Le m-banking enfin un succès ?

Le développement de services de paiement devient clé à travers le monde avec le succès du porte-monnaie électronique Edy au Japon ou des 8 millions de clients m-pesa au Kenya.

Les paiements mobiles ont créé une zone de convergence entre les deux secteurs. Un paiement mobile peut être réalisé à distance ou à proximité (technologie sans contact). Il requiert, au cours de la transaction, l'utilisation d'un équipement mobile (téléphone, PDA...) connecté ou non au réseau d'un opérateur. Or, le paiement est l'acte bancaire le plus courant, l'un des plus rémunérateurs et aussi l'un des plus fidélisant.  

 

Plusieurs modèles de relation, non exclusifs, entre banques et télécoms sont observés sur les marchés locaux et semblent être favorables au développement des paiements mobiles :

·    Modèle de complémentarité : proposition d'un mode de paiement mobile sur des cibles différentes

·    Modèle de substitution : mise en place d'une solution de paiement mobile si l'une des industries a peu de latitude localement

·    Modèle de concurrence : compétitivité des deux d'acteurs adressant les mêmes segments clients

·    Modèle de coopération : réalisation de partenariats entre les banques et les opérateurs télécoms où chacun préserve son rôle initial sur la chaîne de valeur

·    Modèle de fusion : fusion ou acquisition d'un opérateur par une banque  ou vice versa

 

Un premier retour d'expérience sur le "modèle de complémentarité" est intéressant à étudier en Europe. Les opérateurs télécoms, comme Orange, SFR ou Bouygues Télécom, proposent en effet des paiements mobiles pour de petits achats (jeux, sonneries, votes,...) directement facturés sur son forfait téléphonique, plutôt à destination des jeunes faiblement bancarisés. Ils sont complémentaires avec les banques qui accompagnent les adultes sur les moments clés de leurs vies (déménagement, mariage, retraite...).

 

 

Si en Europe les "modèles de substitution" ou de "concurrence" sont rares, en Afrique, la situation est différente.

En général, les acteurs du marché des télécoms se substituent au secteur bancaire en particulier dans le cas où des solutions "orientées mobile" sont développées (l'opérateur contrôle toute la chaîne de valeur : de la création et gestion du compte au paiement).

La téléphonie mobile est devenue un moyen d'initiation et d'exécution de transactions financières en ligne étant donné l'explosion du nombre d'abonnés en mobiles dans la majorité des pays africains. Cette solution cible essentiellement une population non bancarisée importante en Afrique (le taux de bancarisation en moyenne est de 11% en Afrique Sub-Saharienne et en Afrique du Sud).

 

Certains "modèles de coopération" existent également sur le continent africain. Les opérateurs télécoms peuvent mettre en place des partenariats avec les acteurs du secteur bancaire. Tel est le cas des pays où le taux de bancarisation est relativement élevé.

Ces offres "orientées banque" (où la banque se charge de la création et de la gestion du compte et l'opérateur télécom du transport des données) proposent aux souscripteurs la consultation des comptes, le transfert local d'argent d'un compte bancaire à un autre, le paiement de factures, etc.

 

En Asie, la situation diffère encore de celle d'Europe ou d'Afrique. Le modèle japonais se base sur un modèle de "fusion" entre le secteur financier et le secteur télécom.

L'opérateur télécom, NTT DoCoMo, a été le premier à proposer des services de paiement sans contact sur mobile qui transforment les téléphones portables en porte monnaie électronique. Pour ce faire, la compagnie a racheté une banque pour la création des comptes bancaires et la gestion des problématiques de crédit. Ces offres de paiement mobile, ont permis d'augmenter fortement le taux de fidélisation des clients puisque l'opérateur endosse à la fois le rôle d'acteur télécom et de banque.


Ce porte-monnaie électronique, pratique car sans code, est utilisé pour le paiement des journaux, des boissons, des cigarettes, etc. Le prélèvement de ces montants payés est effectué soit directement sur le compte bancaire soit sur le compte virtuel qui sera par la suite débité du compte bancaire à la fin du mois.

 

Ce modèle n'est pas forcément transposable, néanmoins, les événements semblent s'accélérer en Europe avec l'arrivée d'acteurs indépendants comme PayPal, intermédiaire de paiement et filiale d'eBay. Ces nouveaux entrants cherchent à se positionner sur ces achats en ligne depuis le mobile mais se contentent pour le moment d'un marché de niche en raison du parc restreint de terminaux compatibles. 

 

Le challenge pour les opérateurs réside dans la création d'un écosystème stable : un savant équilibre entre les offres commerciales, la simplicité d'usage, le besoin client et le réseau de partenaires (dont les banques, les fabricants de terminaux mobiles et les commerçants).  Si aujourd'hui, le paiement mobile apparaît comme une question de spécialiste, demain il concernera tout un chacun, de Paris à Bornéo en passant par Tombouctou !


 

Henri Tcheng, Associé BearingPoint, Jean-Michel Huet, Senior Manager BearingPoint, Benjamin Blasco, Senior Manager BearingPoint, Jean-Bernard Pagès, Consultant BearingPoint et Mouna Romdhane, Consultante BearingPoint.

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