L’émergence d’une nouvelle espèce : homo sapiens googleiens

Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Le nouveau paradigme de l’information impacte l'économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle.

L’omniprésence du moteur de recherche nous a amené au paradigme de l’information. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, l’information n’aura été aussi facilement accessible. Ces moteurs évoluent pour devenir de plus en plus intelligents. En parallèle, on assiste également à une mutation de notre intelligence. Le contact avec ces algorithmes de recherches a stimulé l’évolution et le développement de notre intelligence, de nos habiletés à communiquer et à nous organiser efficacement.

Intelligence numérique

Le nouveau paradigme de l’information impacte l'économie, la politique et la culture, mais provoque surtout une mutation de notre intelligence cognitive et émotionnelle. L’interaction continuelle avec ces interfaces intelligentes pourrait même conduire à l’apparition d’une nouvelle espèce : "homo sapiens googleiens".

J’ai récemment été interpelé par un billet de Radio-Canada, mentionnant comment les interfaces de recherche à algorithmes intelligents pouvaient assimiler nos préjugés et nos stéréotypes de façon à « mieux » comprendre ce que nous cherchons. Ces algorithmes interprètent le « Big Data » pour tout savoir et tout interpréter des internautes. Une intelligence numérique extrêmement puissante interprète des quantités astronomiques d’informations pour mieux nous connaitre.

En psychologie, on utilise même les intelligences artificielles pour mieux soigner certains patients .( lire cet article de réf)

À Montréal, l’Institut des Algorithmes d’Apprentissage (MILA)  est particulièrement reconnue pour ses travaux sur des algorithmes d’apprentissage approfondis nommés « deep learning »   . Ces modèles de calcul composés de couches de traitement multiples permettent la représentation de données sur plusieurs niveaux d'abstraction.

Ce type d’algorithmes rendent possible l’interprétation du « Big Data » pour le rendre intelligent et connaitre absolument tout de nos habitudes de consommation, de communication, de nos goûts, de nos habitudes.
Comme un bon psychologue, il connait tout de nos choix, mais également tout des mécanismes qui déterminent ces choix.

On sait que cette intelligence numérique très puissante interprète toute les données brutes recueillies depuis des années sur nos habitudes, sur notre profil, à partir de nos recherches sur Google, à partir des informations qui guident nos requêtes, à partir de ce qui retient notre attention sur le Web (site visités).

Cette intelligence interprète le poids que l’on donne aux informations numériques. A partir de ces données massives sur nos choix et ce qui les provoque, elle peut évaluer notre quotient intellectuel et notre quotient affectif.

Elle peut évaluer le développement de nos aptitudes sociales, ou politique, le développement de notre pensée critique et déterminer avec précision, au cas par cas, ce qui détermine ce développement.

Avec les données longitudinales, elle peut même déterminer la vitesse d’évolution de notre intelligence, notre courbe d’apprentissage, nos sources de motivation, nos sources d’inspirations.

Cette intelligence, j’en suis certains, sait déjà tout de ceux qui interagissent avec ces organes sensitifs, moteur de recherche, courriel, cellulaire, agenda numérique, réseaux sociaux. Et pour ceux qui ne sont pas sur ces réseaux sociaux, qui ne font jamais de recherche sur Google, elle sait déjà qu’ils sont paranoïaques !

Restons optimistes

Au point de vue pratique du consommateur, si ces interfaces ont la capacité d’apprendre à mimer nos préjugés, ils ont logiquement la capacité d’apprendre à ne pas le faire et même de nous apprendre à ne pas le faire.

Je crois (avec une réserve de paranoïa raisonnable) que les corporations utilisant ces interfaces voudront préserver une image d’excellence et éduqueront leur interface par des filtres et des valeurs à leur image.

On peut facilement imaginer que d’ici peu, des réseaux sociaux puisse imposer des filtres intelligents aux usagers pour émuler des valeurs positives. Ce processus devra être transparence, une des premières valeurs à propager…

Il y a trente ans les « trois lois de la robotique » appartenaient au registre de la science-fiction, mais plus maintenant. En fait les érudits Azimoviens compterons surtout à la loi Zéro : « Un robot ne peut pas porter atteinte à l'humanité, ni, par son inaction, permettre que l'humanité soit exposée au danger » https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_la_robotique

Par exemple, Elon Musk, l’entrepreneur du tourisme spatial, envisage une symbiose télépathique de l’humain avec l’intelligence artificielle. Cette symbiose qui se veut « consensuelle » impliquera nécessairement des valeurs humanistes.

Nous constatons déjà comment l’expansion exponentielle de l’information a transformé notre façon de communiquer, de penser, de ressentir. Le contact fréquent et significatif avec une interface intelligente façonnera notre propre intelligence en stimulant le développement de nos fonctions cognitives et émotives.

Et ce ne sera pas seulement la pression adaptative qui nous poussera à mieux interpréter et comprendre ce flux croissant d’informations.  La conception des interfaces évoluera pour les rendre plus compréhensive, voir plus empathique. Les travaux de Serges Tisseron.

Évoquent bien comment cette empathie artificielle pourra certainement aider les humains à mieux vivre leur « psychologie » à mieux réguler leurs émotions.

En fait, le simple fait d’avoir accès virtuellement illimité à une interface qui organise les informations, les mémoires, les représentations, constitue un avantage évolutif extrême. Par un effet de rétroaction dynamique, cet accès nous stimulera à organiser des stratégies de gestion pour mieux exploiter cette ressources.

Des exemples,

Imaginons un étudiant, qui au contact de cette interface, sera renforcé à développer des stratégies efficaces pour comparer des théories, lire des articles scientifiques, ou un écrivain qui pourra comparer son style d’écriture, des expressions, des dialogues, avec des milliers d’autres bouts de textes, tous classés par pertinence, ou selon d’autres critères de l’interface.

Ces exemples démontrent bien comment l’exposition à ces interfaces constitue une stimulation cérébrale inédite.

Les psychologues connaissent l’importance de cette stimulation pour renforcer la mémoire, l’attention et le raisonnement. On entend même parler de « Google Therapy », qui consiste essentiellement à utiliser le moteur de recherche pour se documenter sur une problématique de santé, consulter des archives de forum et trouver des ressources thérapeutiques spécialisées.

Cette exposition formate notre « matrice » psychologique qui s’en trouve métamorphosée. Plus nous consommons l’information, plus nous développons notre compétence, notre efficacité, notre motivation et notre intérêt à consommer cette information.

Rankbrain : une prothèse cognitique

En partant de la prémisse qu’il est avantageux pour une personne d’investir du temps dans l’acquisition de connaissance, de stratégies de comparaisons et d’analyse de ses besoins, on peut être assuré que le temps sera investi.

En conséquence, l’émulation de cette prothèse cognitique nous conduira vers une plus grande organisation de nos connaissances.

L’algorithme du futur nous accompagnera dans notre « définition du problème » (problem finding), il nous proposera différents cheminements, plusieurs options, en fonction de la façon dont nous proposerons notre besoin. Pour reprendre la métaphore du « data mining », une interface dopée à l’intelligence artificielle ne proposera plus de creuser le tunnel pour nous, mais nous apprendra à mieux creuser.

Évolution de l’interface de recherche : Parlons marché

Si ces interfaces restent dans le domaine de la consommation, c’est-à-dire dans le cadre d’un marché ouvert, on peut être assuré que les consommateurs opteront pour des produits aux valeurs humanistes.

Évidemment, c’est un sujet à débattre. Mais pour de raison évidente d’image de marque (branding) l’offre d’interfaces à valeurs humanistes sera prépondérante (on pourra toujours s’inquiéter des applications militaires et de surveillance qui ne respecteraient pas la loi Zéro).

En partant du principe que l’information brute soit un bruit inutile. L’exposition à la connaissance implique le développement de notre capacité à la gérer.

Plus l’information abonde, plus nous cherchons à la trier, à la filtrer, la catégoriser et à la raffiner pour en extraire un sens et l’interpréter. Il faut l’interpréter pour l’intégrer dans un schème utilitaire, dans un projet de carrière, dans une nouvelle recette, un site de vacance. Tous les étages de la pyramide de Maslow seront revisités.

Comme l’expansion historique de la demande pour ce produit sera constante, il est normal de s’attendre à une évolution en fonction de cette énorme pression. On peut facilement prévoir qu’elle arrivera bientôt, avec l’aide de quelques « biscuits », à « lire dans nos pensées », en interprétant avec de plus en plus de précision, notre demande d’information à partir de quelques mots clés, ou un bout de phrase, ou une question, une adresse, un nom de fichier.

Si vous l’autorisez, cet algorithme s’adaptera

  • ·         à votre culture,
  • ·         à votre vocabulaire,
  • ·         à vos recherches antérieures,
  • ·         à votre identité,
  • ·         à vos goûts, votre âge, votre genre,
  • ·         à votre profession,
  • ·         à votre localisation,

pour interpréter, mais aussi analyser votre requête.
Un vrai cauchemar pour les spécialistes du référencement Web puisqu'aucun positionnement dans les résultats de recherche ne saurait être acquis de façon absolue.

Votre demande d’information, se transformera elle-même en information, parce que l’interface intelligente aura la capacité d’interpréter.

Cette interface aurait même la capacité d’apprendre de ses erreurs, pour s’améliorer et se perfectionner. Mais ce n’est que de la science-fiction, n’est-ce pas? Il reconnait notre sémantique et le « machine learning » lui permet de raffiner son interprétation.

Un article collaboratif de R.Côté, psychologue à Montréal et Kristof Maret  expert SEO:

Références

·    Dudek, Stéphanie Z.; Côté, Rémi. Problem finding revisited. In Runco, Mark A. (Ed). (1994). Problem finding, problem solving, and creativity., (pp. 130-150). Westport, CT, US: Ablex Publishing, xiv, 303 pp.

·         LeCun, Y. Bengio, Y. and Hinton, G., Deep Learning, Nature, 521(7553), pp.436-444, 2015.

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