Le cyber-activisme de plus en plus politisé ?

Depuis la campagne de Donald Trump, le cyber-activisme à des fins politiques semble s’être démocratisé. Des États-Unis à la Russie, en passant par la France et le Maroc, retour sur une pratique de plus en plus répandue.

37 pages : c’est la longueur du document d’accusation publié par les équipes du procureur spécial Mueller, le magistrat américain qui a inculpé une douzaine de ressortissants russes pour avoir tenté d’influencer la dernière élection présidentielle aux États-Unis. Ces agents travaillent en réalité pour l’Internet Research Agency (IRA), une structure dont le but était, depuis 2014, de mener une "guerre informationnelle contre les États-Unis", selon un article publié par Le Monde en février dernier.

L’élection américaine sous influence russe ?

Selon les informations du quotidien français, la mission des agents de l’IRA, au nombre de 80, est de créer des centaines de comptes sur divers réseaux sociaux. Et de fidéliser des abonnés, parfois par dizaines de milliers. Ils doivent viser en priorité "les utilisateurs insatisfaits de la situation sociale et économique", rapporte le quotidien du soir, tout en relayant force rumeurs et "fake news". Sponsorisées, ces publications se répandent de manière virale sur la toile.

À l’approche de l’élection, ordre est donné aux trolls de l’IRA "d’utiliser toutes les opportunités possibles pour discréditer Hillary (Clinton) et les autres", "sauf Sanders et Trump, on les soutient". Plusieurs agents russes se rendront même aux États-Unis afin de préparer l’opération de propagande. Certains d’entre eux participeront à l’organisation de manifestations en faveur de Donald Trump ou contre son adversaire.

Plus que l’impact potentiel de cette campagne, c’est le professionnalisme de cette équipe qui laisse songeur. Le document d’inculpation décrit des processus dignes d’une véritable entreprise du secteur : "shifts" organisés pour alimenter en permanence les réseaux sociaux, analyse de la performance de chaque publication, recours à des experts du référencement ou du graphisme. Rien n’a été laissé au hasard.

Toujours en rapport avec l’élection présidentielle de 2016, le réseau social Twitter a révélé au Congrès, en janvier 2018, avoir décelé 2,12 millions de tweets automatisés provenant de Russie. Des "bots" automatisés contrôlés par Moscou auraient également partagé 470 000 fois les tweets incendiaires de celui qui n’était alors que le candidat Donald Trump. Soit l’équivalent de 4 % des retweets effectués entre le 1er septembre et le 15 novembre 2016. Ici encore, l’IRA est dans le viseur des autorités américaines. 

Emmanuel Macron, nouvelle cible des cyber-activistes

Une fois leur poulain élu à la Maison-Blanche, les trolls et robots pro-Trump ne sont pas restés longtemps en vacances. Leur nouvelle cible se nomme cette fois Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle française. Un chercheur américain, Emilio Ferrara, a analysé 350 000 tweets relatifs aux MacronLeaks, cette fuite de documents de campagne du futur président français, qui est intervenue peu de temps avant le scrutin. 

Si 100 000 abonnés Twitter ont publié sur cette affaire entre le 27 avril et le 7 mai 2017, environ 18 000 d’entre eux seraient des bots, soit 18 % du total, estime Emilio Ferrara. "Au total, les dix comptes les plus actifs utilisant le #MacronLeaks ont posté plus de 1 300 tweets en un peu plus de trois heures, signe typique de l’utilisation de bots", estime le chercheur. Un chiffre équivalent à celui qu’il avait constaté lors de la présidentielle américaine. 

Au Maroc, un boycott télécommandé contre un ministre

D’un continent à l’autre, la menace ne change hélas pas de nature. Depuis le 20 avril dernier, au Maroc, une intense campagne de boycott cible trois entreprises : Centrale Danone, l’eau minérale Sidi Ali et les stations-service Afriquia. Dénonçant la "vie chère", la campagne aurait été lancée de manière anonyme sur le réseau social Facebook puis reprise sur Twitter. Rapidement cependant, des observateurs ont relevé le peu de crédibilité des comptes Facebook ou Twitter ayant relayé l’appel au boycott : pas de photos ni de bio, peu de followers, création des comptes juste avant le lancement de la campagne… 

Des soupçons d’instrumentalisation confirmés par la récente étude « Astroturfing et fake activism : la dynamique cachée du boycott au Maroc », du cabinet IDS Partners, qui met en lumière l’utilisation de plusieurs techniques d’astroturfing destinées à créer une impression de spontanéité. 

Un boycott instrumentalisé ? Mais contre quelle cible ? Là encore, l’étude du cabinet IDS Partners laisse entendre que la véritable cible de cette opération ne serait autre que Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et propriétaire d’Afriquia." La discussion globale autour d’Aziz Akhannouch représente 8 % de notre corpus. Cela est loin d’être insignifiant", précise l’étude. À la baguette, "des internautes assez engagés et politisés, aux vues semblent-ils plutôt conservatrices", résume Damien Liccia, associé fondateur d’IDS Partners. Un boycott plus politique que citoyen en somme.

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