Les stratégies ESG ne manquent pas. Ce qui manque, c'est leur exécution.
Alors que les engagements ESG se multiplient et que les réglementations se renforcent, le défi majeur des stratégies de durabilité n'est plus l'ambition, mais leur mise en œuvre concrète.
Les résultats de la dernière étude menée par PMI sur la durabilité révèlent un paradoxe saisissant : 85 % des responsables en charge de la durabilité se disent confiants dans la capacité de leur organisation à atteindre ses objectifs mais ce chiffre chute à 43 % chez les responsables projets et à 20 % chez les chefs de projet. Un décalage qui interpelle et qui révèle une réalité préoccupante : plus on se rapproche des équipes chargées de mettre en œuvre ces objectifs, plus la confiance s'effrite.
Pendant longtemps, le greenwashing a été associé à des engagements de façade ou à des promesses excessives mais à mesure que les stratégies ESG se structurent, le véritable défi semble s'être déplacé. Il ne s'agit plus tant de définir des objectifs que de construire des organisations capables de les atteindre.
Le défi n'est plus de définir des objectifs
Les entreprises n'ont jamais été aussi nombreuses à placer la durabilité au cœur de leur stratégie. Sous l'effet des évolutions réglementaires, des attentes des investisseurs, des exigences des clients et de la nécessité de renforcer leur résilience face aux risques environnementaux, elles ont considérablement renforcé leurs ambitions au cours des dernières années.
Cette évolution se reflète dans les résultats de notre étude : six professionnels sur dix considèrent que les objectifs de durabilité de leur organisation sont ambitieux, mais un tiers d’entre eux doute encore de la capacité de leur entreprise à les atteindre. Ce constat marque un tournant. Le défi n'est plus de convaincre les entreprises d'intégrer la durabilité à leur stratégie, il est désormais de comprendre pourquoi elles peinent encore à tenir leurs engagements.
Le véritable défi se situe entre l'ambition et la mise en œuvre
Les résultats de l'étude montrent que les organisations sont largement convaincues de l'importance stratégique de la durabilité. Près de huit professionnels sur dix estiment qu’il s’agit d’un levier essentiel pour assurer la pérennité de leur organisation.
Pourtant, cette conviction peine encore à se traduire dans les projets du quotidien : seuls 41 % des répondants considèrent que les enjeux de durabilité sont pleinement intégrés aux projets menés par leur organisation. Plus préoccupant encore, moins de la moitié observe un impact direct et mesurable de ces projets sur les objectifs de durabilité fixés par l'entreprise. Ces résultats mettent en lumière un écart persistant entre les ambitions affichées et leur traduction concrète dans les projets qui structurent l'activité des organisations.
Quand la durabilité reste une contrainte, elle peine à transformer l'organisation
Pourquoi cet écart persiste-t-il malgré des ambitions de plus en plus affirmées ? Parce que la durabilité reste encore trop souvent traitée comme une dimension complémentaire de l'activité plutôt que comme un véritable critère de décision.
Les résultats de l'étude illustrent cette perception : 58 % des professionnels interrogés estiment que la durabilité renchérit les projets, 48 % considèrent qu'elle les complexifie et 36 % l'associent encore principalement à une contrainte de conformité.
Dans un contexte où les organisations doivent composer avec des impératifs de rentabilité, de délais et de performance, ces perceptions influencent directement les arbitrages quotidiens. Elles peinent encore à influencer pleinement les choix d'investissement, la sélection des projets, les processus de gouvernance ou encore les indicateurs de performance.
La difficulté n'est donc pas l'absence de stratégie, elle réside dans la capacité à faire de la durabilité un véritable cadre de décision partagé à tous les niveaux de l'organisation. Tant que celle-ci restera perçue comme une exigence parallèle aux objectifs opérationnels, elle aura du mal à produire les transformations attendues.
Le véritable enjeu : transformer les ambitions en résultats
Les organisations les plus avancées ont déjà amorcé ce changement, elles ne considèrent plus la durabilité comme un sujet porté uniquement par les directions RSE, mais comme un critère intégré aux décisions quotidiennes. Les ambitions ESG deviennent alors des leviers de gouvernance, de pilotage des projets et de mesure des résultats.
Pendant longtemps, les entreprises étaient jugées sur leurs engagements, désormais, elles seront jugées sur leur capacité à les tenir. La transition durable ne se gagnera donc pas dans les déclarations d'intention, mais dans la capacité des organisations à transformer leurs stratégies en décisions, leurs décisions en projets et leurs projets en résultats mesurables.