Télécoms, relier l'inaccessible : le retour en force des liaisons micro-ondes

Nokia

Au-delà de la fibre : l'essor des faisceaux hertziens pour connecter îles, infrastructures critiques et zones éloignées.

Lorsque l’on évoque les « micro-ondes » en France, beaucoup pensent d’abord au four de la cuisine. Dans les télécommunications, le terme signifie pourtant tout autre chose : la technologie micro-ondes, aussi appelée faisceaux hertziens, désigne des liaisons radio haute fréquence capables de transmettre de grandes quantités de données sur de longues distances, sans aucun câble. À quoi cela sert-il et dans quels cas l’utilise-t-on ?

Cette technologie fait partie des réseaux de communication modernes depuis plusieurs décennies. Et même si la fibre optique domine aujourd’hui de nombreux projets d’infrastructure, les micro-ondes restent essentielles partout où les liaisons physiques atteignent leurs limites — qu’elles soient techniques, économiques ou géographiques. Un exemple récent issu du Golfe Persique illustre bien ce que permettent aujourd’hui des liaisons micro-ondes, et pourquoi ces capacités intéressent également l’Europe.

Faisceaux hertziens des débits désormais au niveau du gigabit

La fibre optique est, à juste titre, considérée comme l’un des piliers de la numérisation : performante, stable et durablement évolutive. Mais son déploiement est complexe. Étendues d’eau importantes, relief rocheux ou vastes zones inhabitées peuvent rendre l’installation très coûteuse et chronophage.

Dans de telles situations, les liaisons micro-ondes deviennent la solution. Elles utilisent des ondes électromagnétiques dans une gamme de fréquences allant d’environ 1 à 40 gigahertz pour transmettre des données entre deux points fixes ; le plus souvent entre des tours ou des antennes. Ces liaisons point-à-point peuvent être mises en place en quelques semaines seulement et atteignent aujourd’hui des débits dans l’ordre du gigabit.

Un État du Golfe comme exemple de conditions extrêmes

Un important opérateur de la région du Golfe devait connecter plusieurs îles isolées au réseau national de télécommunications. L’option des câbles sous-marins a été écartée en raison des conditions géographiques et climatiques : trop coûteux, trop complexe, trop risqué.

La solution : une liaison micro-ondes de 26 kilomètres au-dessus de la mer. Sur le papier, cela semble simple ; techniquement, c’est tout l’inverse. Humidité élevée, air salin, réflexions sur la surface de l’eau… autant de facteurs qui perturbent la propagation radio. Pour garantir la stabilité du lien, les ingénieurs ont utilisé une puissance d’émission élevée, un alignement extrêmement précis et une technique appelée diversité spatiale, consistant à employer plusieurs antennes séparées physiquement pour compenser les interférences ou les pertes de signal.

Résultat : 2 gigabits par seconde de débit et 100 % de disponibilité sur un mois complet de tests. Le tout grâce à un schéma de modulation avancé (1024QAM), qui permet de regrouper un grand nombre de bits dans un seul signal radio. Plus la modulation est élevée, plus l’utilisation de la bande passante est efficace ; mais plus la liaison devient sensible aux perturbations. Obtenir un tel niveau de performance dans un tel environnement constitue un véritable exploit technique.

Enseignements pour les opérateurs et les gestionnaires de réseau

Ce projet démontre que la technologie micro-ondes n’est plus un simple palliatif. Elle complète la fibre partout où la flexibilité et la rapidité de déploiement sont essentielles : sites industriels éloignés, îles, infrastructures énergétiques comme l’éolien offshore.

La clé du succès reste une planification minutieuse : choix de la fréquence, hauteur des antennes, conditions environnementales, puissance du système… tout doit être soigneusement harmonisé. Avec cette rigueur, il est possible de déployer des liaisons stables et hautement disponibles sur plus de 20 kilomètres.

Une technologie essentielle pour la France et l’Europe

En Europe aussi, la technologie micro-ondes est un élément structurel des architectures de réseau modernes. De nombreux sites mobiles, surtout en zones rurales, sont raccordés au cœur de réseau via des faisceaux hertziens. C’est là que tous les flux de données convergent, sont traités, acheminés et interconnectés.

Dans le déploiement de la 5G, la technologie micro-ondes joue un rôle crucial dans le backhaul, c’est-à-dire le transport des données entre le site radio et le cœur de réseau. Elle peut être mise en service plus rapidement que la fibre et offre des capacités élevées, souvent au niveau du gigabit.

Les opérateurs énergétiques, les industriels et les autorités l’utilisent également, par exemple pour relier des parcs éoliens offshore, des postes électriques ou des centres de contrôle isolés. Leur indépendance vis-à-vis des infrastructures terrestres fait de ces solutions un pilier essentiel pour bâtir des réseaux résilients et maintenir des communications d’urgence.

Un élément clé pour des réseaux plus résilients

La performance des réseaux modernes repose sur la complémentarité des technologies. La fibre offre des capacités immenses ; les micro-ondes apportent vitesse, flexibilité et indépendance. À une époque où les réseaux doivent interconnecter des systèmes toujours plus distribués — énergie, industrie, communications — cette combinaison devient stratégique.

La technologie micro-ondes crée des ponts numériques là où les câbles atteignent leurs limites, contribuant ainsi à réduire la fracture numérique entre zones centrales et régions isolées.

Qu’il s’agisse d’îles dans le Golfe, de parcs éoliens offshore ou de zones rurales en Europe, les faisceaux hertziens restent un levier essentiel pour rendre les réseaux plus robustes, plus rapides et mieux adaptés aux réalités géographiques du terrain.