Management de transition : il est temps de facturer des résultats!

ALE Consulting

Une mission de transition commerciale se vend au taux journalier et se pilote rarement. Pourtant, un dirigeant ou un fonds achète une performance. La solution: indexer les résultats au pricing

Demandez à un dirigeant de PME combien lui coûte son directeur commercial de transition. Il vous répondra probablement: tant de jours par mois, à tant l'unité, pendant six ou neuf mois. Demandez-lui ensuite ce que la mission a rapporté. La réponse sera beaucoup plus floue.

Ce décalage n'est pas un détail. Il dit quelque chose du modèle sur lequel le management de transition s'est construit. Le métier est né d'un besoin simple : remplacer un cadre absent, vite et sans recruter. On payait une présence, une expérience, une capacité à tenir un poste. Le taux journalier était l'unité logique de ce service, et l'obligation de moyens allait avec.

Ce modèle reste cohérent pour certaines fonctions. Un directeur financier de transition tient une clôture, sécurise une trésorerie, accompagne un audit. Sa valeur se lit dans la continuité qu'il assure. Personne n'attend de lui qu'il fasse monter un indicateur de 20 %.

La direction commerciale fonctionne autrement. Quand une entreprise fait appel à un manager de transition commercial, ou quand un fonds mandate un operating partner sur une participation, c'est presque toujours parce qu'un chiffre va dans le mauvais sens. Le carnet de commandes se vide, le chiffre d'affaires décroche du business plan, le coût d'acquisition explose. La mission est créée pour redresser ce chiffre, et se mesure tous les mois.

Facturer exclusivement au jour, dans ce contexte, revient à rémunérer l'effort plutôt que l'effet. Le dirigeant porte seul le risque que la mission ne produise rien. L'intervenant est payé de la même manière, que la trajectoire se redresse ou non.

Ce qu'on peut indexer, et ce qu'on ne doit pas indexer

L'objection est connue : le chiffre d'affaires dépend de trop de facteurs extérieurs pour servir de base de rémunération. La conjoncture, un marché qui se retourne, un gros client qui dépose le bilan. C'est vrai pour le CA brut. Ça l'est beaucoup moins pour les indicateurs qui mesurent le fonctionnement de la machine commerciale.

Le nombre de partenaires de ventes indirectes, l'augmentation du réseau de distributeurs, la couverture du pipeline par rapport à l'objectif, le taux de conversion à chaque étape, la durée du cycle de vente, le coût d'acquisition et son délai de remboursement, l'écart entre la prévision et le réalisé : tous dépendent directement de l'organisation, du pilotage et des décisions prises pendant la mission. Sur 47 missions de restructuration commerciale que nous avons analysées entre 2021 et 2026, le délai de remboursement du coût d'acquisition est passé en moyenne de 14 à 8,5 mois. C'est mesurable, attribuable, et ça se suit trimestre par trimestre.

Indexer une partie de la rémunération sur ces indicateurs n'a rien d'exotique. Les fonds le pratiquent depuis longtemps avec les dirigeants de leurs participations. Les commerciaux sont eux-mêmes payés en partie sur résultat. Il serait curieux que celui qui vient réorganiser la fonction commerciale soit le seul à en être dispensé.

Les garde-fous indispensables:

Un modèle au résultat peut être pire s'il est mal construit. Trois règles évitent les dérives.

D'abord, un forfait "phase de démarrage". Un redressement commence presque toujours par des décisions qui dégradent le chiffre à court terme : arrêter une gamme non rentable, se séparer d'un commercial qui ne produit pas, supprimer des remises qui généraient du volume. Un intervenant payé uniquement sur le résultat immédiat serait tenté de les repousser. 

Ensuite, des indicateurs écrits dans le mandat dès le démarrage, avec leur point de départ chiffré. Les premières semaines de diagnostic servent précisément à établir cette base. Sans elle, toute discussion sur le résultat devient une négociation après coup.

Enfin, un horizon cohérent avec le cycle de vente. Dans une ETI industrielle où une affaire se signe en neuf mois, juger une mission à trois mois sur le CA signé n'a pas de sens. On regarde alors les effets sur le pipeline créé.

Ce que ça change pour celui qui achète:

Pour un dirigeant de PME ou d'ETI comme pour un fonds, la conséquence est simple. Avant de signer une mission de transition commerciale ou de mandater un operating partner, posez une question qui en dit plus long qu'un CV : sur quels indicateurs êtes-vous prêt à être payé ? Un intervenant qui répond précisément connaît sa méthode et assume ses résultats. Un intervenant qui ne parle que de taux journalier vend du temps.

Ce que ça change pour celui qui exécute:

Une obligation de résultat et non de moyens. 

Le management de transition a gagné sa légitimité en prouvant qu'on pouvait confier une fonction de direction à un externe. Pour la fonction commerciale au moins, l'étape suivante consiste à prouver qu'on peut aussi lui confier un résultat.