Blocage des cookies tiers sur mobile : la commission européenne fait-elle fausse route ?

Les professionnels du secteur ont discuté du projet de règlement de la commission européenne portant sur le blocage par défaut des cookies tiers. Une réglementation dont les conséquences pourraient être en contradiction avec ses objectifs initiaux

Le "privacy by design" peut-il paradoxalement aboutir à un "login by default" ? A l'occasion d'une réunion de la commission publicité mobile de la Mobile Marketing Association France, qui réunissait également des représentants de l'IAB, les professionnels du secteur ont discuté du projet de règlement de la commission européenne portant sur le blocage par défaut des cookies tiers.La Commission européenne a en effet publié le 10 janvier 2017 une proposition de règlement relatif à la vie privée et aux communications électroniques. 

Beaucoup moins souple qu'une directive, qui peut toujours être discutée au niveau des parlements nationaux, cette proposition de règlement est destinée à remplacer la directive 2002/58/CE du 12 juillet 2002 (dite « directive vie privée et communications électroniques ») qui avait été modifiée par la directive 2009/136/CE du 25 novembre 2009 puis transposée en France en 2011. Elle pourrait s'appliquer dès 2018 en bloquant par défaut la collecte des cookies tiers dans tous les navigateurs, y compris sur mobile."C'est évidemment un sujet d'inquiétude d'autant que nous ne savons pas comment le concept de "Privacy by design" s'appliquerait  à l'univers applicatif. La CNIL nous aide cependant à interpréter ce projet, cela pourrait être déterminé au niveau de l'OS" a indiqué Nicolas Rieul, rapporteur de la commission publicité mobile de la Mobile Marketing Association France."Apple a précédé la commission européenne et bloque déjà par défaut la pose des cookies tiers avec son navigateur Safari mais il est toujours possible de déposer des cookies sur des domaines déjà visités par le mobinaute. Si ce dispositif est adopté, il affaiblira toutefois de nombreux acteurs du secteur qui s'appuient sur ces cookies pour améliorer l'efficacité de leurs campagnes publicitaires ou mieux monétiser leurs inventaires" a nuancé Thomas Zaepffel, co-fondateur d'AdotMob.
Privilégier les apps au détriment du web ?

Le temps passé sur le web mobile au travers des navigateurs est toutefois relativement faible. Selon Flurry, 90% de la consommation média sur smartphone se fait désormais au sein des applications, environnements qui n'utilisent pas ces cookies mais des identifiants publicitaires propres : IDFA sur iOS ou GAID sur Android."Si ce projet est voté, l'efficacité de la publicité mobile au sein des sites mobiles risque de chuter et beaucoup d'éditeurs pourraient pousser leurs mobinautes vers les applications, afin de maintenir leurs revenus publicitaires" a estimé Thomas Zaepffel d'AdotMob.

"Il serait dommage que ce projet de règlement pensé pour les cookies s'impose également aux applications, alors que ces dernières offrent déjà plus de sécurité aux mobinautes avec un contrôle de leurs identifiants au niveau du système d'exploitation" a ajouté Nicolas Rieul, rapporteur de la commission publicité mobile de la Mobile Marketing Association France.

Une "privacy by design" contournée?

Si la commission publicitaire restreint aujourd'hui l'usage des cookies et demain celui des identifiants publicitaires, beaucoup de réseaux publicitaires ou de technologies d'adserving seraient affectés. Et beaucoup de professionnels du mobile pourraient être tentés d'abandonner ces outils de tracking anonymes au profit de modes d'identification des mobinautes, comme le pratiquent déjà Google et Facebook."Il ne faudrait pas qu'un projet de 'privacy by design', avec blocage des cookies, n'aboutisse à un 'login by default' où plus personne ne serait anonyme" a pointé Nicolas Rieul, Rapporteur de la commission Publicité de la Mobile Marketing Association.

Pensé pour protéger la vie privée des citoyens de l'Union Européenne contre des acteurs de la publicité voire des gouvernements trop curieux, le projet de règlement de la commission européenne pourrait-il paradoxalement aboutir à une collecte massive de données personnelles ?

Un projet de règlement à revoir

Pensé pour limiter l'usage d'identifiants publicitaires qui sont de facto en perte de vitesse, en raison de la bascule des audiences du desktop vers le mobile et les applications, le projet de règlement doit donc être retravaillé. Les membres de la Mobile Marketing Association invitent ainsi la Commission Européenne à entamer un dialogue avec les professionnels du secteur afin de trouver des solutions équilibrées pour les acteurs de cette industrie et surtout réellement respectueuse de la vie privée des mobinautes.

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