"Your device is talking about you !" ou les défis de l’Internet des objets

Après avoir connecté les ordinateurs, les smartphones ou les documents, Internet s’apprête à connecter des dizaines de milliards d’objets. Quels sont les enjeux de cet « Internet des objets » ? Quels sont les risques pour l’individu ? Quelles sont les opportunités pour les collectivités locales ?

Si le terme « l’internet des objets » a le vent en poupe, le concept reste aujourd’hui encore très flou

La définition d’Internet des objets semble facile. Il s’agit d’un réseau de réseaux qui permet, via un système d’identification électronique et des dispositifs mobiles sans fil, d'identifier directement des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter les données s’y rattachant. Les objets ainsi connectés permettent aujourd’hui de recevoir et de délivrer des informations personnalisées ne cessent de révolutionner notre quotidien. Leur arrivée marque de plus en plus les foyers et les industries :

* dans la santé, ils permettent de porter assistance aux personnes âgées et d’assurer une meilleure surveillance des enfants en bas âge
* pour le bien-être, ils permettent de surveiller le poids, historiser les variations et alerter sur le moindre surplus
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pour les marchés de grande distribution, ils permettent une meilleure traçabilité des produits et révolutionnent les méthodes de lutte contre la contrefaçon,
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appliqués dans l’industrie manufacturière, ces objets améliorent la logistique, la surveillance des constances et permettent une maintenance à distance ce qui rend les cycles de production plus efficaces.

Révolution pour certains, tendance naturelle prévue et anticipée depuis 10 ans pour d’autres, l’Internet des objets est une terminologie, en partie marketing pour désigner cette évolution sensible de la connectivité.

“Your device is talking about you !”

Qu’il s’agisse du baby phone intelligent ou encore du célèbre Nabaztag, ces objets présentent l’avantage d’être des « cool things », beaux, simples d’utilisation et non envahissants, les rendant de plus en plus attractifs aux yeux des consommateurs. Si l’attractivité semble la caractéristique la plus évidente de ces objets, qu’en est-il de la confiance des utilisateurs dans ces objets ?
Accusés de plus en plus d’espionnage et de constitution d’une sorte de « profilage » de ses utilisateurs, ces objets sont menacés de disparaitre si les constructeurs n’arrivent pas à prouver que leurs produits sont dignes de confiance des consommateurs. En effet, nombreux sont ceux qui craignent que les objets ainsi connectés puissent divulguer et rendre publiques des informations collectées auprès de l’utilisateur. Le si célèbre ‘Big brother is watching you’ se transformerait en ‘Your device is talking about you’. Il est donc important de sécuriser voire même de restaurer la confiance de l’utilisateur vis à vis de ce monde du tout connecté.
Pour aider à l’instauration de cette confiance et à la protection de la vie privée des utilisateurs, la commission européenne vient de lancer une consultation afin de préciser le cadre nécessaire pour exploiter le cadre économique et social de ce secteur. Bruxelles estime que le nombre d'objets reliés à Internet va exploser ces prochaines années. Il devrait y avoir 25 milliards de dispositifs avec une connexion sans fil dans le monde en 2015, et 50 milliards en 2020. Cette consultation ne vise pas uniquement à voir les potentielles retombées économiques de l'Internet des objets. Bruxelles souhaite également s'assurer que les droits de chacun soient respectés puisque ces dispositifs seront amenés à rassembler, traiter et stocker des informations sur les comportements, la localisation et les préférences des utilisateurs. Un degré de contrôle suffisant devra être garanti. D’ores à présent, la commission européenne évoque le « le droit au silence des puces » afin de permettre aux individus de pouvoir se déconnecter à tout moment de leur environnement réseau.

Au-delà de l’individu, nos villes doivent-elles entrer dans l’ère du tout communiquant ?

Les exemples de l’apport de l’Internet des objets au développement des villes de demain sont nombreux
L’Europe de l’Est est en train de réfléchir à un usage intelligent de l’éclairage public. L’idée serait que celui-ci s’adapte en fonction du trafic observé dans les rues. Ne passe-t-on pas notre temps à répéter aux enfants de toujours veiller à éteindre les lumières d’une pièce lorsque celle-ci est vide. Le principe serait en quelque sorte le même pour les rues et l’internet des objets rendrait possible la mise en place d’un mode d’éclairage plus intelligent (mise en marche, extinction automatiques, identification des pannes, etc.).
Même continent, autre initiative : le gouvernement maltais, soucieux de réduire ses problèmes d’alimentation en énergie, a fait appel à IBM pour développer un réseau de compteur intelligent de distribution d’eau et d’électricité sur l’ensemble de son territoire afin de d’enrayer son manque en eau potable. L’objectif affiché est clair : améliorer l’efficacité opérationnelle ainsi que les services apportés aux usagers.
IBM commencera par remplacer les 250 000 compteurs électriques analogiques que compte l’île de Malte par de nouveaux compteurs intelligents qui intégreront les mesures de consommation d’eau. Ces compteurs permettront de restructurer les processus de facturation, d’améliorer la gestion de relation client, et de mettre en place des services en ligne. A terme, les clients bénéficieront d’économies sur leur facture. Aussi, la consommation d’eau et d’électricité sera réduite grâce à une meilleure détection des fuites, la gestion à distance du réseau et l’analyse en temps réel de la consommation sur le réseau.
L’Internet des objets a vu le jour avec pour but premier de servir l’individu. Or, ne pourrait-on pas penser que l’heure de son apogée ne sonnera que lorsque les collectivités et les états pourront également en tirer pleinement des bénéfices (financiers, sociaux, environnementaux, etc.).
Or, force est de constater qu’aujourd’hui, la plupart des systèmes sur lesquels s’appuient l’Internet des objets ont des nommages qui leur sont propres empêchant ainsi les objets de deux systèmes différents de communiquer entre eux. L’harmonisation du nommage des objets est donc une réelle nécessité.
Sur le Vieux continent, nous avons vu que les projets surfant sur la vague de l’Internet des objets sont nombreux. Pour que tous ces projets et autres initiatives se développent dans un environnement pérenne, ne faudrait-il pas que des normes soient pensées et établies au-delà des frontières, englobant ainsi tous les continents sans distinction aucune ? Quel sera alors le premier pays, organisme, groupe à lancer cette initiative incontournable pour l’expansion de l’internet des objets ?

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Jean-Michel HUET, Directeur Associé, BearingPoint, Houda BENSLIMANE, Consultante, BearingPoint, Prisca BALA, Consultante, BearingPoint

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