Il y a une chance sur six qu'une gigantesque explosion efface bientôt notre civilisation mais personne ne s'y prépare
En janvier 2022, un volcan a explosé dans le Pacifique avec une force jamais vue. Et ce n'était rien comparé à ce qui pourrait nous attendre, selon des chercheurs.
Le 15 janvier 2022, au cœur du Pacifique sud, une détonation a fait trembler la planète. Le volcan Hunga Tonga-Hunga Ha'apai, situé sous la mer près des îles Tonga, est entré en éruption avec une violence inédite. L'onde de choc a fait plusieurs fois le tour du globe, des tsunamis se sont formés et la côte pacifique jusqu'aux Amériques a été touchée. Les communications avec Tonga étaient coupées, les infrastructures ravagées, et l'économie locale anéantie à hauteur de 18,5% du PIB. P
ourtant, cette éruption n'a duré qu'une demi-journée, épargnant au monde des conséquences encore bien plus désastreuses. Car de l'aveu de tous les volcanologues : l'explosion des Tonga n'était qu'un avant-goût de ce qui menace le système Terre.
Les archives de la planète, révélées par la glace prélevée en Antarctique et au Groenland, montrent la récurrence régulière de super-éruptions capables de bouleverser le climat global. Selon les analyses les plus récentes, publiées dans la revue Nature, une éruption dévastatrice de magnitude 7 ou plus – soit jusqu'à 100 fois la puissance de Hunga Tonga – frappe en moyenne tous les 625 ans. La dernière, celle du Tambora en Indonésie en 1815, avait provoqué ce que l'on nomma l' "année sans été" : un refroidissement brutal, des récoltes anéanties en Europe et aux Etats-Unis, famines et épidémies. Les calculs sont implacables : il y a 1 chance sur 6 que ce même scénario se répète d'ici la fin du siècle, et ses conséquences s'étendraient à l'ensemble de la planète.

La vulnérabilité de nos sociétés face à une telle crise ne tient pas qu'aux cendres et aux gaz rejetés dans l'atmosphère. Notre économie s'est mondialisée à l'extrême, chaque nation dépendant de chaînes d'approvisionnement intercontinentales pour sa nourriture, son énergie, ses matières premières. Le Covid-19 et la guerre en Ukraine ont révélé à quel point ces réseaux étaient fragiles : lors du moindre choc, prix et pénuries se répandent comme une traînée de poudre. Dans le cas d'une super-éruption, les ports pourraient être paralysés par la chute des cendres, une baisse brutale des températures menacerait les récoltes mondiales. Les pertes se mesureraient, selon l'étude, en milliers de milliards de dollars.
Pourtant, cette menace bien réelle fait l'objet d'une indifférence frappante : les Etats mobilisent des budgets colossaux pour se prémunir d'un impact d'astéroïde, alors qu'un évènement volcanique d'ampleur mondiale est statistiquement des centaines de fois plus probable.
C'est là l'inquiétude centrale soulevée par les auteurs de l'étude, Michael Cassidy et Lara Mani. Les moyens existent pourtant pour repérer les volcans actifs sous-marins, renforcer les réseaux de surveillance, mettre en place des systèmes d'alerte mondiale et des programmes de résilience communautaire. Mais tant que la communauté internationale continuera d'ignorer ce risque, l'humanité restera démunie. "La question n'est pas de savoir si cela va arriver", avertissent-ils, "mais quand."