D'un geste, Todd Montgomery libère des centaines de moustiques tigres dans le jardin d’une maison en banlieue de Washington. La scène, rapportée par l'AFP, peut sembler inquiétante. Pourtant, ces insectes sont tous des mâles et ne piquent pas.

Ils sont porteurs d’une bactérie appelée Wolbachia. Lorsqu’un de ces mâles s’accouple avec une femelle qui ne porte pas cette bactérie, les œufs n’éclosent pas. L’objectif est donc de réduire le nombre de moustiques présents sans pulvériser de pesticides dans le jardin. Le traitement, vendu sous l’intitulé "ZAP Males", ne cible que les moustiques tigres, Aedes albopictus.

Vingt-cinq clients reçoivent chacun 1 500 moustiques par semaine pendant 16 semaines. D’ici la fin de l’été, 600 000 moustiques tigres doivent ainsi être relâchés dans l’ensemble de la région où intervient l’entreprise Bee Safe Mosquito Control.

Todd Montgomery, le fondateur de Bee Safe Mosquito Control, est un ancien ingénieur électricien originaire du Kentucky. Agé de 32 ans, il prépare un master en entomologie, c’est-à-dire en science des insectes. Il a fondé l’entreprise en 2023 dans le but de réduire l’utilisation des pesticides.

Sandra Marquardt, 67 ans, raconte à l'AFP qu’elle plantait entre mai et juin, puis n’allait presque plus dans son jardin jusqu’à octobre. Elle juge désormais le dispositif "d’une efficacité déconcertante" : elle peut dîner sur sa terrasse avec son mari et jardiner sans être "terrorisée" par les moustiques.

Le résultat n’est pas identique partout. April Chunko, 44 ans, explique : "Nous avons un bac à sable que mon fils adore et c'est dur d'apprécier cet espace parce qu'on se fait littéralement dévorer par les moustiques". Elle tempère toutefois : "Je n'ai pas encore vu une grosse différence, mais j'ai aussi des bois derrière moi".

Marcelo Jacobs-Lorena, professeur d’entomologie à l’université Johns Hopkins, explique que les résultats variables peuvent dépendre des conditions locales et de l’ampleur de l’intervention. Il estime qu’une telle stratégie risque de devenir "une entreprise sans fin".

A Singapour, le "Projet Wolbachia", lancé en 2016, relâche désormais plus de 10 millions de moustiques par semaine. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine a montré que cette méthode permettait de réduire fortement la population d’Aedes aegypti et de réduire le risque de dengue de plus de 70%. Ces résultats portent toutefois sur Aedes aegypti, tandis que "ZAP Males" cible Aedes albopictus.

En France, Que Choisir recommande de vider puis de nettoyer les coupelles, dessous de pots, jardinières, vases et autres récipients au moins une fois par semaine. L’association conseille aussi de couvrir les récupérateurs d’eau de pluie et les autres réserves d’eau avec un tissu ou un voile anti-insectes aux mailles fines.