Le renouveau de la filière textile française est une réalité

L’actualité économique française des années 2000 a été profondément marquée par les épisodes de délocalisation massive dans la filière du textile. Malgré cette apparente débâcle, le textile français demeure un secteur particulièrement dynamique tant sur les marchés de grande consommation que sur les marchés industriels.

Beaucoup diraient que le textile est une industrie dans laquelle se lancer équivaut au suicide économique lorsque l’on exerce dans un pays développé. Loin de subir la concurrence paralysante des producteurs asiatiques, la filière textile française connaît pourtant un véritable renouveau. Pourvoyant à la demande des professionnels autant qu’à celle des consommateurs, des PME françaises parviennent à force de persévérance à conquérir des marchés. Elles capitalisent, pour cela, sur ce que la concurrence ne peut leur enlever : le savoir-faire et une capacité d’innovation historiquement ancrée dans l’héritage national. 

Histoire, héritage et savoir-faire 

D’après les chiffres de l’Union des Industries Textiles (UIT), la filière française ne se trouve pas en si mauvais point. Certes, l’année 2011 a vu la suppression de 110 000 emplois, et le marché national a rétréci de 2,6 %. Mais cette tendance s’est ralentie en 2011 alors que le chiffre d’affaires du secteur a augmenté de 5 % et les exportations de 3 %. D’après Lucien Deveaux, président de l’UIT, le textile et sa distribution représentent en France quelque 400 000 emplois. Certes, le secteur subit une concurrence importante, mais le made in France continue d’être une valeur sûre sur ce marché.
On peut s’en apercevoir facilement en se penchant sur le cas de quelques entreprises françaises de l’habillement et du textile de consommation. Le made in France est ainsi le premier argument de vente du groupe Hermès dont les produits connaissent un succès croissant sur les marchés internationaux. L’entreprise riche d’une histoire séculaire a fait le choix sans équivoque de la production locale. Un choix qui s’explique tant par la qualité produit que par le souci de préserver une image de marque étroitement liée à l’artisanat français. Le succès d’Hermès est indéniable. En 2011, l’entreprise a vu son chiffre d’affaires croître de 18,3 % et approcher sérieusement les 3 milliards d’euros comme le détaillait
Challenges en mars 2012. 

Ailleurs en France, d’autres entreprises ont compris l’intérêt du positionnement d’Hermès sur des produits haut de gamme fabriqués en France. Signe de leur souci de se constituer une image forte, ces entreprises se regroupent parfois au sein de labels comme Vosges Terre Textile. Ce dernier estampille 22 entreprises différentes telles que Filatures et Tissage de Saulxures, HGP Vllersexel, K. Industries et Tenthorey. Elles puisent toutes dans le savoir-faire textile vieux de plusieurs siècles de leur région. L’objet de ce label est de permettre aux consommateurs français, mais aussi étrangers de connaître l’origine des produits qu’ils achètent. Cette démarche permet ainsi aux entreprises de différencier efficacement l’originalité de leur produit sur les marchés. Car Vosges Terre Textile se présente comme une « AOC industrielle » ; à raison, car en plus d’être une région où le textile est une tradition, les Vosges pèsent toujours pour près de 50 % de l’activité nationale du tissage.
En France, le marché du textile de grande consommation n’est pas aussi moribond qu’on pourrait le penser. Malgré des difficultés indéniables, ce secteur d’activité peut toujours compter sur un patrimoine technique et créatif inégalé sur le marché national comme international. Cela autorise aux entreprises une montée en gamme qui n’est pas à la portée de tous leurs concurrents. C’est ce qu’illustre Hermès, dont la réputation des produits est inégalée à l’étranger. C’est aussi ce que confirment les entreprises membres de Vosges Terre Textile qui ont compris la capacité d’une telle stratégie à valoriser efficacement un savoir-faire rendu unique par son ancienneté.
 

Le textile technique, fleuron méconnu de l’industrie française

Sur les marchés industriels, le textile français parvient également à se positionner efficacement. Ici, ce n’est pas l’histoire, mais la technologie qui confère un argument de vente décisif à nos entreprises. Dans un article publié en septembre 2012, Le Figaro faisait un tour d’horizon de cette filière : le textile technique, c’est « plus de 5,4 milliards d’euros de chiffres d’affaires, dont 30 % à l’exportation ». Pour Développement et Conseil Consultants, un textile technique « peut se définir comme tout produit ou matériau textile, dont les performances techniques et les propriétés fonctionnelles, prévalent sur les caractéristiques esthétiques ou décoratives ». Ces textiles ont des applications multiples et sont notamment très prisés des secteurs de pointe telle que celle de l’aérospatiale, de l’automobile, de la défense ou encore de la santé. 

Le groupe Marck, spécialiste des uniformes et des habillements des forces de sécurité, fait partie de ces entreprises à qui le textile technique permet tous les défis. L’une de ses filiales, baptisée La Calaisienne, fournit ainsi les uniformes et tenues de protection de la Garde Républicaine, de l’armée de l’air et de l’armée de terre. Cette filiale du groupe La Calaisienne a également obtenu fin 2012 le label Origine France Garantie, qui atteste que sa production d’articles militaires est réalisée en France. Sur le marché professionnel, le groupe a donc lui aussi fait le pari d’associer qualité et production locale. Et Marck ne compte pas s’arrêter là : il s’est fixé pour objectif d’atteindre les 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015. Un objectif pour lequel le groupe se donne toutes les chances de réussir puisque sa filiale La Calaisienne s’est associée à une dizaine d’autres entreprises françaises du textile au sein d’un consortium baptisé Griffes Défense. Ce groupement convoite notamment les futurs contrats d’équipement proposé par les armées françaises. 

À l’instar des entreprises de Griffes Défense, Jules Tourniers & Fils propose également ses tissus techniques pour les besoins de l’armée et de l’administration publique. Cette entreprise fondée en 1865 exploite aujourd’hui sa connaissance des fibres telles que le Kevlar, le Nomex ou le Twaron pour confectionner, en France, les tenues ignifugées des pompiers français ou encore, des composants pour l’industrie aérospatiale. Avec un positionnement similaire, l’entreprise Bel Maille compte aujourd’hui parmi ses clients réguliers des représentants de l’industrie et du secteur de la santé. Faisant aujourd’hui figure de référence de la fibre synthétique, Bel Maille a réalisé 18 millions d’euros de chiffre d’affaires rien qu’en 2011, dont 40 % à l’export. L’entreprise emploie 96 personnes et l’intégralité de son activité de production est implantée à Riorges dans la région Rhône-Alpes. 

Il n’y a pas que sur le marché de la consommation que la France parvient à imposer son industrie textile. Sur les marchés professionnels, des entreprises ont aussi compris le secret d’un positionnement efficace. Elles délaissent la production de masse au profit d’une production de niche et d'une grande qualité destinée à une demande aux exigences très particulières : les États, et les industries de la haute technologie font appel à elles pour des commandes nécessitant un service sur-mesure et un savoir-faire optimal. Le textile français a donc des atouts de taille à faire valoir tant sur le marché national qu’à l’étranger. Mais si la compétitivité du made in France n’est plus à prouver, il reste encore à la faire connaître. Car à la façon des artisans qui les ont fait naître, ces entreprises cultivent leur savoir-faire souvent humblement, à l’abri des regards. Aussi, oublie-t-on trop facilement qu’elles sont des forces motrices de notre économie.

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