Mooc : comment des écoles d'ingénieurs préparent leurs offres

Mooc : comment des écoles d'ingénieurs préparent leurs offres Télécom Bretagne s'est déjà lancé, Polytechnique essaye à la rentrée, le groupe Ionis y réfléchit... Les écoles d'ingénieurs sont intéressées par les Mooc, ces cours en ligne gratuits, ouverts et massifs.

Les Mooc, ce sont ces cours en ligne gratuits, ouverts et "massifs" ("Massive Open Online Course", en anglais, voir aussi notre dossier Grâce aux Mooc, étudiez à Harvard depuis votre salon). C'est aussi l'un des sujets qui agitent aujourd'hui les écoles d'ingénieurs. "Plusieurs représentants d'établissements sont déjà venus me consulter pour en savoir plus sur notre initiative", confirme Frank Pacard, directeur général adjoint de l'École polytechnique. Cette dernière va en effet proposer certains de ses cours sur la plateforme Coursera à la rentrée prochaine. Il indique que des établissements de Paris Tech, auquel appartient l'X, mais aussi d'ailleurs, sont venus se renseigner.

Même son de cloche du côté de Jean-Marie Gilliot, chercheur au sein de l'école Télécom Bretagne, et co-concepteur et co-animateur du premier Mooc francophone ITyPA . Lui aussi, son école Télécom Bretagne appartient à un autre ensemble de grandes écoles d'ingénieur, l'Institut Mines-Télécom. Il est d'ailleurs "en charge d'animer la réflexion sur la place des Mooc" au sein de cet ensemble, qui est aussi le plus gros groupement d'écoles d'ingénieurs.

Sollicité, le groupe Ionis (Epita, Epitech, Sup'Internet...), n'a pas souhaité répondre à nos questions au sujet de leurs projets en matière de Mooc, en indiquant cependant être en phase de réflexion, mais pas assez avancée pour pouvoir en dire plus pour le moment. "Aujourd'hui, la question est moins de savoir s'il faut se lancer dans les Mooc que de savoir comment y aller", confirme Jean-Marie Gilliot.

Mooc et Coursera : comment Polytechnique s'est lancé dans l'aventure

Alerté de l'intérêt des Mooc par des anciens élèves ayant pu goûter à l'expérience outre-Atlantique, et désireux de continuer à suivre l'enseignement prodigué par leur ancien établissement, Polytechnique a pu opter pour la plateforme américaine Coursera. L'X y proposera trois cours.

"Nous avons choisi ces trois cours, d'abord car ils sont relativement simples, puisqu'ils s'adressent aux élèves de première année. Ils appartiennent au tronc commun, et sont donc donnés à 500 personnes. Or, lorsqu'on donne un cours à 500 polytechniciens, la moindre erreur ne pardonne pas. Les supports pédagogiques sont donc très travaillés, ces cours sont calibrés à la minute, et sont soignés jusque dans leur moindre détail", explique Frank Pacard. Autant d'éléments qui leur ont ouvert la voie pour être proposés au monde entier via Internet, sur Coursera, aux côté des cours de Yale ou Princeton.

"Il faut s'organiser et se fédérer au niveau français, car nous sommes tous trop petits face à Coursera" (Jean-Marie Gilliot - Telecom Bretagne)

Même si les cours de l'X étaient déjà disponibles sur Internet (mais bien cachés), certains ayant même déjà été filmés, les préparer pour Coursera n'aura pas été facile. "Le coût humain, côté enseignant ou technique, est finalement revenu assez cher", confirme Frank Pacard, qui précise ne pas attendre de ROI purement financier de cette opération. Quel est le but alors ? "Gagner en visibilité et en notoriété dans le monde, mais aussi apprendre un nouveau savoir-faire", résume le directeur général adjoint de l'École polytechnique.

Alors certes, Coursera, bénéficie aujourd'hui d'une force de frappe mondiale déjà considérable, mais la plateforme est élitiste : elle ne laissera que les 5 meilleurs établissements français rejoindre son catalogue. Or, tous les établissements en France n'ont pas la chance de s'appeler Polytechnique.

Télécom Bretagne : un Mooc renouvelé pour la rentrée, d'autres en préparation

"De toutes façons, pas sûr que ce que propose la plateforme américaine Coursera convienne à tous les établissements français", souligne Jean-Marie Gilliot. Le Mooc qu'il a contribué à mettre en place, ITyPA (pour "Internet Tout y Est Pour Apprendre"), a essuyé les plâtres, mais en empruntant une autre voie. Plus expérimental, tout le projet a été réalisé en interne, avec les moyens du bord.

Egalement aussi destiné en premier lieu aux élèves de Télécom Bretagne, l'expérience a dû être jugée satisfaisante, puisque le projet sera non seulement reconduit, mais aussi amplifié. La certification sera testée en octobre, avec une approche de type "gamification" avec les OpenBadge de Mozilla. Et surtout, d'autres cours, une poignée, devraient être proposés à la rentrée. Les professeurs susceptibles de vouloir se lancer, à qui les efforts conséquents nécessaires ne feront pas peur, sont actuellement approchés.

Les discussions avancent, mais de nombreux points restent à régler. Pour la plateforme technique, Jean-Marie Gilliot aimerait un "portail collectif, respectant la diversité", et idéalement une solution de type Cloud, fournie par un tiers de confiance. Selon lui, les établissements devront aussi la jouer collectif : "il faut s'organiser et se fédérer au niveau français car, seuls, nous sommes tous trop petits face à Coursera".



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