Paylib : la montagne accoucha d’une souris de laboratoire

On nous faisait rêver depuis deux ans avec le « projet W ». On nous prévenait depuis des mois, le 17 septembre 2013 serait un jour à marquer d’une pierre blanche : trois des plus grandes banques françaises allaient créer un « wallet » commun et changer pour toujours la vie des Français.

Les attentes étaient grandes et légitimes, les Français ayant vraiment besoin de solutions qui leur simplifient la vie, notamment en matière de paiement. On ne peut pas dire que la France soit en effet vraiment à la pointe dans ce domaine.
Par ailleurs, les études d’opinions nous confirmaient que les grandes banques seraient le pourvoyeur naturel de cette innovation.
Oui mais voilà, le 17 septembre 2013 est arrivé, et la montagne a accouché… d’une souris !

Paylib est une solution de paiement en ligne tout ce qu’il y a de plus classique dont l’innovation majeure est de remplacer l’enregistrement de sa carte bancaire à la création de son portefeuille digital, par un mot de passe supplémentaire pour chaque transaction.

Plus simple pour l’utilisateur ? C’est loin d’être certain

J’ai, pour ma part, plus de problème à retenir un mot de passe supplémentaire qu’à saisir mon numéro de carte une fois.
D’autre part cette « innovation » rend le portefeuille Paylib exclusif à chaque banque émettrice.
Un même nom mais un portefeuille différent pour chacune des trois banques (BNP Paribas, La Banque Postale, Société Générale). Rien pour ceux qui ont leur compte ailleurs, ou qui ont deux comptes dans deux banques différentes.

Adieu, donc, toute ambition d’universalité !

Il faudra attendre pour cela que toutes les autres banques adhèrent à Paylib et qu’elles mettent leurs informations en commun. Je ne parierai pas un bitcoin dessus !
Aussi, comme Jean-Baptiste Descroix-Vernier qui a tweeté  « 13 ans après, les banques françaises inventent Paypal » ou comme Patrice Bernard (CestPasMonIdée) qui titrait « Paylib : Les banques françaises vous souhaitent une bonne année 2000 ! », mon premier sentiment est celui de la déception.
Trois géants français de la banque se sont donc alliés pour créer une solution de paiement en ligne sans innovation, totalement fermée et pauvre  en fonctionnalités. En résumé : une souris de laboratoire. Une de plus !
Les études avaient sans doute tort et une fois de plus, l’innovation viendra de jeunes sociétés audacieuses qui n’ont pas peur de bousculer l’ordre établi pour simplifier, pour de vrai, la vie des utilisateurs. Paypal l’a fait en 2000, Stripe et Square plus récemment. Aucune n’était une grande banque. Toutes on fait bouger les lignes. J’espère sincèrement que cela est aussi possible en France.

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