"Un marché exceptionnel" : l'essor discret des start-up de logiciels pour assureurs

"Un marché exceptionnel" : l'essor discret des start-up de logiciels pour assureurs Dans le sillage de la licorne Shift Technology, les start-up qui proposent des solutions à destination des assurances surfent sur une belle dynamique.

Dans l’univers de l’assurtech française, Alan s’impose comme tête d'affiche du secteur. En deuxième ligne, Descartes Underwriting, spécialiste de l’assurance paramétrique, gagne en visibilité, notamment depuis l’obtention du Trophée des Futures Licornes 2025. Derrière ce duo, un noyau d’assurtech avance discrètement mais sûrement : les start-up qui ne conçoivent pas des produits d'assurance mais des solutions logicielles destinées aux assureurs eux-mêmes.

Ces acteurs ne sont pas si nombreux dans le paysage de l'assurtech mais ils surfent sur une belle dynamique. Parmi eux figure Shift Technology, l’une des licornes les plus discrètes de la French tech, qui aide les assureurs à combattre la fraude grâce à l’IA. Akur8, spécialiste du pricing, a pour sa part levé 120 millions d’euros en septembre 2024. D’autres opérations notables illustrent la dynamique du segment : Qantev a réuni 30 millions d’euros pour sa solution d’aide à la décision (septembre 2024), Fasst a obtenu 27 millions pour sa plateforme de distribution (novembre 2024), Continuity a sécurisé 10 millions d’euros pour sa technologie de détection des risques en IARD (juin 2024) tandis que Seyna a collecté 10 millions d'euros pour sa plateforme dédiée aux courtiers (septembre 2025).

Cinq de ces six acteurs figurent dans le Fintech 100 2025, un classement qui sélectionne les 100 fintech les plus performantes de France. Alors qu'une seule assurtech qui opère en BtoC fait partie de la sélection (Leocare). Nouvel indice que l'assurance BtoC, autrefois très à la mode, est devenue has been par rapport à ces partenaires des assureurs, plus discrets mais visiblement plus performants.

Perte d'élan des assurtech BtoC

"J'ai un peu de mal avec le courtage digital dont les economics sont compliqués. Je pense qu'on s'est un peu emballé sur ce segment. Ceux qui ont survécu sont assez rares", justifie Julien-David Nitlech, managing partner pour Iris, qui a notamment investi dans Shift Technology. "La volonté de disrupter un marché ne suffit pas. Il faut trouver des modèles viables et pertinents sur le long terme. Les néo courtiers ont subi des déconvenues à partir de 2022 (défaillances de Luko, Syoux ou encore Qiti, ndlr). On s'est rendu compte que les enjeux d'automatisation et de productivité sont au cœur de tous les métiers d'assurance", ajoute Damien Launoy, directeur général de 115k, un fonds qui a notamment misé sur Continuity. "Les logiciels pour assureurs, c'est un marché exceptionnel et passionnant", reprend Julien-David Nitlech.

Un "marché exceptionnel" qui possède une particularité : ces logiciels ne sont pas si nombreux mais chacun a choisi une spécialité avec peu de concurrence. Ici, chacun est prophète en son pays : "Le leadership qu'ont pris ces acteurs sur le marché français leur donne une vraie force. Ils ont réussi assez vite en signant des grands comptes, ce qui n'encourage pas la concurrence à se lancer", analyse Damien Launoy. "On est un marché qui repose sur des temps longs avec des cycles d'adoption lents. Les premiers arrivés ont un avantage considérable", appuie Julien-David Nitlech. "Sur un produit aussi vertical que le nôtre, il n'y a pas de place pour beaucoup d'acteurs. Chacun investit à fond sur son segment pour être le meilleur", abonde de son côté Jeremy Jawish, CEO de Shift Technology.

"Sur un produit aussi vertical que le nôtre, il n'y a pas de place pour beaucoup d'acteurs"

Si la majorité des partenaires des assureurs semblent bien installés sur leur segment, des défis subsistent. "L'écosystème a atteint une belle maturité. Il faut maintenant que ces acteurs arrivent à standardiser leur produit pour le vendre au plus grand nombre", relève Damien Launoy. Reste aussi la question de l'exit, encore rare dans le secteur mis à part le rachat de Zelros par l'américain Earnix en avril 2025. "Je ne pense pas que les assureurs soient intéressés car ils préfèrent racheter des concurrents plutôt qu'une brique technologique", explique Julien-David Nitlech. Si un exit n'est pas à l'ordre du jour pour Shift Technology, Jérémy Jawish a tout de même identifié des acheteurs potentiels pour le secteur : "Les boîtes de logiciels sont les acquéreurs les plus logiques", conclut notre expert.