Les premiers services 5G seront déployés dès 2020, assure Ericsson

L'équipementier télécom multiplie les tests avec des opérateurs, des industriels et des géants du secteur automobile afin de faire murir cette technologie particulièrement adaptée au transport de données IoT sensibles.

La 5G n'est plus un vague concept dont les opérateurs et les équipementiers télécoms parlent au futur. Cette cinquième génération de standards réseaux transportera les données des smartphones et des objets connectés d'ici 3 à 5 ans. "Le déploiement de la 3G et de la 4G a été plus long que prévu. Là, le calendrier s'inverse. Les clients qui s'intéressent à l'IoT nous pressent pour que nous déployions les premiers tests de services 5G dès 2018. Des services qui seront proposés à l'échelle industrielle à partir de 2020", contextualise Viktor Arvidsson, directeur de la stratégie chez Ericsson France.

Pourtant, la 3GPP, l'organisme de standardisation qui a statué sur les normes 3G et 4G, ne publiera ses spécifications sur la 5G qu'au second semestre 2018. Mais les propositions des équipementiers et des opérateurs télécoms sont prises en compte dans ce processus. Ils ont tout intérêt à mettre en avant un projet construit, pour que la norme choisie soit aussi proche que possible des technologies qu'ils ont développées en amont.

Le premier prototype de réseau 5G fonctionnant avec du matériel Ericsson sera installé à Stockholm en 2018

Le suédois Ericsson multiplie donc les tests. Dès 2014, il a lancé ses premières expérimentations avec l'opérateur suédois TeliaSonera, afin de comprendre quels seront les nouveaux cas d'usage de cette technologie. En septembre 2016, il a annoncé un partenariat avec Orange, afin de développer les premières applications 5G pour les communications de base liées à la voix et aux données mobiles, mais aussi à l'Internet des objets. Le premier prototype de réseau 5G sera installé à Stockholm en 2018.

En septembre dernier, l'équipementier a également inauguré en France un laboratoire d'open innovation baptisé le Garage. Il est implanté au siège de la société à Massy (Essonne) et à Lannion (Côtes-d'Armor). "Ericsson veut y faire des tests sur une plateforme pré-5G, avec un réseau de partenaires composé de groupes du Cac 40 et de start-up", explique Sylvain Rivaux, le responsable du Garage Ericsson France. La firme avait déjà ouvert sept espaces de ce type, notamment dans la Silicon Valley et à Stockholm.

Pour Ericsson, l'adoption de la 5G par les entreprises qui veulent transporter des données IoT sera rapide, car elle présente de multiples avantages. Elle est synonyme d'augmentation du débit et de baisse de la latence. "En 3G, les informations mettent 300 à 500 millisecondes à transiter d'un appareil mobile au nœud de réseau le plus proche. Ce délai a été divisé par dix avec la 4G et le sera à nouveau avec la 5G", détaille Viktor Arvidsson.

Le Garage d'Ericsson situé à Massy permet au groupe de collaborer avec des start-up. © Ericsson

Cette amélioration est loin d'être un détail pour les géants de l'automobile qui travaillent sur la voiture intelligente. Impossible pour des véhicules autonomes de circuler sur les routes sans risque d'accident s'ils ne peuvent pas communiquer de manière instantanée, pour savoir comment se comportent les éléments de leur environnement. Fin septembre 2016, les constructeurs BMW, Audi et Daimler se sont donc associés à Ericsson, Huawei, Nokia, Intel et Qualcomm pour créer l'association 5G pour l'automobile. Depuis 2014, Ericsson teste également avec Volvo des applications 5G pour la voiture connectée.

Ce réseau perfectionné intéresse aussi les entreprises qui veulent faire tourner leurs futures "usines 5.0" de manière 100% autonome. Le spécialiste belge du balisage aéroportuaire ADB a tissé en avril 2016 un partenariat en ce sens avec Ericsson. Et depuis juin 2015, l'équipementier collabore avec la société minière suédoise Boliden, qui veut rendre ses mines de fer en Laponie aussi indépendantes que possible, afin de minimiser la présence humaine dans cet environnement hostile.

La 5G aura par ailleurs une architecture particulière : les opérateurs pourront à partir d'un seul et unique réseau physique opérer toute une série de réseaux virtuels (dans le jargon des télécoms, cette opération s'appelle le "network slicing"). Si certaines données sensibles l'exigent, les telcos pourront techniquement les faire transiter plus vite que les autres grâce à ce système. Attention : pour que cette possibilité se matérialise, il faudrait que les entreprises de télécommunication soient autorisées à donner la priorité à certains contenus, ce qui est pour le moment interdit en Europe au nom de la neutralité du net. Des tractations sont en ce moment en cours à Bruxelles sur ces questions.

"En 3G, les data mettent 300 à 500 millisecondes à transiter d'un appareil au réseau le plus proche. Ce délai a été divisé par 10 avec la 4G et à nouveau par 10 avec la 5G"

Pourquoi les entreprises préfèreraient-elles la 5G aux réseaux LPWAN (low power wide area network), déployés par Sigfox, Qowisio ou encore Objenious ? Ces réseaux utilisent des bandes de fréquences publiques, qui peuvent être exploitées par n'importe quelle société. "Les opérateurs télécoms qui vont déployer la 5G disposent de leurs propres bandes de fréquences. Elles contrôlent l'intégralité des flux de data y qui transitent. Cela limite le risque de saturation des lignes, rédhibitoire dans le secteur automobile où des vies humaines sont en jeux", avance Sylvain Rivaux.

Reste qu'une grande partie des données IoT, comme les relevés de consommation des compteurs de gaz, peuvent sans problème être transférées avec un délai de plusieurs minutes. Ces informations pourront tout à fait circuler sur les réseaux LPWAN, qui coexisteront probablement avec la 5G dans le futur, reconnaît l'équipementier. Mais Viktor Arvidsson s'interroge : "l'infrastructure 5G est particulièrement adaptée aux data sensibles. Mais une fois qu'elle est installée, pourquoi ne pas l'utiliser pour les autres ?"

Le faible coût des abonnements aux réseaux LWPAN n'est pas un argument valable pour ce spécialiste des télécoms. "Les opérateurs 5G proposeront probablement des tarifs comparables", avance-t-il. Pour déployer la 5G, les telcos devront essentiellement réaliser des mises à jour logicielles. Selon les estimations d'Ericsson, l'investissement auquel ils devront consentir ne sera que de 10 à 15% supérieur à celui qu'ils réalisent chaque année pour entretenir leur infrastructure. De quoi faire rapidement passer le concept à l'état de réalité.

 

 

ERICSSON / IoT