C'est le genre d'annonce que des millions de Français attendaient sans trop y croire. Après des mois de débats politiques et d'incertitudes, la suspension de la réforme des retraites se traduit enfin par du concret. Et pour de nombreux actifs proches de la fin de carrière, le changement est loin d'être symbolique : certains vont pouvoir raccrocher plusieurs mois plus tôt que ce qui était inscrit dans leur relevé de carrière.

Petit retour en arrière pour comprendre. La réforme de 2023 prévoyait de repousser progressivement l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison de trois mois supplémentaires par année de naissance. Un calendrier qui devait s'appliquer génération après génération, jusqu'aux personnes nées en 1968, premières concernées par le départ à 64 ans. Avec la suspension de la réforme, ce calendrier est désormais gelé. Les nouvelles règles s'appliqueront à toutes les retraites prenant effet à compter du 1er septembre de cette année.

Les grands gagnants sont les personnes nées entre 1964 et 1968. Les natifs de 1964 pourront partir à 62 ans et 9 mois, au lieu de 63 ans. Ceux de 1966 partiront à 63 ans et 3 mois, ceux de 1967 à 63 ans et 6 mois. Quant à la génération 1968, qui devait essuyer les plâtres du départ à 64 ans, elle pourra finalement s'arrêter à 63 ans et 9 mois. A chaque fois, le gain est de trois mois.

Mais le cas le plus spectaculaire concerne les personnes nées entre le 1er janvier et le 31 mars 1965. Pour elles, l'âge légal tombe à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans et 3 mois : six mois gagnés d'un coup, un record dans ce nouveau calendrier. Celles nées entre avril et décembre 1965 partiront quant à elles à 63 ans, soit trois mois de moins que prévu. En revanche, rien ne change pour les générations 1969 et suivantes : l'âge légal reste fixé à 64 ans.

Autre bonne surprise, la durée de cotisation exigée baisse également pour certains. Les personnes nées en 1964 et au début de l'année 1965 devront réunir 170 trimestres au lieu de 171 ou 172 pour toucher une pension au taux plein. Quelques trimestres de moins qui peuvent faire une vraie différence pour ceux qui ont commencé à travailler tard ou connu des carrières hachées.

Attention toutefois à ne pas confondre âge légal et taux plein. Atteindre l'âge minimum de départ ne suffit pas : sans le nombre de trimestres requis, la pension subit une décote qui peut amputer sérieusement son montant. Dans ce cas, deux options s'offrent aux assurés : continuer à travailler pour valider les trimestres manquants, ou patienter jusqu'à 67 ans, âge auquel le taux plein est accordé automatiquement, quelle que soit la durée de cotisation.