L’illusion de la Digital Detox

Avec les vacances revient cet engouement pour la Digital Detox. Cure, jeûne, sevrage, break, les mots ne manquent pas pour illustrer l’organisation de sa solitude numérique...

Cacher les smartphones, s’éloigner de tous les écrans, ignorer même l’ancestrale télévision. Il est temps de  consacrer un moment pour "se retrouver" ou "se ressourcer" selon l’expression (trop) convenue. Est-ce guidé par un besoin de disparaître, d’échapper à ses contraintes professionnelles, sociales ? Ou est-ce la tentation de succomber à une nouvelle mode, déjà exploitée par les professionnels du tourisme : hôtels, thalassos…

Si d’aucuns considèrent le phénomène d’addiction à l’information, aux médias sociaux, aux mails comme une aliénation à une nouvelle forme de totalitarisme social, force est de constater qu’il est tout autant impossible de tout maîtriser, qu’il est impossible de tout ignorer. Nous sommes, par l’accès à l’information, pleinement conscients de ce qui se passe à chaque coin du Monde, phénomène désigné par Hervé Fischer comme la "conscience augmentée".*

Ainsi, ce qui est souvent, et à tort, considéré comme une addiction s’apparenterait plus à une injonction sociale. On existe aussi par et au travers de ses photos sur Instagram ou Snapchat, ses commentaires sur Twitter ou Facebook etc. En quoi se couper de son identité numérique, quitter une organisation sociale serait-il salvateur ? L’été n’est-il pas le moment propice aux nouvelles expériences ? Pourquoi ne pas tester de nouvelles plateformes, découvrir de nouvelles tribus, s’exercer à de nouveaux rites ?

Et si nous vivons un certain déclin de l’individualisme**, se soumettre à une Digital Detox s’assimile bien à un acte individualiste, de résistance ;  car la vie au travers des médias sociaux, des groupes de discussions quelle que soit leur forme efface l’image de l’individualité, tant l’individu souhaite être assimilé à une tribu, s’empresse d’adopter ses nouveaux codes, les nouveaux usages de telle ou telle plateforme.

Pratiquer une Digital Detox peut ainsi apparaître terriblement transgressif, renier le sentiment d’appartenance à ses tribus, abandonner ses totems !  Une triste illusion, cela se résume souvent à juste rejoindre une nouvelle tribu, celle des « non connectés ».

Car finalement annoncer sa Digital Detox, comme on annonce une conversion, n’est-ce déjà pas la mettre en scène, se mettre en scène et orchestrer, storyteller son retour sur la toile !? Cynisme ou vacuité de l’existence…

* Michel Maffesoli, Hervé Fischer, La postmodernité à l’heure du numérique, Editions Francois Bourin, 2016.
** Michel Maffesoli, Le temps des tribus, Le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes, Paris Librairie des méridiens, 1988.

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