Comment DocuSign veut imposer la signature électronique en France

Après le rachat d'une partie d'OpenTrust, l'éditeur américain fait de la France une de ses principales terres de conquête. Il entend profiter d'un nouveau règlement européen qui vise à harmoniser les certifications électroniques.

Le 1er juillet 2016 est une date à marquer d'une pierre blanche pour DocuSign, le leader mondial de la signature électronique. Le règlement européen eIDAS sur l'identification électronique et les services de confiance pour les transactions électroniques entrait en vigueur. Comme l'explique dans le JDN le patron de DocuSign pour la France, ce nouveau règlement crée un marché unique de la signature électronique en Europe, la certification étant valide dans tous les Etats-membres.

Une étape décisive pour l'Américain dans sa conquête du Vieux Continent. Dès juin, la société annonçait une offre conforme eIDAS, baptisée "standard-based signature" ou SBS. Elle repose sur trois data centers européens basés en Allemagne, aux Pays-Bas et en France et deux autres en cours de construction.

La France, tête de pont de la conquête européenne

Dans ce dispositif, c'est DocuSign France qui tient le rôle de trust service provider (TSP), c'est-à-dire de gestionnaire des services de confiance pour les entreprises clientes au sein de l'Union Européenne. Sachant que SBS peut intégrer des tiers de confiance extérieurs autres que DocuSign.

Suite au rachat d'OpenTrust, DocuSign couvre tout le cycle de la transaction numérique

La position unique de l'Hexagone dans la stratégie européenne de DocuSign fait suite au rachat, il y a un, de l'activité "signature électronique" du Français OpenTrust. Avec cette acquisition, DocuSign couvre tout le cycle d'une transaction numérique - authentification forte, gestion de l'identité de l'utilisateur, horodatage, workflow…

Dans ses bureaux basés à Issy-les-Moulineaux, l'éditeur emploie une soixantaine de personnes dont "une partie significative d'ingénieurs dédiés à la R&D", précise Thibault de Valroger, en charge du business développement chez DocuSign. "Il ne s'agit pas que d'une implantation commerciale."

Des références françaises dans le secteur privé...

Thibault de Valroger est en charge du business développement chez DocuSign. © DocuSign

La société affiche de belles références clients en France (Thales, Zodiac, Bridgestone Europe, Nortia ou encore Banque Casino, par exemple). Egalement client de l'entreprise, le Crédit Agricole vient par ailleurs de finaliser le déploiement de 45 000 tablettes dans ses agences pour la souscription dématérialisée de ses offres. 

"La banque assurance est un marché important, compte tenu de la digitalisation de la relation client dans ce secteur, mais un grand nombre d'autres domaines d'activité sont concernés, notamment l'immobilier, le médical et l'industrie pharmaceutique fortement régulée", avance Thibault de Valroger. "Toutes les entreprises cherchent à rationaliser la gestion des contrats clients, fournisseurs ou RH".

DocuSign a pour principal interlocuteur, le responsable de la ligne métier dans les ventes, les achats, le juridique ou le marketing. "Quand on passe en mode industrialisation, le DSI devient un partenaire naturel. Chez Nortia, le DSI a été en revanche l'impulseur", ajoute Thibault de Valroger.

...et le secteur public

Entre téléprocédures, télédéclarations et autres appels d'offres en ligne, le secteur public n'est pas en reste. En mars dernier, le gouvernement faisait de DocuSign le fournisseur interministériel pour la sécurité des échanges électroniques et la dématérialisation. Dans le cadre du plan France numérique 2020, il s'agit de simplifier les accès aux services publics et proposer de nouveaux services 100% numériques.

Avec plus de de 200 connecteurs au compteur, DocuSign s'intègre à des solutions de gestion de contenu ou de CRM - notamment Office 365 et Dynamics CRM de Microsoft, Google Apps for Work, NetSuite ou encore Salesforce. Pour les intégrations à façon, DocuSing s'appuie sur une dizaine de sociétés de services en France dont Arondor, Accenture / Avanade, Deloitte, IBM, ou Orange Application for Business (OAB) - une entité d'Orange Business Services.

DocuSign met en œuvre des processus de signature électronique sur tablette tactile. © DocuSign

Une société valorisée 3 milliards de dollars

Au niveau mondial, DocuSign aligne des chiffres impressionnants. L'éditeur revendique plus de 225 000 entreprises clientes dans 188 pays. Chaque jour, le groupe, basé à  San Francisco, certifierait 950 000 transactions et accueillerait plus de 85 000 nouveaux utilisateurs.

Pas mal pour une société créée en 2003. Pour son fondateur, Tom Gonser, il s'agissait au départ de s'appuyer sur le web pour dématérialiser les transactions immobilières et limiter l'échange de papier au moment de l'achat ou la location. Tom Gonser a ensuite appliqué ce modèle à d'autres domaines d'activité en multipliant les solutions verticales. On retrouve aujourd'hui DocuSign sur smartphones et tablettes ou via le service de paiement en ligne PayPal.

On retrouve aujourd'hui DocuSign sur smartphones et tablettes ou via le service de paiement en ligne PayPal. © DocuSign

En mai 2015, DocuSign bouclait un tour de table de 233 millions de dollars mené par Brookside Capital et Bain Capital Ventures. Des fonds qui ont rejoint pour l'occasion des investisseurs historiques comme Google Ventures, Salesforce ou Telstra. L'opération portait à 440 millions les fonds levés par la société depuis sa création, et valorisait l'entreprise 3 milliards de dollars. Deutsche Telekom a, depuis, rejoint le rang des investisseurs.

Des projets de R&D dans la blockchain

En dépit de ces succès, la "licorne" est actuellement sans tête. Son PDG, Keith Krach, a annoncé, en octobre 2015, qu'il quitterait son poste tout en se maintenant jusqu'à l'arrivée de son successeur. Et le suspens dure depuis. Candidat retenu, Rick Osterloh, un ancien dirigeant de Motorola Mobility, a préféré au dernier moment rejoindre Google selon Bloomberg.

Ce qui n'empêche la société de poursuivre ses efforts de R&D. DocuSign s'intéresse forcément à la blockchain comme nouveau modèle de confiance décentralisé. L'éditeur a travaillé avec sur la technologie de la chaîne de blocs pour concevoir avec Visa un système visant à faciliter la gestion d'un contrat de leasing auto. Une manière de se positionner sur le sujet en attendant que de tels contrats intelligents (smart contracts) puissent avoir une valeur juridique.

Le marché encombré de la signature électronique

DocuSign évolue toutefois dans un secteur fortement concurrentiel. ChamberSign, Cryptolog, Lex Persona, Oodrive, Yousign, Docapost…. Il existe une dizaine d'acteurs de la signature électronique en France qui peuvent se réclamer en conformité avec le Référentiel général de sécurité (RGS). Alors, comment les comparer ?

DocuSign propose un procédé de signature électronique tactile, au doigt. © DocuSign

"Il faut profiter de la variété des acteurs pour les mettre en concurrence puis choisir son prestataire en fonction de la criticité du document et du niveau de sécurité souhaité. Il s'agit aussi de valider ses références et la qualité de son support", estime Thomas Kaeb, responsable business solutions chez Wacom. Agnostique, le fabricant de tablettes et de stylets travaille indifféremment avec ces fournisseurs de certificats de signature. Wacom a ainsi collaboré avec DocuSign (à l'époque OpenTrust) pour le compte de RCI Bank and Services, la banque de Renault.

Thomas Kaeb conseille aussi de se pencher sur la politique de tarification, plus ou moins intéressante en fonction de l'activité. DocuSign propose des forfaits au mois ou à l'année mais des modèles commerciaux à la demande sont aussi disponibles sur le marché (des modèles dont les prix varient en fonction du nombre de transactions, de documents, de pages). Enfin, Thomas Kaeb note que les solutions Docusign proposent la signature manuscrite au doigt. Ce qui peut dérouter l'utilisateur alors qu'en signant avec un stylet il reproduira plus fidèlement le geste qu'il fait sur un document papier. 

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