Till Faida (Adblock Plus ) "Adblock Plus ne rackette pas les sites médias !"

Le dirigeant d'Adblock Plus revient sur la polémique provoquée par son business model qui consiste à taxer les éditeurs qu'il fait entrer dans ses listes blanches.

JDN. Adblock Plus est l'un des ad-blockers les plus populaires dans le monde. Où en êtes-vous en France ?

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Till Faida, patron d'ABP. © S. de P. ABP

Till Faida. La demande en provenance du marché français est telle qu'il figure parmi les pays où nous sommes les mieux implantés, avec près de 8% des internautes qui sont aujourd'hui équipés de notre solution. Et cela va croissant, en témoigne les plus de 170 000 téléchargements que nous observons chaque semaine. Les Français sont sensibles aux problématiques de vie privée et sont fatigués de ces publicités super intrusives qui jonchent les sites Web.

 

Vous avez pris contact avec les éditeurs du Geste pour les rencontrer. Ils ont refusé. Pouvez-vous nous expliquer dans quel but vous avez effectué cette démarche ?

Le message que nous voulons délivrer aux éditeurs est simple : le phénomène des bloqueurs de publicité ne va pas s'arrêter, car les utilisateurs vont toujours trouver un moyen d'éviter les publicités ennuyeuses. Il y a d'ailleurs énormément de solutions disponibles au-delà de la nôtre.  Mais nous sommes le seul à vouloir travailler avec le marché de la publicité, afin de trouver un compromis qui bénéficie à la fois aux internautes et aux éditeurs. Et ainsi éviter que les médias en soit réduits à se tourner vers un système de "paywall" qui priverait les internautes de l'accès gratuit aux contenus. En bref, trouver un moyen de faire tourner tout ce pan de l'économie grâce à des publicités non intrusives, dans lesquelles les internautes ont toute confiance.

Aujourd'hui nous en sommes encore au stade des discussions. Vous imaginez bien que c'est un processus qui prend un certain temps, pour définir les contours de ce qui est acceptable, des modalités d'implémentations et de l'intégration dans nos listes blanches des éditeurs vertueux.


Problème : pour qu'ils entrent dans ces listes blanches des "publicités acceptées", les éditeurs doivent passer à la caisse. Vous leur prenez une commission sur le manque à gagner qu'ils récupèrent grâce à vous.  Beaucoup vous accusent à ce titre de racket...

Nous ne faisons en aucun cas du racket, pas plus que nous ne faisons de chantage. Nous voulons juste trouver, et pardonnez-moi d'insister, un juste équilibre dans cet écosystème pollué par les publicités intrusives. D'ailleurs nous ne demandons qu'aux plus gros acteurs de payer pour entrer dans notre liste blanche. De sorte que 90% des acteurs qui y figurent ne nous paient pas.


Le problème c'est que ces critères entre qui est gros et qui ne l'est pas ne sont pas très clairs...

Tout simplement car on est toujours dans du cas par cas. Excusez-moi mais je ne comprends vraiment pas pourquoi les médias et le marché stigmatisent à ce point notre société, alors même que nous sommes les seuls à essayer de trouver un compromis. Regardez tous les autres adblockers du marché, pas un ne propose une alternative viable !

Nous, nous essayons de préserver la valeur, de part et d'autres. Et je trouve que nous avons d'autant plus de mérite que cette position nous fait clairement perdre des parts de marché, dans la mesure où certains utilisateurs sont eux beaucoup plus inflexibles que nous et préfèrent nous quitter.


Votre offre commerciale n'est pas très claire. A l'image de cet ad-network qui s'est ému de ce que vous lui demandiez "1 000 euros par mois par URL whitelistée". Face à son refus, vous avez ensuite proposé une commission sur le manque à gagner qu'il récupérait grâce à vous...

Vous vous doutez que je ne peux bien évidemment pas commenter ce cas particulier car je n'en ai pas connaissance. Mais nous sommes plus clairs que vous ne le prétendez : nous demandons aux éditeurs et ad-networks qui génèrent des revenus supplémentaires grâce à nos utilisateurs qui acceptent les publicités acceptables, une petite part de ces revenus pour nous permettre de financer la mise à jour permanente de nos listes blanches. Car oui nous sommes financés par des dons mais nous avons également un modèle économique. Et mettre en place des solutions de white-listing, accompagner l'éditeur dans une démarche vertueuse... Tout cela mobilise des ressources en technologie et en hommes, de notre côté.


Justement, combien êtes-vous aujourd'hui dans la société ?

Nous ne sommes aujourd'hui que quatre (pourtant, 16 salariés de la société sont inscris sur Linkedin et un dirigeant annonce que la société emploie 30 personnes, toujours sur Linkedin, ndlr). Mais nous avons de très grandes ambitions et espérons être 50 d'ici 2015.


Combien gagnez-vous ?

Nous ne communiquons pas sur nos résultats.


Comment vous positionnez-vous vis-à-vis des formats de "native advertising" très en vogue chez les éditeurs ?

Nous sommes positifs vis-à-vis de toute initiative qui essaie de sortir du cadre du "pop-up agaçant et intrusif". Et clairement les native ads font partie de cette catégorie-là. Je reste néanmoins très vigilant vis-à-vis de ce format qui peut parfois être trompeur. La publicité est-elle toujours labellisée telle quelle ? L'internaute est-il vraiment au fait de la nature commerciale du texte ? Voilà les questions à se poser.


Ce sont justement des points sur lequel Adyoulike, l'ad-network qui vous avait contacté, est très attentif. Vous lui avez pourtant rapidement demandé de sortir son portefeuille. Comment ne pas être perdu devant de telles contradictions ?

Comme je vous l'ai dit je ne connais pas la taille de la société que vous évoquez. Mais s'il s'agit d'un ad-network, on peut supposer que travailler avec eux impliquerait de travailler sur au moins une centaine d'URL. Et comme je vous l'ai aussi expliqué, c'est long et coûteux. D'où les frais que nous prélevons auprès des plus gros acteurs.


Passons au mobile où les usages explosent et sur lequel vous venez tout juste de vous lancer. Quelles sont vos ambitions sur ce canal où, il faut bien l'admettre, l'inventaire publicitaire peine à décoller ?

Nous avons toujours voulu proposer notre sur mobile. Le problème c'est que les navigateurs mobiles n'acceptent pas les extensions. Nous avions lancé une application Android bloquant les publicités sur les applis il y a quelques temps de ça mais elle a été retirée car elle contrevenait à certaines règles du store. Elle est à nouveau opérationnelle.

Pour le web mobile, nous avons dû trouver une alternative avec le lancement d'un proxy local qui fonctionne pour l'instant uniquement sur Firefox mobile. Mais nous lancerons très prochainement de nouvelles choses !


Un acteur vient de se lancer, Secret Media, qui promet aux éditeurs de contourner vos filtres de blocage. Avez-vous peur pour votre business ?

Absolument pas ! Déjà je doute franchement que la solution proposée soit efficace sur le long terme car nous travaillons constamment à l'amélioration du produit. Surtout je trouve ça symptomatique d'une partie de l'industrie qui n'a toujours pas compris les enjeux auxquels elle est confrontée. Le dernier mot reviendra toujours à l'utilisateur. On ne peut absolument pas le contraindre à regarder des publicités. Tôt ou tard, cela se retournera contre eux.


Till Faida est le PDG d'Eyeo GmbH, éditeur du bloqueur de publicité Adblock Plus (ABP). Ce diplômé de l'université de Malardalen et la Hanzehogeschool de Groningen a jeté les bases de sa société en 2005, en s'associant au développeur Wladimir Palant.

Dans notre édition spéciale "AdBlock Plus" :

 




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