La guerre ouverte contre AdBlock

Les médias sur le web ont tenté de convaincre les visiteurs de désactiver leur bloqueur de publicité. Tantôt incriminant, tantôt suppliant, ces tentatives de raisonnement des visiteurs ne semblent pas avoir convaincu ou pas suffisamment.

En mars, de nombreux sites d’actualités français, dont les plus connus, se sont entendus et ont mis en place une véritable contre-attaque envers les utilisateurs d’Ad Block. Le Monde masquait son article et invitait à désactiver le bloqueur ou bien à souscrire à son abonnement. C’est gratuit, mais il faut donner ses coordonnées bancaires. Malaise, il faudra lire les petites lignes pour voir le loup. Il restait néanmoins possible d’ignorer les deux options proposées.

Le Figaro quant à lui, floutait littéralement son article avec un message explicatif de mauvaise foi : « Des problèmes d’affichage sur notre site ? C’est probablement dû à votre bloqueur de publicité ». Il a depuis changé et le contenu est devenu opaque.

On sent une certaine détresse dans ces différents messages empreints de méthodes douteuses. Une détresse qui fait passer à l’action avec maladresse contre les bloqueurs de publicité pour renverser la tendance.  Si on comprend bien la problématique, on a dû mal à croire à l’efficacité de ces actions, surtout à long terme.

Des solutions de fortune qui font écho à l’histoire de la dématérialisation

Est-ce que les internautes apprécient la prise d’otage ? Sont-ils prêts à payer ce qui était gratuit ? Ou bien à consentir à voir des publicités comme avant ? Ce qui, soit dit en passant, les avaient amené à mettre un bloqueur de publicité. Malheureusement pour les médias, le web regorge de sites et de sources d’informations et la fidélité n'a que peu de place sur Internet. Et pendant ce temps là, les « bloqueurs d’anti bloqueur » font leur apparition. L’utilisateur est roi et il le sait.

Ce n’est pas sans rappeler l’histoire du téléchargement illégal de musique et de film. Rappelons que de nombreuses tentatives de contrôle ont été bravées jusqu’à ce que l’offre évolue, au profit d’autres acteurs... L’offre de Spotify et Netflix est aujourd’hui crédible auprès des internautes. Les clés du succès : un prix raisonnable pour l’illimité sur un catalogue riche et une expérience enrichie (dimension sociale, listes, synchronisation, compte familial).

Sinon en un mot, les marchés des applications, des jeux vidéo et des logiciels explorent depuis quelques années maintenant un modèle efficace : le freemium. C’est à dire offrir un service gratuit mais limité, dans le contenu ou bien dans le temps. Les Echos par exemple se limite à 8 articles gratuits par mois et propose plusieurs abonnements. Difficile cependant de trouver le bon équilibre; dégrader le service initial est facile, mais augmenter l’offre premium est plus vertueux. Reste aux médias, à trouver des pistes de valorisation de leur offre.

De la publicité jusqu’au dégoût

Que penser des proportions qu’a pris la publicité sur ces sites ? L’habillage, les vidéos, le son, de quoi faire fuir n’importe qui, y compris les annonceurs. Et c’est sans compter le profilage des visiteurs pour leur « proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts ». Un mal nécessaire pour rentabiliser l’activité certes, mais ce combat contre les ad bloqueurs manque cruellement de transparence. En oubliant la racine du problème, la quantité et la qualité de la publicité.

Exemple parlant : le magazine Voici.fr propose MyAdFilter en remplacement d’Ad Block, promettant une pub par page maximum. Comme un aveu d’être allé trop loin, une solution de fortune mais seulement pour ceux qui se sont tournés vers un bloqueur. Les autres auront la totale. Et les données personnelles et comportementales des visiteurs sont malgré tout capturées par une panoplie complète de partenaires comme en témoignent les dizaines de trackers tiers sur leur site.

 C’est quoi la publicité ?

Il me semble nécessaire de prendre un nouveau départ sur la publicité sur le web. Prendre des engagements d’abord, en limitant la quantité et en augmentant la qualité. Moins intrusive à minima et plus compréhensible, en expliquant le retargeting par exemple, angoissant pour les utilisateurs. On oublie vite qu’une bonne publicité au bon endroit, au bon moment, a beaucoup plus de valeur qu’un misérable encart parmi d’autres que plus personne ne supporte.

Le native ads par exemple – procédé d’intégration de la publicité dans un site - répond à ces critères en augmentant la qualité et la contextualisation. Reste à devenir transparent et pédagogue sur le sens du tracking et du ciblage comportemental avant que la loi l’impose à sa manière, comme pour les cookies, ou encore que les utilisateurs naviguent tous en privé.

A contre-courant, un site d’actualité spécialisé indépendant, Next Inpact, propose un abonnement avec une valeur ajoutée et surtout des engagements pour tous : http://www.nextinpact.com/blog/97835-pourquoi-next-inpact-arrete-publicite-classique-et-passe-au-https-pour-tous.htm

La guerre est ouverte contre Ad Block, les utilisateurs en deviennent les coupables et les victimes. Rien de prévisible mais il ne fait pas bon imposer des choses à un internaute.

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