L'IA, nouveau champ de bataille d'Office 365 et G Suite

L'IA, nouveau champ de bataille d'Office 365 et G Suite Alors que Microsoft se focalise sur l'assistance à la création de document, Google concentre ses efforts sur Gmail avec des fonctions d'aide à la rédaction de messages.

Historiquement, Office 365 a été la première suite de productivité à intégrer du machine learning. Cette dimension a été introduite avec Delve en 2015. Objectif de cette brique ? Proposer à l'utilisateur une vue personnalisée et hiérarchisée de ses contenus (fichiers, mails, conversations...) en fonction de son graph relationnel et documentaire : son historique hiérarchique, de collaboration, le maillage de ses centres d'intérêt... Delve reste néanmoins très peu déployé à ce jour. Les retours d'expérience portant sur l'application sont rares, voire inexistants. De moins en moins mis en avant, Delve est cependant toujours maintenu par Microsoft. Il est d'ailleurs commercialisé au sein des data centers français du groupe américain. Quatre ans après, Google tend à rattraper son retard. Mi-2018, la firme de Mountain View a notamment fait sensation en équipant G Suite d'une série de fonctions d'IA centrées sur Gmail.

Comparatif des points forts d'Office 365 et G Suite dans l'IA
  Office 365 G Suite
Aide la création de contenu x  
Bots et team messaging x  
Gestion des connaissances x  
Messagerie intelligente   x
Recherche documentaire unifiée et personnalisée   x
Suggestions grammaticales et sémantiques x x

Au cœur de ces nouvelles avancées, Gmail a été doté d'une possibilité de smart reply proposant des réponses prédéfinies en fonction des messages reçus. A un e-mail sollicitant un call "mercredi à 11h ou jeudi à 17h", elle avancera par exemple plusieurs suggestions de réplique : "Mercredi c'est parfait", "Jeudi me convient", "Les deux me vont" ou encore "Aucune des deux propositions ne me va". Simple et efficace.

"Google parvient à décoder des mails assez complexes", constate Arnaud Rayrole, CEO du cabinet de conseil français Lecko, expert en solutions collaboratives. "A un message demandant d'établir un nouveau devis aux côtés d'autres informations périphériques, le smart reply pourra avancer des suggestions cohérentes : 'Voici le devis modifié' ou encore 'excellente nouvelle, voici notre nouvelle proposition'". Thomas Poinsot, consultant digital au sein de la société de services française Spectrum Groupe, précise : "Le smart reply est un vrai plus, en particulier en situation de mobilité quand on a peu de temps pour répondre." Google prévoit déjà de l'étendre à sa messagerie instantanée Hangouts.

Gmail : l'IA au service de la messagerie

Autre levier de Gmail à base d'IA : le smart compose. Pour l'heure disponible uniquement en anglais, ce dispositif "auto-complète" un message en cours de saisie. En analysant les termes tapés, il déniche les mots suivants les plus probables compte-tenu du contexte, et permet ainsi de décupler la vitesse de saisies. "Cette IA va s'étendre à d'autres langues et s'enrichir avec le temps en cernant la manière dont vous vous adressez à telle ou telle personne", indique le géant de Mountain View (lire le post officiel).

Animation signée Google illustrant la fonctionnalité d’aide intelligente à la rédaction d’e-mails intégrée à Gmail. © Google

Sur le front de l'e-mail intelligent, Office 365 est pour l'heure aux abonnés absents. En matière d'intelligence artificielle, la R&D d'Office 365 se focalise en priorité sur l'aide à la création de fichier. Parmi les premières briques Office concernées : PowerPoint. Sur la base de l'analyse des présentations en cours de création, l'application recommande des contenus connexes (images ou textes) stockés en local ou sur le web, susceptibles de servir à la rédaction. Elle a également recours à la reconnaissance d'images pour proposer des photos complémentaires (lire l'article de MSFT). 

Des contenus intelligents dans PowerPoint

Certes, G Suite développe lui-aussi cette approche (lire le post). Mais Microsoft la pousse plus loin. Dans Excel par exemple, l'éditeur intègre désormais un assistant intelligent, baptisé Idées, qui identifie les tendances, patterns ou données statistiques aberrantes dans un tableau.  La traduction automatique est en outre supportée dans Excel, PowerPoint et Word, avec à la clé 60 langues couvertes, mais aussi dans Stream pour le sous-titrage automatique des vidéos. En parallèle, Microsoft ne cesse d'optimiser la couche de machine learning de SharePoint. Au programme : décryptage d'images pour la reconnaissance de caractères et l'extraction de méta données, ou encore l'analyse de sentiment et la reconnaissance faciale en faisant appel aux Azure Analytics Services. Même logique pour Power BI, l'application de data visualisation peut recourir à Azure Machine Learning pour affiner ses traitements, notamment identifier des entités (organisations, personnes, localisations). Via Azure ML, elle offre même la possibilité de bâtir son propre modèle de machine learning (lire le post).

Animation illustrant les capacités de l’assistant intelligent, Idées, intégré en colonne de droite d’Excel. © Microsoft

Autre terrain d'affrontement où l'IA entre en jeu : la recherche de contenu. Sans surprise, c'est un domaine dans lequel Google affiche une bonne longueur d'avance. Baptisé Google Search, "le moteur de recherche de Google Drive est très performant", estime Arnaud Rayrole chez Lecko. "Il suggère des résultats en fonction de vos thématiques de prédilection, de la fréquence de consultation et d'édition de tel ou tel document. Il donne accès à un classement des résultats au regard des auteurs avec lesquels vous échangez le plus." Seul bémol : Google Search ne va pas jusqu'à gérer les compétences. "Il n'analyse pas les profils des collaborateurs, leur parcours et leur historique de travail pour dénicher les savoirs disponibles en interne pouvant se révéler utiles à tel ou tel chantier", poursuit Arnaud Rayrole. Une approche que Microsoft intègre via Delve ou encore Yammer, la brique de réseau social d'entreprise d'Office 365.

La stratégie de Google plus lisible

Sur le plan de la recherche documentaire, reste à Microsoft du chemin à parcourir avant de rattraper Google. Le groupe a annoncé sa volonté d'évoluer dans ce domaine vers une expérience unifiée. Pour l'heure, plusieurs moteurs d'indexation coexistent au sein d'Office 365, chacun associé à une application (Yammer, Teams, Outlook, Drive….) L'éditeur entend ainsi les consolider au sein d'un socle unique baptisé Microsoft Search. Un travail de R&D qui devrait aboutir d'ici la fin du premier semestre 2019. La promesse ? Offrir un environnement de recherche, à base d'IA, capable de livrer des résultats personnalisés et cohérents de manière transverse à toute la plateforme. A terme, la société de Satya Nadella compte même tendre vers une interface de recherche commune recouvrant non seulement Office 365 mais aussi Windows 10 et le progiciel Dynamics 365.

"Au final, tous ces efforts renvoient à une finalité commune : aider les utilisateurs à gérer des volumes de données qui ne cessent de croître"

Pour les consultants interrogés, ces évolutions d'Office vont globalement dans le bon sens, mais se révèlent moins lisibles face aux leviers d'IA simples et pragmatiques que dessine Google dans Gmail.

Dernier terrain d'opposition : les chatbots. Google et Microsoft intègrent tous deux cette dimension à leur suite respective par le biais d'application de team messaging : Hangouts Chat pour le premier et Teams pour le second. Lancé début 2017, un peu plus d'un an avant Hangouts Chat, "Teams compte nettement plus d'agents conversationnels", reconnait Thomas Poinsot chez Spectrum Group. "Mais comme chez Google, ils se limitent la plupart du temps à des tâches simples, de type click-to-action. Rares sont ceux équipés d'une couche d'IA conversationnelle capable d'apporter la réponse attendue en sollicitant la ou les bonnes applications."

Des algorithmes qui façonnent l'entreprise

"Au final, tous ces efforts renvoient à une finalité commune : aider les utilisateurs à gérer des volumes de données qui ne cessent de croître. L'objectif est louable. Cependant, l'IA n'est jamais neutre. Ce n'est ni plus ni moins qu'une vision du monde codée dans des algorithmes. Ce qui donne in fine la possibilité à Google et Microsoft d'orienter les choix d'une organisation en priorisant l'information selon leurs propres règles", prévient Arnaud Rayrole. "De même, ils incitent à évaluer la performance des collaborateurs en suivant leur logique." Sur ce point, le CEO de Lecko évoque la brique MyAnalytics d'Office 365. "Elle fournit des KPI inspirés de la culture américaine, par exemple le taux d'utilisateurs transmettant des mails à des heures non-ouvrées et non par plages horaires."

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