Patrick Bénichou (Open Wide) "L'Open Source porte en lui une forme de contre-pouvoir"

La société française de services en logiciels libres propose un socle, combinant framework de développement et outils de déploiement, pour les développements d'applications métiers en Java.

JDN Solutions. Open Wide fête ses 10 ans. Quel regard portez-vous sur l'évolution de l'univers Open Source sur cette dernière décennie ?

Patrick Bénichou. Quand nous avons lancé Open Wide, l'Open Source au travers de Linux devenait crédible sur la couche infrastructure. Mais ce domaine était encore très loin de pouvoir recouvrir l'ensemble d'un système d'information d'entreprise. Depuis, l'Open Source est monté en puissance en bénéficiant de deux moteurs.

D'abord les technologies libres ont bénéficié des chantiers de transformation des applications vers le Web. Sur ce plan, il est vrai que les directeurs informatiques ont le choix entre trois approches possibles, dont deux sont Open Source : PHP, Java et .Net. Et ce même si .Net dispose d'une approche Open Source avec Mono, mais son utilisation demeure marginale. Du côté de l'Open Source, Java s'est imposé pour les applications métiers, et PHP du côté des sites Web même si cette technologie dispose désormais de frameworks adaptés pour les projets d'applications métiers type Zend ou Symfony.

Mais on a vu aussi se développer des applications Open Source par domaines d'applications métier : la GED, avec Alfresco par exemple, les progiciels de gestion intégrée, avec OpenERP, l'e-commerce avec Magento, ou encore la Business Intelligence avec des outils comme Jasper, SpagoBI ou Talend. 


Certains acteurs Open Souce que vous évoquez proposent des dual licences. Entre licence communautaire et licence Entreprise, pensez-vous que les lignes soient complétement figées ?

En général, nos clients privilégient la licence Entreprise, avec un service de support professionnel, pour leur projet de déploiement. C'est un modèle qui rassure pour le cas d'applications en production. La version communautaire est plutôt utilisée pour les pilotes. Elle est d'ailleurs en général plus riche fonctionnellement que les versions Entreprise. Elle bénéficie d'un rythme de mise à jour plus soutenu, ce qui les rend en général moins stables et moins faciles à maintenir pour des applications en production.


"Les éditeurs Open Source pratiquant une tarification au serveur vont être contraints d'évoluer"

Mais, on constate que les licences Entreprise sont souvent basées sur un modèle de souscription en fonction du nombre de serveurs. Ce qui n'est pas étonnant dans la mesure où les fondateurs des éditeurs de solutions Open Source viennent souvent du monde propriétaire. Ils reproduisent ce qu'ils connaissent déjà, et ce qui a déjà fait ses preuves.

Je pense que les acteurs vont aller de plus en plus vers un modèle de tarification reposant sur la prestations de services, et une souscription illimitée en termes de serveurs. Des sociétés comme la nôtre pousse dans ce sens. Nous avons par exemple récemment accompagné la RATP avec des services de support autour de la base de données PostgreSQL, avec à la clé une tarification indépendante du nombre de serveurs. Et ce même s'il est vrai que nous laissons aux éditeurs les niveaux de support les plus élevés. Nous restons le plus souvent cantonnés aux problématiques d'usage et de formation, ainsi qu'à l'intégration et la configuration des solutions.


Les forks comme c'est le cas par exemple de CentOS pour Red Hat ont aussi leur rôle à jouer dans cette logique, et contraignent les éditeurs à évoluer. L'Open Source porte en lui une forme de contre-pouvoir. C'est d'ailleurs également dans l'intérêt des clients qui recherchent des dispositifs technologiques permettant de croître au niveau métier, sans pour autant alourdir les charges de façon proportionnelle. 


Fin 2010, vous avez acquis Improve. Quelle est la philosophie de la technologie issue de ce rachat ?

Cette opération nous a apporté le socle Improve Foundations. Avec cette nouvelle offre, nous proposons de supporter les centaines de composants nécessaires pour le développement en Java d'applications d'entreprise. Sonar, Maven, Hibernate, Hudson... Nous apportons un service pour supporter tous ces composants. Nous proposons un dispositif d'API qui rend ces composants Open Source imperméables aux changements réalisés au niveau des développements. Avec Improve Foundations, nous avons aussi pour vocation d'apporter aux intégrateurs et aux DSI un socle de composants harmonisés pour tous leurs projets. 


Nous nous adressons à la fois aux intégrateurs réalisant des développements pour le compte de leurs clients, ainsi qu'aux directions informatiques d'entreprise directement. Parmi nos principaux clients dans ce domaine figurent par exemple Renault, Galeries Lafayette, Accenture, Bull ou encore Atos Origin. Improve Foundations leur permet de se concentrer sur les évolutions fonctionnelles, et ne pas avoir à gérer la maintenance de tout le socle, ce qui revient cher lorsque cette activité n'est pas mutualisée et demande des compétences importantes en Java. Le fait de bénéficier d'un socle cadré en termes d'usages permet aussi de basculer plus rapidement des équipes vers les technologies Java. 

Notez que nous sommes aussi intégrateur d'applications de gestion de contenu Open Source, comme Alfresco, Liferay ou encore eZ publish.

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