalorisation des fonctions transverses. Le directeur Sécurité/Sûreté ne se contente plus d’imposer des règles.

Il agit en chef d’orchestre de la résilience, au service direct de la stratégie d’entreprise. Selon l’enquête mondiale PwC, 47 % des dirigeants reconnaissent déjà que la complexité des risques menace directement leur trajectoire de croissance.

La résilience, ultime avantage compétitif

Dans cette économie des chocs permanents, empiler les budgets pour colmater des brèches locales ne suffit plus. Les entreprises qui feront la différence seront celles capables de restructurer leur organisation pour absorber les secousses. La résilience globale est le nouvel avantage compétitif. En unissant nos expertises, notre ambition est d'offrir aux Comités de direction les leviers de cette gouvernance unifiée. Car en 2026, le véritable risque pour une entreprise n'est plus la menace extérieure, mais son propre choix de la gérer en pièces détachées.

*CESIN – Club des Experts de la Sécurité de l’Information et du Numérique

Tribune signée par "Un collectif d'experts et de décideurs de la résilience globale" :