De Matrix à Matrice (épisode 8)

Tandis que l’homme et la machine collaborent toujours plus, au tour d’Amazon, et plus particulièrement d’Alexa, de se soumettre à la matrice proposée dans l’article inaugural de cette série de chroniques.

Un voyeurisme impudique chez Alexa (Amazon)


Alexa est le nom de l’intelligence artificielle développée par Amazon. Logée à l’intérieur d’une borne, que l’on pose chez soi et à laquelle on parle, elle est pire encore que celle proposée par Google pour au moins deux raisons :

Tout d’abord, la borne de Google oblige l’utilisateur à employer le mot Google, lorsqu’il demande quelque chose : « Bonjour Google, peux-tu me dire quelle est la capitale de l’Inde ? », « Bonjour Google, connais-tu le cours du Bitcoin ? », « Salut Google, peux-tu me dire le temps qu’il fera demain à Paris ? » En revanche, la borne d’Amazon, en exigeant que les utilisateurs prononcent le nom d’Alexa pour obtenir des réponses, tente de leur faire oublier qu’ils communiquent avec Amazon, un site pour le moins mercantile.

Ensuite, la borne de Google nécessite une intervention physique de l’homme pour être utilisée : appuyer sur un bouton « Marche / Arrêt ». Cela peut paraître anodin, jusqu’au moment où l’on comprend que la borne d’Amazon est, quant à elle, constamment allumée, en permanence à l’écoute, avec comme arrière-pensée la volonté de déceler des informations qui permettront ensuite au géant du e-commerce d’effectuer des propositions commerciales pertinentes. Des pleurs de bébé lui feront comprendre qu’il y a un petit enfant à la maison et lui permettront de suggérer à ses parents l’achat de couches culottes. La toux de Monsieur encouragera Amazon à mettre en avant des produits parapharmaceutiques. Le bruit d’une assiette qui tombe accompagné par les cris de madame : « Et voilà, encore une assiette cassée » permettront à l’intelligence artificielle d’Amazon de proposer un nouveau service de table.

Inutile de préciser que bon nombre des critères mentionnés précédemment sont bafoués. Cependant, si l’on s’astreint à une évaluation purement rationnelle, il faut admettre que ce que propose ici Amazon est parfaitement efficient, avec la réserve que l’utilisateur peut ne pas nécessairement réaliser que la borne est constamment à l’écoute, peut l’oublier au fil du temps, voire sous-estimer la capacité de l’intelligence artificielle qui s’y cache à œuvrer de manière si puissante, si intrusive et si tentaculaire.

Alexa mérite donc une place en bas à droite du carré A.

A suivre

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