Facebook vs Google+, ou la lutte entre geeks et nerds

Peut on se poser la question de savoir si Facebook n'est pas en train de devenir "has been" au profit d'une montée en puissance de Google+

Le nerd et le geek ont été, jusqu’à la moitié des années 90, associés dans un même ensemble, plutôt négatif, un peu en marge…
Puis Internet est né, et les choses ont changées, du moins pour les geeks. Ils sont devenus cools, à la mode. Une sorte d’icône des temps modernes.
Les nerds quant à eux, ont conservé leur position de solitaires passionnés de technologies mais tout de même dignes représentants d’une confrérie futée.
Facebook a été cool depuis son lancement. Google+, de son coté, est toujours considéré comme un service froid, manquant d’attractivité mais ayant une forte interopérabilité.
Cependant on peut se poser la question de savoir si Facebook n’est pas en train de devenir une nouvelle forme de nerd “has been” ? Alors que Google+, tout en restant le nerd qu’il est, ne disposerait-t-il pas du potentiel du geek ?

Les perceptions par type d’utilisateurs

Cette différence peut être perçue par les deux populations qui composent aujourd’hui les utilisateurs de ces réseaux sociaux :

Premiers utilisateurs : les individus

Très régulièrement, trop diront certains, Facebook procède à des modifications de son service. Ces modifications sont parfois très peu visibles, mais peuvent aussi impacter sérieusement l’expérience utilisateur.
Par exemple, l’affichage de ses propres publications sur la “time line” de ses “amis” a progressivement été réduite. Jusqu’à présent, tout le monde voyait ce que chacun publiait.
Depuis peu, Facebook décide s’il va afficher vos publications sur la “time line” de vos “amis”, ou non. L’algorithme de Facebook va ainsi décider en fonction des interactions entre chaque membre de la pertinence ou non de publier dans les time line les publications de chacun.
Sur quels critères ? Secret défense ! On peut juste supposer que si il y a interaction régulière entre deux individus, alors les publications seront affichées avec une régularité importante. Si, à contrario, il n’y a aucune, ou quasiment aucune interaction entre deux individus, alors les publications ne seront pas affichées. On se retrouve ainsi avec des “amis” fantômes.
Mais comment Facebook peut déterminer que ma petite cousine, avec qui je n’interagis que très peu sur Facebook, parce que je la vois régulièrement dans le monde réel, ne peut m’informer qu’elle a décroché le boulot de ses rêves ? Elle risque de mal prendre le fait que je ne la félicite pas, ou que je ne l’appelle pas pour en parler avec elle.
Ainsi certains “amis” disparaissent de nos “time line” pour devenir des fantômes virtuels.
Par ailleurs, les adolescents, bien que disposant d’un compte Facebook, utilisent de moins en moins ce réseau social pour interagir avec leurs amis. Ils vont de plus en plus sur d’autres plateformes, telles que Snapchat, Path, etc. En effet, ils ne souhaitent pas partager avec tout le monde, parents compris, toutes leurs publications. Ils vont donc segmenter leur utilisation des réseaux sociaux, faisant ainsi perdre à Facebook une part importante de données. Le fameux “big data” s’en trouve ainsi appauvri pour Facebook sur ces populations jeunes. Et ces jeunes seront un jour prochain des adultes consommateurs sur lesquels Facebook disposera de moins de données, voir plus aucune… Et cela pose un vrai problème pour son avenir.
Google+ propose une expérience utilisateur totalement différente. Aucun filtrage des publications et un classement de ses contacts par “cercle” permettant un contrôle beaucoup plus simple et intuitif des personnes pouvant lire chacune des publications, et ce sans aucun algorithme pour restreindre l’affichage. 

Autres utilisateurs : les marques

L’autre population utilisatrice des réseaux sociaux est composée des marques. Celles si utilisent des plateformes telles que Facebook pour créer des liens avec leurs clients ou futurs clients.
Google+ et l’équivalent de son “like” (le fameux “+1”) présente l’énorme avantage d’avoir une incidence directe sur le référencement du site sur lequel l’article est publié dans le moteur de recherche Google (92 à 95 % de part de marché en France ). Concernant Facebook, le fait de “liker” un article n’a aucune influence sur le référencement. .
Facebook revoit régulièrement sont algorithme de telle sorte que le “reach”, ou le pourcentage de population-cible exposée à une campagne publicitaire, est de moins en moins fort.
Facebook a ainsi divisé par deux son reach organique sur les pages de marque le réduisant à 6% au mois de février dernier.
Pour rappel, voici l’évolution du “reach” organique moyen sur Facebook ces dernières années :
  • Fév 2012 = 16 %
  • Sept 2013 = 12,60 %
  • Nov 2013 = 10,15 %
  • Déc 2013 = 7,83 %
  • Fév 2014 = 6,51 %
Seule solution pour s’assurer d’un “reach” optimum sur Facebook : payer !!!
Et nous abordons là le point majeur de divergence entre les deux plateformes : le modèle économique.

Nerd & Geek  : deux modèles économiques distincts

Les deux sociétés tirent exclusivement (ou presque) leurs revenus de la vente d’espaces publicitaires.
Cependant, Facebook n’a qu’un support à vendre, bien qu’ayant procédé à plusieurs rachats, Instagram, WhatsApp et Oculus (retour de Second Life?), pour ne citer que les plus importants, ne fait que renforcer son positionnement de réseaux social et ne multiplie ni ne mutualise les supports pour autant.
L’intégralité de ses revenus provient de son support unique, par la vente de publicités et produits associés, tels que le fait de payer, pour un détenteur de page de marque la promotion d’un post, pour s’assurer la visibilité auprès de  l’ensemble de ses “fans”.
Tous les utilisateurs de Facebook peuvent voir en permanence des publicités, bien souvent liées à leur recherche et/ou navigation sur le web, mais aussi ciblées en fonction de ce que l’on dit de soi même à Facebook (date de naissance, ville d’origine, ou de résidence, votre situation maritale, etc.). Sans compter toutes les autres publicités, plus ou moins contextualisées qui apparaissent sur la colonne à droite de la time line.
Vous allez me dire qu’on peut toujours les supprimer… Oui, et Facebook vous en remercie !
Là encore, vous permettez, bien malgré vous, à Facebook de mieux vous connaître, et de mieux vous vendre à ses annonceurs: si vous prenez le temps de masquer la publicité, c’est que son contenu/produit/service ne vous convient vraiment pas !
En clair… L’application parfaite du concept “quand vous ne payez pas le service, c’est que vous êtes le produit”.
Rien de tout cela sur Google+.
Il dispose de nombreuses solutions dans sa galaxie : moteur de recherche Google, avec Adwords et son réseau display Adsense, ainsi que ses satellites tels que Google Shopping, Youtube, etc…
A ce jour, Google+ disposant donc des revenus du groupe, il ne rempli pas la time line de publicité, n’impose de payer pour qu’une publication puisse être vue par l’ensemble des “fans” de la page.
Ses revenus viennent d’ailleurs. Les différents supports renseignés par les internautes permettent à Google de savoir qui vous êtes, ce que vous aimez sans pour autant transparaître sur Google+.
Les bases de données ainsi constituées permettent de vous délivrer, sur l’un de ses nombreux supports, de la publicité adaptés à votre profil. Sans parler du jour où cela pourra servir pour Google Now (assistant personnel prédictif).
L’un est donc obligé de “jouer” avec son produit pour assurer ses revenus alors que l’autre peut se permettre une stabilité / continuité plus importante.
A ce jour, la base d’utilisateurs de Facebook est encore largement en tête avec plus d’un milliard d’utilisateurs actifs, face aux 359 millions d’utilisateurs actifs de Google+ (Q4 2013).

Mais pour combien de temps ?

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