La dépendance technologique est devenue un risque stratégique pour les PME

Yield

Les PME sous-estiment leur dépendance technologique. Pendant des années, leur priorité a été de faire fonctionner leurs outils, pas de penser à leur réversibilité.

Pendant des années, la priorité des PME a été de faire fonctionner leurs outils, pas de penser à leur réversibilité. Un logiciel métier développé il y a quinze ans, enrichi au fil des besoins et maîtrisé par quelques personnes clés peut très bien continuer à remplir sa mission tout en créant une dépendance considérable. Tant que l’éditeur reste stable et que les conditions commerciales évoluent peu, cette fragilité reste largement invisible.

Elle devient beaucoup plus concrète lorsqu’un fournisseur change ses conditions, son modèle économique ou sa politique de licences. Une entreprise peut alors découvrir qu’elle ne maîtrise plus réellement son système d’information, non pas parce que son logiciel fonctionne mal, mais parce qu’il est devenu extrêmement difficile à remplacer. Lorsqu’un outil concentre des années de règles métier, de données et de processus dans une technologie propriétaire, la capacité à changer de solution devient elle-même un enjeu stratégique.

WinDev illustre très bien ce problème

La situation récente autour de PC Soft en fournit un cas particulièrement parlant. Après son passage fin 2024 sous le contrôle d’une structure liée à Volaris Group, filiale de Constellation Software, l’éditeur de WinDev a fait évoluer son modèle de licences, avec la disparition des licences perpétuelles, une hausse d’environ 43 % du coût annuel développeur et l’apparition d’une redevance liée aux applications déployées.

Le sujet a suscité plusieurs enquêtes, une pétition de plus de 1 600 signatures et deux questions écrites à l’Assemblée nationale en juin 2026. Mais l’intérêt du cas va au-delà de PC Soft. Il montre surtout à quel point une entreprise peut découvrir tardivement qu’elle dépend fortement d’une technologie qu’elle utilise parfois depuis dix ou quinze ans.

Les directions générales savent généralement combien elles paient leurs logiciels chaque année. Elles savent beaucoup moins combien de temps et d’argent il leur faudrait pour les remplacer. C’est pourtant ce coût de sortie qui donne la mesure réelle de la dépendance.

L’IA change aujourd’hui cette équation

Jusqu’ici, sortir d’un système legacy pouvait nécessiter des mois, voire des années, simplement pour comprendre le code existant, retrouver les règles métier, cartographier les dépendances puis sécuriser la réécriture. C’est précisément cette difficulté qui expliquait pourquoi tant de projets de modernisation étaient repoussés.

L’intelligence artificielle commence à modifier cette réalité. Elle permet déjà d’accélérer l’analyse du code, l’identification des dépendances, la génération de tests et une partie de la réécriture. Elle ne remplace ni l’architecture ni l’expertise humaine, mais elle réduit fortement le temps passé à comprendre un système ancien et peut rendre réaliste, en quelques mois, une migration autrefois envisagée sur plusieurs années.

Pour les PME, l’enjeu dépasse donc largement le cas d’un éditeur ou d’une technologie. La souveraineté numérique ne consiste pas à bannir les solutions propriétaires, mais à conserver une capacité de choix. Une entreprise devrait pouvoir répondre simplement à cette question : si notre fournisseur changeait brutalement ses conditions demain, combien de temps nous faudrait-il réellement pour partir ?