Concevoir les objets connectés des autres, le nouveau métier de l'IoT

Concevoir les objets connectés des autres, le nouveau métier de l'IoT Rares sont les entreprises capables de fabriquer un appareil intelligent de A à Z. Pour les aider, des sociétés de conseil d'un nouveau genre apparaissent.

Electronique, mécanique, télécommunication, vente… Les entreprises sont rarement des couteaux suisses capables de trouver en interne l'ensemble des compétences nécessaires à la production et à la commercialisation d'un objet connecté lorsque ce n'est pas leur métier de base. "Pour parvenir au bout de leur projet, certaines contactent un par un les spécialistes de chaque branche métier dont elles ont besoin. Cela leur demande de jongler avec de multiples interlocuteurs et elles perdent du temps. D'autres s'offrent les services d'un professionnel de la conception et de l'industrialisation des objets connectés pour des tiers", explique Yanis Cottard, coprésident du groupe Altyor, dont c'est le business.

Cette holding orléanaise est née en 2012 de la fusion des deux sous-traitants industriels PDCI et Technochina (qui ont respectivement vu le jour en 1987 et 2000). Deux autres filiales ont depuis été créées : le distributeur de produits high-tech et IoT Tiloli (2004) et le fabricant d'appareils domotiques NodOn (2013). Chacune des branches qui composent Altyor développe d'un côté son activité propre et met de l'autre son savoir-faire à disposition de la holding. Cela permet au groupe de proposer un service de bout en bout aux clients qui le désirent. Les autres peuvent n'avoir recours qu'à une partie de l'offre Altyor. Ils passent de l'idée au produit industrialisé en neuf mois au lieu de 18 en moyenne.

Altyor a réalisé 37 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015, dont 25% sont liés à ses activités de conseil IoT

Le groupe se présente comme un précurseur du secteur du conseil IoT. "Nous aidons depuis 8 ans les entreprises à concevoir leurs objets connectés, autant dire la Préhistoire dans ce champ d'activité naissant", s'amuse le patron. Il y a deux ans, 100% des clients d'Altyor étaient encore des start-up. "Aujourd'hui nous signons un tiers de nos contrats avec de grands groupes", précise Yanis Cottard, qui ne souhaite pas révéler les noms de ces entreprises. Cette activité de conseil IoT est déjà rentable pour Altyor, selon le dirigeant. Le groupe réalisera en tout 37 millions d'euros  de chiffre d'affaires en 2016, dont 25% sont liés à ses activités de conception, de prototypage, de production et de distribution d'objets connectés pour des tiers.

La start-up iSwip se focalise sur une partie moins large de la chaîne de valeur : elle aide les entreprises à passer d'un projet IoT à un produit industrialisé mais ne gère pas la distribution. Créée en 2011 et basée à Dagneux (Ain), cette jeune pousse a développé un catalogue de 14 objets connectés génériques, dotés de fonctions de base qui peuvent répondre à un maximum de besoins différents (capteurs de température, d'humidité, trackers GPS…). Si la demande du client correspond, il lui suffit de passer commande et d'apposer son logo sur l'appareil, commercialisé par iSwip en marque blanche. Moyennant finance, la jeune pousse peut également ajouter certaines fonctionnalités à ses objets connectés génériques, pour les adapter à un besoin plus spécifique. iSwip propose aussi à ses clients de concevoir avec eux un appareil 100% sur-mesure.

"iSwip a été approchée à plusieurs reprises par des sociétés de conseil classiques pour être rachetée"

Les entreprises qui optent pour un objet connecté sur catalogue reçoivent les produits finis en huit à douze semaines en moyenne. S'ils choisissent le sur-mesure, ils doivent compter six mois. "Mais nous ne mettons que trois semaines à concevoir un prototype. Si jamais la première version ne convient pas, nos clients peuvent décider d'en réaliser un autre.", souligne Emmanuel Torchy, CEO d'iSwip.

Neuf des clients de la pépite tricolore font partie du Cac 40. iSwip devrait réaliser 800 000 euros de chiffre d'affaires en 2016 et prévoit d'ici trois ans de passer à 3 millions. "Aujourd'hui nous n'avons que quelques concurrents. Les entreprises de conseil traditionnelles ne disposent pas en interne des compétences nécessaires pour nous faire de l'ombre. Mais elles s'intéressent de près à ce marché : nous avons été approchés à plusieurs reprises pour être rachetés mais nous avons décliné", glisse le PDG, pour qui le secteur se consolidera dans les années à venir.

D'autres acteurs de ce marché neuf, comme la start-up Thingtype, se concentrent sur une fraction encore plus étroite de la chaîne de valeur. "Nous aidons les entreprises à passer d'une maquette pas très présentable, avec des branchements et des fils qui partent dans tous les sens, à un prototype plus intégré, fonctionnant avec une carte électronique", explique Armel Fourreau, le président de la jeune pousse parisienne, créée en avril 2016. Un prototype qui pourra être présenté à de potentiels clients, testé sur le terrain, montré à un investisseur

Les algorithmes d'automatisation développés par Thingtype lui permettent de ne facturer ses cartes électroniques que 200 euros pièce en moyenne

En général, les entreprises emploient des bureaux d'études qui leur facturent en moyenne 40 000 euros pour réaliser cette étape. Un ingénieur choisit une série de composants qui correspondent aux différentes fonction de la maquette de départ. Il épluche une à une leurs descriptions techniques afin de vérifier s'ils sont compatibles entre eux. Il travaille ensuite sur le plan de la carte électronique sur laquelle seront fixés ces éléments. Une étape très complexe. "Un simple capteur de température compte souvent plus de 60 composants. Les pattes de chacun de ces éléments ne doivent pas se croiser sinon l'appareil ne fonctionne pas", détaille le dirigeant. Les ingénieurs mettent plusieurs semaines à réaliser ce travail à la main.

"Nous avons développé un logiciel qui automatise ces taches à faible valeur ajoutée. Il ne met que quelques secondes à réaliser ces opérations. Les entreprises ont leur carte électronique en main au bout de seulement quatre semaines, contre quatre mois en moyenne avec les bureaux d'études", affirme Armel Fourreau. Les clients de Thingtype ne rencontrent jamais les salariés de la start-up : ils décrivent dans un formulaire en ligne les différentes caractéristiques de leur maquette. Cette digitalisation des process permet à l'entreprise de compresser au maximum ses coûts de production et de ne facturer ses cartes électroniques que 200 euros pièce en moyenne.

 

 

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