Thomas Erickson (Acquia) "La modernisation de l'interface utilisateur de Drupal a commencé"

Dans la foulée de sa dernière levée de fonds, le CEO de la société de services Acquia, spécialisée dans le CMS Drupal, a accordé une interview exclusive au JDN.

 

JDN. Vous avez annoncé une levée de fonds de 55 millions de dollars fin septembre, avec à la clé l'objectif de vous développer à l'international. Quelles sont vos ambitions en France ?

Thomas Erickson est le CEO d'Acquia. Il nous a accordé cette interview en français.   © Acquia

Thomas Erickson. Nous intensifions effectivement notre développement à l'international. La France demeure un pays stratégique pour nous. Nous y sommes présents depuis 2012. La France représente notre troisième marché le plus dynamique après les Etats-Unis et le Royaume-Uni. C'est une région du monde très avancée en matière d'open source, et où Drupal était déjà relativement bien implanté. Notre positionnement comme accélérateur de projets Drupal à grande échelle nous amène désormais à accompagner des projets au sein de groupes du Cac40. C'est le cas par exemple chez Veolia, Air Liquide, Thales, Alcatel, Saint-Gobain ou Total.

Le bureau parisien d'Acquia couvre à la fois la France et la Suisse francophone. Il compte 18 employés, dans des fonctions commerciales, marketing, avant-vente, mais aussi de direction de projet et de support. Les effectifs vont continuer de se renforcer en 2016, notamment pour mieux accompagner les partenaires.

Quels sont vos principaux axes de R&D ?

Nous travaillons beaucoup sur la personnalisation de l'expérience digitale, et ce, dans une optique multicanal incluant le desktop, le mobile, et même les set-top box. C'est l'objet de notre produit Acquia Lift. Il s'adosse à une technologie que nous avons acquise [il s'agit de la solution en mode SaaS de la société canadienne TruCentric qu'Acquia a rachetée en 2014 NDLR].

Notre deuxième produit stratégique est Acquia Cloud Site Factory. Cette application en mode SaaS permet de déployer et administrer des centaines de sites sous Drupal. Elle a typiquement pour but de répondre aux enjeux web des entreprises multinationales. Elle permet de gérer la gouvernance des marques, et leur cohérence entre de nombreux sites. Mais aussi d'assurer la sécurité d'un tel écosystème et, enfin, d'orchestrer de manière centralisée la maintenance du code source de chaque site.

Vous avez indiqué qu'Acquia Platform, votre PaaS orienté Drupal, était votre produit à plus forte croissance. Quelle est sa feuille de route en termes d'évolution pour les mois à venir ?

Toute notre offre est basée sur Acquia Platform. C'est par conséquent aussi le cas d'Acquia Cloud Site Factory. Plus globalement, nous intensifions nos efforts en vue de renforcer la sécurité d'Acquia Platform. Notre plateforme cloud a d'ailleurs récemment obtenu la certification de sécurité FedRAMP [pour Federal Risk and Authorization Management Program NDLR] qui est très utilisée par les gouvernements américains et australiens. Elle représente de ce point de vue une référence.

"Acquia Platform va évoluer en 2016 vers une architecture orientée microservices"

Avez-vous prévu de porter Acquia Platform sur une architecture de containers, type Docker ?

C'est un type d'architecture vers lequel Acquia Platform va commencer à migrer début 2016. L'objectif est de faire évoluer le PaaS vers les microservices. La mise en œuvre de ce chantier va être progressive. Les clients auront d'emblée la possibilité de recourir aux premiers microservices disponibles. Mais pour que le cœur d'un site web puisse bénéficier de la nouvelle architecture, il faudra qu'il fasse l'objet d'une migration. Nous pourrons la prendre en charge de manière transparente pour le client.

Pourriez-vous proposer un ou plusieurs CMS autres que Drupal sur Acquia Platform ?

C'est quelque chose que nous pourrions tout à fait réaliser techniquement avec notre plateforme. C'est un point stratégique. Aucune décision n'a été prise dans ce sens pour le moment.

La réécriture de l'interface d'administration de Drupal en JavaScript/AJAX (à l'image de ce qu'a réalisé récemment Wordpress.com), est-elle à l'ordre du jour ?

Depuis quelques mois, nous avons beaucoup travaillé et réalisé plusieurs études sur le sujet. On peut imaginer qu'une telle évolution va arriver bientôt dans Drupal. Mais beaucoup de nos clients ont déjà recours à ce type d'interface graphique. Drupal dispose d'une architecture d'API Rest qui permet en effet de réaliser ce type de développement [en JavaScript / AJAX]. C'était d'ailleurs déjà possible avec Drupal 7, mais la version 8 du CMS [qui vient de sortir] améliore encore cet aspect. Drupal 8 commence à introduire la notion de Drupal découplé. Dries Buytaert [le directeur technique et fondateur d'Acquia, ainsi qu'auteur initial de Drupal] décrit très bien notre démarche actuelle dans un post publié en septembre. Pour passer à l'étape suivante, que vous évoquez, nous allons devoir combiner des outils comme ReactJS ou NodeJS, notamment.

Quelles sont les plus importantes avancées de Drupal 8 ? On note par exemple la prise en charge d'infrastructures JavaScript orientées client comme AngularJS, Backbone ou Ember.js...

C'est effectivement un point important. Mais Drupal 8 introduit également la publication multi-terminal [avec un passage au responsive design en natif]. Il permet aussi d'accéder à tous les contenus et la base de données via API. Enfin, le framework Symfony est implémenté au cœur de Drupal.

"Notre objectif est d'être prêt à entrer en bourse dès que le contexte sera favorable"

Vous avez déjà évoqué la possibilité d'une entrée en bourse. Où en est ce projet ?

Une étude de J.P.Morgan a montré que les entreprises IT qui font appel à des fonds privés croissent plus rapidement que celles qui entrent en bourse. Cette tendance s'explique par la plus grande liberté que cela confère. C'est exactement ce que nous vivons en ce moment chez Acquia. Nous sommes précisément dans cette phase. Ce qui ne veut dire que nous fermons la porte à une entrée en bourse pour une partie du capital. D'ailleurs, nous commençons à anticiper cette possibilité pour être prêt quand les conditions seront réunies. Nous recrutons d'ailleurs en ce moment un nouveau directeur financier avec la capacité à gérer ce type d'opération.

Ce qui veut dire que vous avez initié les démarches internes de pré-IPO : audit, mise en place de procédures de contrôle et de sécurité...

C'est le cas effectivement. Cette fin d'année n'est clairement pas propice à une entrée en bourse. Mais notre objectif est d'être prêt pour entrer en bourse dès que le contexte sera favorable. Il faudra également que nous en ayons la nécessité. Nous travaillons beaucoup avec les banques sur le sujet. Nous observons aussi les sociétés, avec des positionnements proches du nôtre, qui entrent en bourse ou qui ont des projets d'IPO. Pour l'instant, nous sommes encore loin d'avoir dépensé tout l'argent levé.

 

Biographie professionnelle : Thomas Erickson est CEO d'Acquia depuis 2009 et était auparavant responsable Produits de Tele Atlas jusqu'à son rachat par TomTom. Thomas Erickson a débuté sa carrière dans des fonctions techniques après avoir obtenu son diplôme de l'Université du Wisconsin - Madison avec un degré BS spécialisé en génie électrique et informatique. Il a passé 14 années de sa carrière en Australie, en Angleterre et en France. Acquia a été co-fondée par Dries Buytaert, le créateur de Drupal.

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