Quid de la sécurité des paiements électroniques ?

La carte bancaire est le moyen de paiement préféré des français notamment parce qu’il est sécurisé. Excepté sur Internet. Le taux de fraude ne cesse d’augmenter depuis 2007, et la remise en cause des commissions d’interchange ouvre un nouveau boulevard aux fraudeurs.

Selon la Fevad (La Fédération du e-commerce et de la vente à distance), le e-commerce continue de progresser en France, même s’il reste moins important que sur les marchés anglais et allemands, avec une croissance des ventes qui a atteint 19% en 2012.
Une observation contrebalancée par la hausse parallèle du taux de fraude sur internet. Si l’ensemble des paiements sur internet ne représente que 8,4 % de la valeur des transactions nationales, ils sont à l’origine de 61% du montant de la fraude sur les cartes de paiement (253 millions sur 413 millions d’Euros). Il s’agit d’un chiffre particulièrement alarmant quand on sait que le marché du paiement en ligne possède un très fort potentiel de croissance.

63% du total des fraudes seraient dus à l’usurpation des numéros de cartes bancaires en 2010. Plusieurs solutions ont été mises en place par les prestataires de solution de paiement depuis le milieu des années 2000. e-Carte Bleue et 3D Secure ont notamment instauré dès 2008 une seconde phase d’authentification par la génération d’un code à usage unique. Sur les sites marchands, d’autres technologies de sécurité peuvent également être mises en œuvre, telles que les certificats SSL déjà très répandus, les systèmes Captcha ou les e-mails certifiés.
Des solutions relativement boudées par les commerçants. 40 % des e-commerçants utilisent 3D Secure aujourd’hui mais ils ne représentent qu’environ 10 % des paiements par carte et 15 % seulement des montants. Les plus grandes enseignes e-commerçantes n’ont pas encore adopté le système.

Pour contrer cette inertie, l’Observatoire de la sécurité des cartes de paiement a publié en décembre 2012 un communiqué appelant les e-commerçants à renforcer la sécurité des paiements par carte sur internet en faisant notamment appel à leur prestataire de solution de paiement. Cette sensibilisation intervenait à la suite du colloque organisé par ce même Observatoire sur la sécurisation des paiements par carte sur Internet.
Paradoxalement, les organismes de contrôle européens remettent en question les commissions d’interchange, encouragés en ceci par les commerçants qui voudraient voir ce qu’on appelle aussi les « frais de service commerçants » associés aux paiement par carte réduire ou même disparaître. Ces cartes sont effectivement couteuses pour les émetteurs et les coûts sont répercutés sur les commerçants (sous la forme d’une commission) et sur les consommateurs (sous la forme de frais bancaires en général mensualisés).
Or c’est une partie de ces commissions qui permet aux réseaux de paiements électroniques de financer leurs innovations en matière de sécurité (sécurité des transactions et réduction des connexions frauduleuses). Les supprimer signifierait des garanties bien moindres en termes de sécurité de paiement. Un boulevard qui s’élargit pour les fraudeurs, en dépit du bon sens et des alertes récemment émises.
La crispation des commerçants autour de ces commissions est doublement contre-productive. Non seulement l’affaiblissement de la sécurité du paiement en ligne peut déboucher sur de substantielles pertes, mais les conséquences sur la confiance des consommateurs risquent de condamner un marché qui bénéficie pourtant d’un potentiel de croissance fort.

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