Non, Google ne nous tuera pas tous : la preuve !

Google a décidé de stopper son comparateur d'assurances en France, après seulement trois mois d'exploitation. Malgré un marché à forte croissance, une déréglementation en cours via la Loi Hamon et une puissance de feu hors norme Google fait marche arrière. Preuve que Google ne peut pas tout, tout le temps.

A ceux qui pensent que les sociétés dites Over The Top ou GAFAM (Google/Apple/Facebook/Amazon/Microsoft) sont infaillibles et ne peuvent jamais se louper, l’annonce faite par Google hier de se retirer sine die, après seulement trois mois, du marché de la comparaison d’assurance en France, est la meilleure démonstration que l’on peut mourir riche et en bonne santé.
Ce n’est sans doute pas pour des raisons de manque de moyens que Google s’arrête, ni en raison de son manque de temps pour s’installer. Ce n’est pas non plus, ne leur en déplaise, par volonté de se soumettre au fort lobbying des compagnies d’assurances ou je ne sais quelle anticipation de loi anti trust inexistante à ce jour.
C’est encore moins pour des raisons d’absence de marché qui croît de 20 % par an et que Google désirait s’approprier. Ce n’est pas non plus par manque de confiance des partenaires prêts à jouer la carte Google et à se ranger du côté des puissants.

Si Google se retire c’est pour 3 raisons instructives et rassurantes :

1) Un produit décevant, à l’ergonomie dépassée et à l’offre réduite

Google s’est trahi. Fondé sur le concept même que les utilisateurs sont la priorité, « users come first », Google a oublié de proposer un service à réelle valeur ajoutée. Les formulaires étaient mal pensés, l’ergonomie déficiente voire même obsolète et le bénéfice utilisateur en comparaison avec d’autres comparateurs tel que JeChange.fr, totalement inexistant.
Pire, alors que les plus gros comparateurs proposent plus de 30 compagnies, Google a pris le parti de se lancer avec une poignée de partenaires donnant le sentiment à l’utilisateur que l’offre était réduite. Enfin les résultats n’étaient pas connectés au compte Google et aucun lien ne permettait de bénéficier de conseils ou d’expertise sur les produits proposés. Pensé de manière « autonome » et intégré de façon light aux autres services du moteur de recherche, Google Assurance ressemblait plus à une Trabant au Salon de l’auto 2014 qu’à un produit innovant et disruptif tel qu’on devrait l’attendre de Google.

2) Une précipitation à se lancer et décliner un produit international

Google a cru bon de faire comme en Angleterre. En partant du rachat de BeatThatQuote en 2009, Google a pensé que la technologie anglaise serait suffisante pour être dupliquée en France. Jamais il n’a été question de contenu, de conseils ou même d’aide à la décision. Jamais Google n’a intégré dans son lancement autre chose que de la vente de formulaire qualifié.
Là où d’autres concurrents anglais, arrivés en force, ont pris le soin d’acheter un acteur local et créer un contenu spécifique, Google n’a fait que traduire ses formulaires et intégrer des partenaires locaux, pensant que la marque et la puissance Google se suffirait à elle-même. Jamais le caractère local du marché de l’assurance n’a transpiré dans son approche. Google a failli par ce qu’il est : un puissant globalisé.

3) Un manque d’ambition et de moyens dédiés

Arrivant sur un marché à maturité, Google a fait preuve d’un lancement pour le moins étonnant voire quasi invisible. Connu par les professionnels de la profession, le service n’a fait l’objet de quasi aucun marketing, mis à part un peu de relation presse et d’achat de mots-clés. Face à des concurrents qui ont dépensé en cumulé plus de 30ME d’investissement publicitaire en 2013, Google a été inaudible. En comparaison avec le lancement de Chrome, pour lequel Google n’a pas hésité  à faire de la publicité de manière impactante et massive, on peut être surpris de cette stratégie orientée à 100 % sur du lien sponsorisé.
Reste à se demander si ce Warterloo est définitif ou si après s’être replié dans la perfide Albion, Google Assurance reviendra encore plus fort et plus déterminé.

He will come back

Il est à parier que oui. Ce retrait n’est que de circonstance.
Les raisons en sont simples : c’est un marché très rentable à forte croissance dont la digitalisation est naissante. Les données fournies par l’utilisateur lors de la recherche sont colossales et très complémentaires de ce dont Google dispose déjà. Enfin et surtout les produits d’assurances et financiers sont pour Google un avenir certain. Il suffit pour cela de rappeler les 125M de dollars investis dans LendingClub, la magnifique société spécialisée dans les prêts entre particuliers lancée par un entrepreneur Français et le rachat de BeatThatquote
Tel le T-800 (Modèle 101) de Terminator, c’est un « I will be back » que nous lance Google, annonçant un combat plus impitoyable.
« Viene una tormenta ! »

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