Icann : le modèle "multi-stakeholder" est un flop

L'Icann a créé un programme pour des nouvelles extensions Internet dont les experts n'appartiennent pas à l'Icann ! A présent, ils se sont rapprochés et dictent les règles.

Bien entendu, je suis ravi de voir Icanniens (les gens qui parlent et comprennent la langue Icann) ainsi que les nombreux prestataires de services vanter le "multi-stakeholder model". Notez qu'il ne s'agit pas ici d'un nouvel outil pour faire cuire son steak mais bien d'un modèle de fonctionnement destiné à ce que les parties prenantes participent grandement à la prise des décisions de l'cann. Imaginez donc une réunion avec plusieurs centaines de personnes (prestataires de services, candidats, conseils divers, gouvernements...) qui donnent leur avis et des décideurs qui prennent en compte toutes leurs remarques. Nous sommes, à présent, à environ 2 ans de retard dans le programme des nouvelles extensions.

Comme de nombreux candidats, je me dis qu'il est quand même curieux, troublant et coûteux que cela prenne tant de temps: la Trademark Clearinghouse n'est pas encore au point...loin de là, la procédure URS "prend forme", le RAA "Registrar Accreditation Agreement" est la seconde priorité dans laquelle le CEO de l'Icann "VA" s'investir au sortir des réunions de Toronto.Mais de combien d'autres sujets n'avons nous pas encore parlé: la "Registry Restrictions Dispute Resolution Procedure", la "Post-Delegation Dispute Resolution Procedure" et j'en passe... Ces sujets vont-ils encore être appelés à "commentaires publics"?

En ce qui me concerne on est en train de passer à côté du principal:

  1. Des marques qui souhaitent rayonner d'avantage grâce au lancement de leur extension Internet: une procédure fermée et destinée aux marques de façon exclusive aurait pu être lancée bien plus tôt au travers d'un processus de validation rapide. Le manuel du candidat ne propose pas ce type de candidature. Espérons que ce sera le cas lors du second cycle d'appel.
  2. Des candidats à une nouvelle extension Internet avec un réel projet: face à des spéculateurs capables de lever des fonds considérables, il est à penser que de nombreux projets dignes d'intérêt et avec une philosophie, ne verront probablement pas le jour faute d'argent.
  3. Des utilisateurs appartenant à une Communauté bien définie et qui souhaitent exploiter un nom de domaine qui les qualifis plus clairement (monclub.rugby, monvignoble.vin, mafédération.football): on est en mesure de penser qu'un club de sport devrait être privilégié lors de l'enregistrement d'un nom de domaine dans le sport revendiqué par ce club. Pourtant c'est pourtant très loin d'être le cas car la majorité de ces candidatures sont ouvertes à tous, cela veut dire que n'importe qui pourra revendiquer  n'importe quel nom de domaine et ouvrir la voie à...(et cela me fait mal de l'écrire)...la spéculation.

Tous ces gens continuent d'attendre beaucoup du programme Icann des nouvelles extensions qui, selon la tournure qu'il est en train de prendre, ne semble pas encore prêt de voir le jour.
En ce qui me concerne, le modèle "multi-stakeholder" est un flop. On peut se féliciter de son succès à chaque réunion de l'Icann et clamer haut et fort que c'est un modèle pourtant, les fait sont là: le retard se compte en années à présent, "le manuel du candidat" se veut changeant et peut être modifié à volonté, nombreux sont les prestataires de service qui ralentissent son avancement sous le prétexte de proposer un meilleur modèle alors que leur intérêt est bien ailleurs et...les conflits d'intérêts continuent d'ennuyer les uns et les autres: les autres surtout car lorsque l'on est "inscrit" à l'Icann, on est sûr d'être entendu.
C'est là tout le paradoxe, l'Icann a créé un programme pour des nouvelles extensions Internet dont les experts n'appartiennent pas à l'Icann ! A présent, ils se sont rapprochés et dictent les règles.
Pourtant, l'Icann tente parfois de passer rapidement sur des questions afin de ne pas prolonger ces interminables délais mais chaque candidat, chaque prestataire de service, chaque conseil en PI est là pour veiller et poser son doigt sur le détail qui pourrait compromettre une candidature ou favoriser celle d'un concurrent (récemment le processus d'objection qui favoriserait les candidatures non-communautaires).
L'Icann s'est laissé faire et le résultat est là. C'est dommage d'ailleurs car je pense à l'identité du vin, cette Communauté bien définie sur laquelle j'ai longtemps travaillé, et à leurs noms de domaine. Je n'ose à présent plus poser le doigt sur ce qui pointe à l'horizon, inacceptable en ce qui concerne le vin, mais il va pourtant falloir faire avec.
Alors quand ? Quand verrons nous les premières extensions Internet pointer leur nez ? La réponse est à venir...un jour, lorsque l'Icann donnera des précisions sur...des dates. Mais soyez rassurés car au point ou nous en sommes, il faut en rire: nous allons reparler de tout cela pendant encore longtemps, au moins jusqu'en avril 2013.

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