Facebook veut publier les articles à la place des médias

Facebook propose de partager ses revenus avec les éditeurs dont les articles seront postés directement sur son application mobile.

Alors que les utilisateurs doivent actuellement, depuis l'application Facebook, cliquer sur un lien vers un site média pour lire un article, souvent ralenti par de nombreuses publicités, le réseau social pense avoir trouvé la solution pour y remédier, améliorer l'engagement de ses utilisateurs, et augmenter ses revenus par la même occasion. Facebook a commencé à négocier avec plusieurs éditeurs sur de nouvelles manières de collaborer, révèle le New York Times. L'une des possibilités évoquée pour améliorer l'expérience utilisateur et le newsfeed : demander aux éditeurs d'envoyer leurs articles à Facebook pour les publier sur son application directement. Les articles seraient ainsi chargés plus rapidement, avec des publicités vendues par Facebook. Le réseau social partagerait ensuite les revenus avec les éditeurs –la proportion envisagée est encore inconnue.

Abandonner la data sur ses lecteurs

Pas de quoi réjouir les éditeurs, mais plutôt les inquiéter, analyse le New York Times. D'abord, parce que l'initiative prouve que Facebook a de plus en plus d'influence sur les médias. L'application devient une source importante –voire la plus importante- de trafic pour les sites Web des médias. Non seulement, le mobile devient primordial pour les éditeurs (plus de la moitié des lecteurs du New York Times le lisent désormais sur leur mobile), mais la page d'accueil d'un site média pourrait bientôt devenir obsolète, le trafic étant apporté par des services extérieurs comme Facebook. L'application qui compte 1,3 milliard d'utilisateurs revendique 654 millions d'utilisateurs actifs par jour sur mobile.

Surtout, passer un tel accord avec Facebook signifierait probablement abandonner toute relation directe avec le lecteur, et toute connaissance des données sur son audience et la manière dont elle consomme ses contenus. "Les médias seraient des serfs dans le royaume de Facebook", écrit la journaliste du New York Times.

"Nous en sommes au tout début des négociations, explique Chrix Cox, chef de produit chez Facebook, au New York Times, et il est très important qu'elles se passent bien. Parce que nous jouons un rôle de plus en plus important dans la manière dont les gens découvrent les actualités qu'ils lisent tous les jours, nous pensons avoir la responsabilité de travailler avec les éditeurs pour trouver la meilleure expérience utilisateur possible. Et nous voulons et avons besoin que ce soit une bonne expérience pour les éditeurs aussi. " Selon lui, les intérêts de Facebook et des médias en ligne sont alignés."

Front commun des éditeurs

Les éditeurs sont inquiets que ces "négociations" ne soient en fait les prémisses d'un nouveau modèle imposé par Facebook, et envisagent déjà faire front pour lutter contre ses propositions. "Nous avons abordé la question de l'importance d'un front commun pour expliquer à Facebook que ça ne va pas convenir, mais cela pourrait changer si quelqu'un signe un gros accord de partage de revenus", explique un éditeur au New York Times.

En 2011, plusieurs médias (dont The Guardian, le Washington Post, Business Insider et The Independent) avaient déjà noué un partenariat avec Facebook. En était nées les applications "Social Reader". En France, L'Express avait rapidement sauté le pas, suivi par Vogue, 20 Minutes, Le Figaro, Le Monde et L'Equipe. Mais un an plus tard, les éditeurs se rendaient compte que ces applications "social readers" intégrées à Facebook rebutaient les lecteurs plutôt qu'elles ne les attiraient. Petit à petit, de nombreux éditeurs se sont finalement désengagés. Depuis, Facebook a lancé d'autres initiatives pour contrôler la manière dont les internautes consomment les médias. En janvier dernier, le réseau social a annoncé la création d'un journal graphique baptisé Paper (Lire : "Facebook lance Paper, son concurrent de Flipboard", du 31/01/14). L'application iOS a vu le jour en février aux Etats-Unis, mais n'a pas rencontré le succès.

 

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