L’Intelligence Artificielle peut-elle aider les juristes à mieux exercer le droit ?

Il est fréquent de considérer comme ennemis irréconciliables les professionnels du droit et les Legaltech.

Pourtant, loin d’être incompatibles, une collaboration entre juristes et entreprises innovantes, notamment en matière d’Intelligence Artificielle, peut permettre un exercice du droit libéré de tâches fastidieuses et à faible valeur ajoutée telle que la recherche de clauses ou d’articles de lois, de meilleure qualité, plus rapide et accessible au plus grand nombre, ce qui est sa vocation.

Depuis la création de l’Ordre des Avocats par l’empereur romain d’Orient Justinien au cours de la première moitié du VIème siècle, les juristes ont été confrontés à de multiples changements. Des premières règles déontologiques au Moyen-Âge, aux défis de la modernisation du droit (multiplication des textes de lois ou encore internationalisation des problèmes juridiques) au XXème siècle, la profession s’est adaptée et structurée (réglementation des honoraires, mise en place de conditions de capacité puis d’un examen professionnel, obtention de l’immunité lors des plaidoiries, statut de profession libérale, etc.).

Le métier d’avocat, dont les bases étaient inchangées depuis le moyen-âge, est aujourd’hui confronté à un nouveau bouleversement, issu de la révolution digitale et de l’apparition de nombreuses startups qui s’intéressent aux professions du droit. Qu’il s’agisse de référencement, de comparateurs, de plateformes juridiques, d’Intelligence Artificielle voire même de justice prédictive, les Legaltech obligent les professionnels du droit à s’adapter pour rester légitimes. Longtemps perçues comme des ennemies des juristes - avocats en tête, elles apparaissent désormais davantage comme des solutions complémentaires puisqu'elles leur permettent de rendre plus rapide et plus efficace l’exercice du droit.

L’Intelligence Artificielle au service de l’exploitation des données

Au cours des dernières décennies, les juristes ont été confrontés à une multiplication des textes de loi, à l’internationalisation des problèmes juridiques ainsi qu’à l’émergence de nouvelles technologies et de nouveaux domaines de droit. La masse d’informations et de données est de plus en plus importante et l’exercice du droit est sans cesse plus complexe et plus consommateur de temps, notamment pour identifier articles de lois ou bien des clauses de contrats pertinentes en matière de droit des affaires.

Avec l’apparition des technologies de Big Data, la puissance de calcul des ordinateurs et des serveurs a permis le traitement d’énormes quantités de données juridiques, grâce notamment aux moteurs de recherche avancés. Toutefois, ce n’est qu’avec l’utilisation de l’Intelligence Artificielle que leur pertinence s’est renforcée. L’IA doit passer par une phase d’apprentissage, via le Machine Learning, pour s’améliorer au fur-et-à-mesure. L’exemple est frappant lorsque l’on compare la qualité des traductions effectuées par Google Translate il y a quelques années et les résultats obtenus aujourd’hui.

En matière juridique, les progrès offerts par le Machine Learning et l’Intelligence Artificielle sont tout aussi impressionnants. Avec des technologies telles que le Natural Language Processing (ou NLP), les ordinateurs sont capables d’apprendre à interpréter ou à imiter le langage humain. Cela lui permet aujourd’hui de parcourir des milliers de pages de contrats, d’identifier les éléments les plus pertinents et de remonter aux juristes les points d’intérêt ou d’attention. Les progrès réalisés leur permettent même de jongler avec différentes langues et de les traduire intelligemment.

Grâce à ces nouveaux outils, souvent développés par des startups et qualifiés de Legaltech, les juristes ne seront plus contraints de parcourir - de façon fastidieuse - des milliers de pages de documents souvent répétitives. Ils auront davantage de temps pour analyser les résultats de la lecture automatique réalisée par les machines, pour affiner leurs conseils ou leurs stratégies, ou pour négocier les clauses des contrats.

La nécessaire collaboration entre Legaltech et professionnels du droit

Il est contre-productif d’opposer Intelligence Artificielle et juristes. Leurs intérêts sont loin d’être incompatibles et les apports de chacune des deux intelligences (humaine et artificielle) permettra de rendre un meilleur exercice du droit, plus pertinent, plus rapide et accessible à tous, ce qui est, rappelons-le, la raison d’être du droit.

Ainsi, l’IA permet aux professionnels du droit de se libérer des tâches à faible valeur ajoutée, d’être plus pertinents et de se concentrer sur leurs missions de conseil. Cela leur permet d’améliorer leur relationnel avec des clients qui sont de plus réticents pour payer des honoraires pour un service qu’ils estiment de moindre valeur. Toutefois, pour être efficace et gagner en intelligence, l’IA doit s’appuyer sur de larges volumes de données à analyser. Sans données transmises par les juristes et qu’elle peut analyser, il est impossible à l’Intelligence Artificielle d’apprendre et de s’améliorer.

Plutôt que de les opposer, encourageons plutôt juristes et Legaltech à collaborer pour un bénéfice qui servira chacune des parties et, par extension, l’ensemble de la société qui pourra accéder plus facilement aux services des professionnels du droit.

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