Concevoir un objet connecté : 9 règles d'or pour faire aboutir son projet

Pour développer un appareil intelligent abouti, les entreprises doivent choisir le bon réseau et opter pour une source d'énergie adaptée.

Créer un objet connecté n'est pas une mince affaire, même pour une entreprise qui a trouvé un business model autour de l'Internet des objets et qui a vérifié que son appareil correspond bien à la demande de ses futurs utilisateurs. Voici neuf conseils à suivre pour les néophytes qui veulent faire aboutir leur projet.

Avoir un ingénieur parmi ses fondateurs

Disposer d'une culture industrielle est un gros plus pour les PME et les start-up qui se lancent dans l'IoT. "Withings, Netatmo... Toutes les entreprises qui ont réussi dans le secteur ont un ou plusieurs ingénieurs parmi leurs membres fondateurs", souligne Camille Vaziaga, déléguée générale du think tank Renaissance Numérique, qui a co-signé le livre blanc "Les Nouveaux eldorados de l'économie connectée".

L'idéal : que l'un des dirigeants de la société soit ingénieur en conception industrielle

L'idéal est que l'un des dirigeants de la société soit ingénieur en conception industrielle. "Ils allient les compétences mécaniques, thermiques et électroniques nécessaires à la conception complexe de ces appareils", complète Luc Bretones, vice-président du G9+, un think tank spécialisé dans le numérique, qui a piloté l'écriture du livre blanc. Ces personnalités agissent comme des aimants, elles attirent des ingénieurs plus spécialisés pour compléter la grappe de compétences de la société.

Choisir un réseau approprié

Utiliser le bon réseau pour faire circuler l'information est fondamental. "Les entreprises peuvent se demander avec quel autre appareil leur objet connecté devra communiquer et choisir leur technologie en fonction", suggère Camille Vaziaga. Les réseaux filaires, Wifi ou encore les bandes étroites déployées par Sigfox ou l'alliance LoRa ont tous leurs avantages et leurs inconvénients.

La D-Vine aère et met le vin à température © 10vins

10-vins a développé la D-Vine, une machine qui aère et met à la bonne température le vin contenu dans une fiole de 10 cl, vendu par l'entreprise nantaise. "Nous avons choisi la RFID pour que l'appareil détecte que le flacon de vin est en place. C'est la technologie utilisée dans les cartes de paiement sans contact. Mais nous n'avions pas anticipé que les ondes radio se comportent différemment quand elles sont à proximité de métaux ou de liquides. C'est un vrai problème", explique Thibaut Jarrousse, le patron.

Si le flacon n'était pas placé dans une certaine position, l'appareil ne le détectait pas dans 100% des cas. Les entrepreneurs ont résolu le problème grâce à un tour de passe-passe : ils ont apposé des points à des endroits précis sur les fioles de vin pour expliquer aux utilisateurs comment les positionner et qu'elles soient reconnues à tous les coups.

Trouver une source d'énergie adaptée

Rares sont les objets connectés branchés perpétuellement au secteur. Pour les entreprises, la question de l'alimentation en énergie de leurs produits et leur consommation effective est essentielle. Un appareil qui ne se réveille qu'une fois par jour pour envoyer quelques données n'a pas les mêmes besoins qu'une montre connectée.

"La source d'énergie choisie est la contrainte qui pèse le plus sur le design des objets intelligents, c'est une vraie source d'encombrement physique", prévient Arnaud-François Fausse, directeur de la branche IoT du cabinet de conseil Octo Technology, qui a en parallèle créé son entreprise Zerfos.systems, pour concevoir des objets connectés BtoB.

Son dernier projet en date : une manette intelligente pour des distributeurs de produits chimiques en entreprise. Elle est capable d'enregistrer le nombre de fois où elle a été activée, si la dose de produit a été entièrement ou partiellement prélevée… "J'ai exploré la piste d'un générateur mécanique fonctionnant comme une dynamo mais j'ai finalement opté pour une simple pile, moins encombrante", retrace-t-il.

Design : faire simple

L'utilisateur doit comprendre en un coup d'oeil comment fonctionne l'appareil. Cela passe par un design simple. "Les produits lancés par des entreprises à succès, comme le thermostat intelligent de l'américain Nest, ne font qu'une chose mais la font simplement", pointe le vice-président du G9+ Luc Bretones. Pour lui, le mode d'emploi est quasiment à bannir. Le piège à éviter : lancer un appareil qui veut faire trop de choses et dont l'utilisation n'est pas claire pour le client.

Prévoir le temps nécessaire à l'homologation

La fonction du thermostat intelligent de Nest est évidente pour ses utilisateurs

Lorsqu'ils conçoivent un produit, les entrepreneurs doivent penser aux normes. 10-vins a collaboré avec deux partenaires spécialisés dans l'homologation, qui ont réalisé une batterie de tests. "Nous avons travaillé sur cette étape pendant 6 mois. C'était compliqué car notre produit ne rentrait dans aucune case. Ce n'est pas un frigidaire ou un grille-pain. Nous avons effectué un important travail de recherche avec nos partenaires pour cette homologation qui combine les normes de différentes catégories de produits", raconte Thibaut Jarrousse.

Protéger sa propriété intellectuelle

Lorsqu'on se lance dans le hardware, il faut protéger son produit dès le départ, dans tous les marchés que l'on veut toucher. La D-Vine est par exemple couverte par deux brevets mondiaux car ses créateurs visent l'international. "Le bureau des brevets vérifie que personne dans le monde n'a eu la même idée que vous, c'est un point important", souligne le dirigeant de 10-vins. Et de poursuivre : "Les brevets rassurent les investisseurs potentiels, car ils découragent les sociétés qui voudraient vous copier".

Se rendre dans un FabLab pour prototyper

Les FabLabs se multiplient. "Prototyper dans ces espaces équipés d'imprimantes 3D permet à des start-up et à des PME ne disposant pas d'une réserve infinie de financements de mutualiser les coûts", argumente Luc Bretones. Les FabLabs sont souvent dotés de techniciens, qui assistent les entreprises dans la conception de leurs appareils. La Cité des objets connectés d'Angers (Maine-et-Loire) met par exemple à disposition de ses utilisateurs des spécialistes de l'électronique.

Ces compétences leurs permettent d'accélérer le prototypage, souvent long dans le hardware car pour intégrer toutes les contraintes liées à la fabrication d'un objet connecté (design, batterie, normes...), les entreprises doivent concevoir plusieurs prototypes. "Nous avons travaillé sur 15 versions différentes de la D-Vine", illustre Thibaut Jarrousse.

Le FabLab de la Cité des objets connectés d'Angers © Thierry Bonnet

Penser à l'industrialisation en amont

Pour fabriquer un produit en série, il faut que toutes les pièces puissent être moulées et que le montage soit facile. La start-up clermontoise Kalkin a développé un traceur GPS connecté pour les skieurs, le SloKi. "Notre appareil, que nous avons prototypé à l'aide d'une imprimante 3D, avait une structure en nid d'abeilles, impossible à mouler en usine. Nous avons dû le redessiner", raconte le président de l'entreprise, Pierre-Jean Mathivet.

Fournisseurs : s’appuyer sur ses partenaires

"Il faut demander à ses potentiels fournisseurs des échantillons des pièces qu'ils fabriquent, pour être certain de la qualité de leur travail, sinon, il faut aller voir ailleurs", insiste Arnaud-François Fausse, d'Octo Technology.

Les 30 industriels avec lesquels 10-vins a travaillé sont pour beaucoup installés en France. Cela a permis aux entrepreneurs de passer les voir fréquemment. "Nous avons tissé des liens de confiance avec nos partenaires tout au long de la conception du produit. Ils nous ont conseillé des fournisseurs fiables", explique le patron.

"Pour de grandes séries de plus de 10 000 ou 20 000 exemplaires, il vaut mieux aller en Asie", souligne toutefois Luc Bretones. Mais les PME et start-up ne peuvent se lancer seules dans cette aventure sans rien connaître de cet univers. "Les entreprises qui ont tissé des partenariats avec de grands groupes peuvent profiter de leur carnet d'adresses sur place", poursuit-il.

Dans le cadre de son programme orienté objets connectés, Orange a par exemple tissé des liens avec la jeune pousse Prizm, qui a créé un appareil capable de diffuser de la musique sur-mesure. L'opérateur a ainsi aidé la start-up à trouver ses fournisseurs en Chine.

 

 

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