Apple Watch : WatchOS se lance à l’assaut de l'entreprise

WatchOS ouvre la voie à la conception d'apps d'entreprise pour la montre d'Apple. Se pose toutefois la question de la sécurisation et de l'administration d'une flotte d'Apple Watch.

Les ventes de l'Apple Watch restent en demi-teinte. En dépit de tout le raout médiatique qui a suivi son lancement en avril dernier, Apple n'aurait écoulé, selon le cabinet d'analyse américain Canalys, "que" 7 millions de montres connectées. Un chiffre à mettre en comparaison avec les 48 millions d'iPhone vendus sur le seul troisième trimestre 2015.

Un réservoir d'utilisateurs du côté des professionnels ?

La réussite de l'Apple Watch pourrait venir pour partie du monde de l'entreprise. Jusqu'à présent, la firme à la pomme a surtout mis en avant son design et ses fonctions grand public en matière de quantified self (santé, forme). Après avoir noué une alliance de circonstance avec IBM pour développer des applications orientées métier sur ses terminaux mobiles puis lancé l'iPad Pro, Apple pourrait trouver un réservoir d'utilisateurs de sa smartwatch du côté des professionnels.

La réussite de l'Apple Watch pourrait venir pour partie du monde de l'entreprise.

Avoir toutes les données de l'entreprise sous la main

L'Apple Watch qui est surtout, pour l'heure, considérée comme un objet d'apanage pour geek ou cadre supérieur pourrait, en effet, devenir un véritable outil de productivité. Au-delà de la consultation de ses mails, le collaborateur peut potentiellement via ce terminal avoir toutes les données de l'entreprise sous la main, ou plus précisément au poignet. Ce que Kris Duggan, co-fondateur de la start-up BetterWorks, nomme dans un billet, le "quantified work".

Salesforce et Microsoft à l'avant-garde

Des éditeurs se sont engouffrés sur ce créneau pour proposer des applications typiquement professionnelles. A commencer par Salesforce qui était sur le pont dès le lancement de l'Apple Watch. L'éditeur américain a lancé pas moins de deux applications dédiées : d'une part Wave Analytics qui permet de visionner des tableaux de bord par simple glissement de doigt ou recherche vocale, d'autre part Salesforce1 qui est conçue pour gérer des notifications en matière de gestion de la relation client. Salesforce propose aussi un "Wear Developer Pack" pour créer des applications d'entreprise interopérables avec sa plateforme Salesforce1.

Capture de l'app de reporting Wave Analytics de Salesforce pour l'AppleWtach.

Dans le même esprit, l'app Numerics proposée par Cynapse remonte sur la montre des indicateurs-clés de l'entreprise en s'intégrant à différentes plateformes dont celle de Salesforce mais aussi celles de Google Analytic, Flurry, Basecamp ou Zendesk. De son côté, Microsoft a introduit une application OneDrive pour accéder à son espace de stockage depuis l'Apple Watch, et une autre baptisée PowerPoint Remote pour contrôler une présentation via le terminal d'Apple main au poignet.

Côté utilitaires, Invoice2go permet via l'Apple Watch de facturer des prestations au temps passé et d'envoyer la facture correspondante. Elle cible les indépendants et petites structures. ShoreTel déporte, elle, les services de téléphonie d'entreprise et de communications unifiées sur l'Apple Watch. De manière plus classique, Evernote et Slack, les spécialistes de la gestion documentaire et du chat d'entreprise, ont également leur app sur Apple Watch pour y gérer note ou alerte.

L'Apple Watch, plus sûre que les montres Android

L'app Numerics proposée par Cynapse remonte sur la montre des indicateurs-clés de l'entreprise.

Ce n'est qu'un début. WatchOS 2 qui ouvre la voie à la conception d'applications natives devrait libérer la créativité des éditeurs. Plus puissantes et rapides, ces applications pourront être réalisées spécifiquement pour la montre.

Se posent derrière les questions de la sécurisation des échanges et de l'administration de l'objet connecté. Sur le premier point, l'Apple Watch fait figure de bon élève selon un benchmark de MobileIron qui la compare notamment à la Moto 360 de Motorola et le Galaxy Gear 2 neo de Samsung.

"A la différence des montres Android, l'Apple Watch présente, par défaut, un certain niveau de sécurité", confirme Samuel Amiache, consultant en mobilité chez Ibelem - un intégrateur de solutions de mobilité. "Elle est naturellement bloquée quand elle n'est plus appairée ou plus portée au poignet. En cas de perte ou vol, elle est aussi verrouillée et inutilisable sans identifiants Apple."
 

Une connexion sans fil avec des risques d'attaque ?

On notera d'ailleurs qu'avec sa solution Usher, MicroStrategy transforme l'Apple Watch en clé numérique (pour déverrouiller le poste de travail, accéder à certaines applications critiques...) ou encore en simple badge physique.

Seul talon d'Achille : la connectivité entre l'Apple Watch et le smartphone repose sur une liaison Bluetooth ou Wi-fi. Elle peut selon Yannick Hello, responsable commercial EMEA d'Ipswitch, "entraîner un risque potentiel d'attaque externe. Un tel événement ne s'étant pas encore produit, le risque n'est donc pas concrètement démontré".

Pas d'outils dédiés à l'administration

Côté administration, il n'existe, en revanche, pas de solution dédiée à la gestion de flotte d'Apple Watch de type MDM (Mobile Device Management) et EMM (Enterprise Mobile Management). Alors que l'usage du smartphone est encadré par les politiques de BYOD (utilisation de terminaux personnels pour travailler), une montre intelligente est encore considérée comme une extension, une interface secondaire d'un terminal principal.

Jean-Cédric Miniot est directeur général d'Ibelem.

A défaut, un administrateur peut néanmoins gérer un certain nombre d'interactions. "Il peut empêcher l'appairage entre la montre et le smartphone, rendre obligatoire la mise en place d'un code (pin numérique), désactiver Siri, bloquer tout ou partie de la messagerie…", énumère Jean-Cédric Miniot, directeur général d'Ibelem.

Racheté récemment par BlackBerry, Good Technology propose une application AppleWatch qui permet non seulement de consulter e-mails et agenda de manière sécurisée via un container logiciel, mais aussi de limiter les données affichées sur la montre. L'utilisateur reçoit une simple notification indiquant "vous avez reçu un mail", avec ou non le nom de l'expéditeur, avec ou non l'objet. Il décide alors de consulter ou non l'intégralité du message sur son smartphone. Les messages ne sont pas stockés en local.

Vers le BYOW, pour Bring your own watch...

En faisant tourner directement les applications sur la montre, la version 2 de WatchOS peut aller toutefois à l'encontre de ces règles de sécurité. Mais pour Jean-Cédric Miniot, nous vivons là qu'une période transitoire. "Les montres connectées, qui ne font en quelque sorte que du déport d'affichage, seront demain des terminaux complètement autonomes avec la même intelligence embarquée qu'un smartphone. La montre sera le smartphone", estime-t-il. Elle pourra alors être perçue comme un véritable outil de travail. Après le BYOD, place au BYOW pour "Bring your own watch" ?

 

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