Jean-Claude Biver (Hublot) "Les montres connectées ne sont pas une menace pour les montres de luxe"

Le président de la marque de luxe Hublot évoque la stratégie digitale de la marque, ainsi que l'arrivée dans son secteur des montres intelligentes.

Quelle place occupe l'innovation au sein d'une marque d'horlogerie de luxe comme Hublot ?

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Jean-Claude Biver est le président de Hublot. © S. de P. Hublot

L'innovation fait partie intégrante de notre culture et de notre charte existentielle. Au niveau de l'utilisation des matières par exemple. Hublot a notamment été la première marque d'horlogerie à utiliser du caoutchouc naturel ou encore du lin pour la conception de ses montres. Nous sommes également à l'origine de quelques inventions fondamentales comme l'alliage d'or 18 carats impossible à rayer.

 

Et sur la partie digitale ?

Hublot a également innové sur Internet dès  2005 en lançant sa propre Web TV, une télévision Internet dédiée à l'univers de la marque. A cette époque, nous étions la seule marque d'horlogerie, et peut être même la première marque de luxe, à franchir le pas. Nous avons également inventé la carte à puce Hublotista, qui est fournie lors de l'acquisition d'une montre Hublot.

Une fois insérée dans un lecteur, cette carte va permettre d'authentifier la montre et d'accéder à un site Internet privé exclusivement réservé aux propriétaires d'une Hublot. Nous sommes ainsi en contact direct avec les quelques dizaines de milliers de clients qui se sont inscrit sur le site. Nos membres peuvent bénéficier de certains privilèges comme celui de recevoir des invitations exclusives pour des soirées ou évènements.

 

Sur quoi repose votre stratégie de communication en ligne ?

Nous avons été parmi les premières marques de luxe à interagir sur les forums spécialisés. Nous y sommes très actifs et je m 'y connecte d'ailleurs moi-même tous les jours afin d'échanger avec des passionnés d'horlogerie. Notre site Internet occupe également une place importante dans notre communication digitale puisqu'il est visité par près de 300 000 nouveaux internautes chaque mois. Enfin, nous communiquons également à travers les réseaux sociaux, que ce soit Twitter, Instagram ou encore Facebook.

 

Vous ne vendez pas vos montres sur Internet, pourquoi ?

Comme la plupart des horlogers, notre distribution est basée sur la sélectivité, voire parfois l'exclusivité. Le fait de vendre en ligne serait donc en contradiction avec notre politique de vente. Comment pourrait-on par exemple donner l'exclusivité de distribution à un magasin si nos montres étaient disponibles à la vente sur Internet ? Je ne dis pas que notre modèle de distribution ne changera jamais, mais ce n'est en tout cas pas prévu pour les prochaines années.

 

Pensez-vous que les futures smartwatchs pourraient représenter une menace pour vous ?

Dans le cas des marques de luxe, le fait-main et le travail de l'artisan sont des éléments prépondérants. Raison pour laquelle je ne pense pas que les montres connectées puisse représenter une concurrence pour une marque comme Hublot où la part du travail de l'Homme compte pour beaucoup. Des montres intelligentes comme celles de Samsung ou la future iWatch sont des objets d'information qui, une fois dépassés par la technologie, deviennent vite obsolètes. Le luxe, lui, ne peut se permettre l'obsolescence.

Des montres comme Hublot sont presque éternelles alors que, dans dix ans, les montres connectées d'aujourd'hui ne seront certainement plus d'actualité. Néanmoins, je pense que les smartwatchs représenteront sûrement une concurrence et une alternative aux marques positionnées sur le bas et le milieu de gamme.

 

Quels seraient vos conseils pour des jeunes entrepreneurs ?

Mon premier conseil est surtout de bien s'entourer. Il est primordial de ne jamais rester seul. Un bon entrepreneur ne doit jamais cesser d'apprendre et doit se mettre à l'écoute. Il lui faut douter s'il veut pouvoir avancer et tester de nouvelles choses. Il faut évidemment beaucoup de travail, mais lorsqu'on est passionné, on ne sent plus le poids d travail. Enfin, mon dernier conseil aux entrepreneurs est de ne jamais se décourager. Les erreurs et les échecs sont formateurs et permettent de monter l'échelle du succès.

 

En plus d'être le président d'Hublot, Jean-Claude Biver est également à la tête de la division LVMH Watches dont font parties les marques Tag Heuer et Zenith. Homme de marketing, Jean-Claude Biver a permis à Hublot de conclure un grand nombre de partenariats dont notamment avec Ferrari et des sportifs de renom comme Usain Bolt ou encore Kobe Bryant. Avant Hublot, Jean-Claude Biver a également travaillé pour des marques d'horlogerie telles que Omega et Blancpain.

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