Antitrust : les concurrents de Google veulent faire plier Bruxelles

Antitrust Google Si les propositions du géant ont convaincu le commissaire européen à la Concurrence, les plaignants critiquent le manque de transparence et des mesures trop timides.

Belle économie pour Google. Si la Commission européenne accepte définitivement ses propositions pour remédier aux entraves à la concurrence, le géant évitera une amende qui aurait pu atteindre 10% de son chiffre d'affaire, soit plus de quatre milliards d'euros. Après plus de 3 ans de négociations un troisième jeu de propositions a finalement convaincu le commissaire chargé de la Concurrence, Joaquin Almunia : "Ma mission, c'est de protéger la concurrence pour les consommateurs, pas les concurrents. Je pense que cette nouvelle proposition de Google, après des négociations longues et difficiles, répond désormais aux inquiétudes de la Commission. Sans empêcher Google d'améliorer ses propres services, elle offre aux utilisateurs un vrai choix entre des services concurrents présentés de la même manière", a-t-il déclaré. La Commission prendra sa décision finale dans plusieurs mois, après avoir "pris contact avec les 18 plaignants".

Google est accusé de quatre types d'entraves à la concurrence. D'abord, une discrimination envers ses concurrents, surtout les moteurs de recherche spécialisés (comparateurs de prix, notamment, comme Kelkoo), en donnant la préférence à ses propres services dans les résultats de recherche. Ensuite, la technique du "scraping", qui consiste à utiliser les contenus de ses concurrents, comme les commentaires d'internautes postés sur Yelp ou Tripadvisor, sur ses propres services. La troisième critique concerne l'interdiction imposées par le géant de réutiliser les données recueillies pendant des campagnes de publicités sur Google pour d'autres plateformes comme Yahoo ou Bing. Enfin, la société de Mountain View est accusée d'imposer des accords d'exclusivité aux annonceurs.

Manque de transparence

Si les deux derniers paquets de propositions de Google avaient semblés insuffisants au commissaire européen, le troisième l'a convaincu. Mais seules les grandes lignes ont été révélées lors d'une conférence de presse. "Google a refusé de publier le troisième paquet de propositions. La première chose que nous demandons, c'est de pouvoir y accéder pour pouvoir évaluer pleinement si elles sont suffisantes", s'insurge David Wood, conseiller juridique pour l'Icomp. L'organisation qui compte plus de 70 membres (entreprises, associations et organisations de consommateurs) et vise à défendre la concurrence sur Internet est l'un des 18 plaignants qui devront être consultés par la Commission.

Selon Joaquin Almunia, le géant s'engage à renforcer la visibilité de ses concurrents : les services du moteur bénéficieront toujours d'une position préférentielle, sur la gauche de l'écran, mais trois concurrents seront présentés de la même manière à leurs côtés. "Le problème, c'est qu'on ne dispose pas assez d'informations pour évaluer l'impact que cette nouvelle disposition aurait. Il nous faut une expertise technique", souligne David Wood.

Ouvrir à la concurrence... avec rétribution !

L'Icomp en avait d'ailleurs mené une, grâce à la méthode de l'eye tracking, sur le deuxième paquet de propositions... Et révélé que les résultats sponsorisés par Google attiraient de façon systématique la majeure partie de l'attention visuelle des utilisateurs. "S'il est difficile de prédire quels seront les effets exacts de cette nouvelle proposition sur le marché, a priori Google restera prédominant. Ce que l'on réclame, c'est un principe simple de la non-discrimination entres les services de Google et les autres, avec l'utilisation du même algorithme pour tous", rappelle David Wood.

Surtout, les trois concurrents seront choisis après une mise aux enchères dont les critères n'ont pas été précisés. Dans le deuxième paquet de propositions, il fallait par exemple faire partie du top 500 des sites du pays pour y être éligible. Cette disposition fait-elle également partie du nouveau paquet ? Mystère. "Google s'offre une nouvelle source de revenus au lieu de rétablir la concurrence", critique Dorothée Mani, Directrice Générale adjointe de Bottin Carto, solutions cartographiques sur mesure en B2B, et membre de l'Icomp. "Le coût d'entrée sera extrêmement élevé pour tous les acteurs, et avec ce mécanisme les principaux concurrents de Google se battront... sans lui !", ajoute Pascal Thomas, PDG de Mappy, dont le service souffre de la suprématie de Google Maps dans les résultats de recherche. "D'autant qu'avec ces liens, les liens en SEO perdent encore de la place, ce qui pénalise les acteurs qui misent sur le référencement naturel." Mappy en tire par exemple 10% de son trafic.

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Un résultat de recherche Google aujourd'hui, en haut, et le résultat selon les nouvelles propositions de Google, en bas. © S. de P. Europa.eu

Google est également prêt à faire apparaître trois concurrents, pour ce qui concerne le "Local Search", c'est-à-dire quand il propose des services pour des restaurants ou des hôtels, par exemple. "La manière de les choisir est opaque, puisqu'on ne connaît pas les méthodes de référencement et les critères qui seront choisis, souligne cependant Pascal Thomas. Et surtout, si Mappy apparait, on tombera sur la page d'accueil, et non sur une page qui donne les cafés dans le secteur recherché. Le résultat ne sera donc pas pertinent pour l'internaute."

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Un résultat de recherche Google aujourd'hui, en haut, et le résultat selon les nouvelles propositions de Google, en bas. © S. de P. Europa.eu

Google assure aussi qu'il donnera la possibilité aux fournisseurs de contenus de "l'opt-out" pour que leurs contenus ne soient pas utilisés dans ses services. "Cela devrait fonctionner sur la base du "All or Nothing" : il ne sera pas possible de ne bloquer l'accès qu'à certains contenus", commente David Wood. Le géant promet que cela n'aura pas d'impact sur le référencement naturel, mais, rappelle Pascal Thomas, "l'algorithme est tenu secret et aucun mécanisme ne permet de le vérifier". Enfin, le géant promet de ne plus imposer de contrats d'exclusivité dans ses accords de publicité.

Des propositions non dévoilées dans son intégralité, des nouveautés qui ne convainquent pas... L'Association européenne de défense des consommateurs BEUC, qui avait déjà critiqué les deux premières propositions, a estimé que la Commission avait "raté, de loin, l'objectif d'assurer un choix juste pour les consommateurs". D'autant que la fonctionnalité installée quelques heures après la conférence de presse de Joaquin Almunia par Google ne rassurera pas ceux qui doutent déjà de la sincérité du géant : désormais, le premier résultat d'une recherche d'une chanson sur le moteur de recherche sera... le player Youtube, dès lors que la musique y est disponible. Avec une vignette occupant plus de la moitié de la page ! Hasard du calendrier ou pied de nez adressé par Google à ses détracteurs ?

 

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