Les enjeux des Self-Organised Networks

Une meilleure gestion de l'intelligence réseau permet d'être plus efficient sur la croissance data. Un enjeu fort pour les opérateurs télécoms.

Les opérateurs mobiles font face à une explosion de la consommation de l’usage data, une véritable déferlante de smartphones, tablettes et autres clés 3G qui s'abat sur leurs réseaux avec un trafic mobile est de plus en plus dynamique, une consommation de données exponentielle, avec pour résultante, la nécessité d'une capacité réseau de plus en plus importante, tout en ayant des revenus étales.
Plusieurs éléments permettent d'adresser ce phénomène, que ce soit en termes de marketing, et de tarification, mais un élément reste fondamental dans le fonctionnement d'un opérateur, la gestion réseau.
C'est ainsi que les opérateurs mobiles ont dû prendre le problème à bras le corps afin de mieux faire face à l'explosion de la consommation data, et ce en développant leur réseau de desserte (Backhaul: trafic entre les sites radio mobiles et le cœur de réseau), mettant en place de nouvelles technologies de gestion réseau (le « trafic Shaping »: contrôle du trafic réseau afin  d’optimiser les performances des services mobiles) ainsi que leur réseau de points d'accès WiFi. Ils ont aussi miser sur l'ajout de femtocells ou de picocells et bien sûr de station de base radio. Ceci s'est traduit par une finesse et une 'intelligence" grandissante en ce qui concerne la gestion d'un réseau mobile, une mécanique déjà fort complexe à gérer.
De nouvelles technologies sont apparues afin de mieux adresser cette complexité grandissante, en permettant la gestion et la reconfiguration de des réseaux télécoms en temps réel, ce qu'on appelle les Self-Organizing Networks (ou SON).
Dans un réseau mobile, la capacité d'une station radio est finie, et divisée par le nombre d'utilisateurs simultanés qu'elle peut servir. La subtilité réside dans le fait que lorsqu'un utilisateur se trouve à la périphérie de la zone de couverture, il va dégrader la capacité réseau de ceux qui sont au cœur de la zone couverte. Les SONs ont pour objet de résoudre ce genre de problème en essayant d'identifier les moments où les stations radios ne sont pas utilisées de manière optimum. Il s'agit de faire communiquer les stations entre elles afin de gérer un sous-ensemble de stations radios de manière cohérente et de faire varier leur couverture, afin d'optimiser le débit offert.
Ainsi le réseau calcule dynamiquement sa couverture en fonction du nombre de clients mobiles  et de leur situation géographique. il peut décider de réduire la couverture d'une station A afin de mieux servir les clients au centre de la couverture, et augmenter celle d'une station B sans afin de servir des clients en périphérie. La nouveauté de ce genre de technologie tient dans une gestion dynamique qui préserve la notion de qualité de service, tout en permettant d'éviter les engorgements. Jusqu’à présent la configuration des réseaux mobiles se faisait sur une base hebdomadaire, voire mensuelle et était limitée par la préservation de cette qualité de service aux clients finaux. Ici il s'agit d'une question de minutes, ce qui permet d'augmenter ou de diminuer la capacité qui est par nature même une ressource rare et périssable (une minute de télécoms non vendue est perdue).
Ce type de technologie utilise les signaux qu'envoient les téléphones aux stations radios, le cœur de réseau se chargeant de faire les ajustements en temps réel en mesurant les débits et le délai de latence pour les utilisateurs et en préservant un niveau de QoS souhaité (Avec en moyenne une baisse de 10% des appels non aboutis dans des pays comme les Etats-Unis, et une augmentation de la capacité réseau d'un groupe de stations radio de 30%).
Ce type de technologie est amené à profondément transformer la façon dont les opérateurs télécoms vont gérer la croissance de leur activité et de la consommation data. Ainsi ils vont non seulement pouvoir proposer des débits plus importants et plus consistants au cours d'une même connexion mobile, mais aussi optimiser le déploiement de capacités supplémentaires.
Elle va aussi permettre aux opérateurs mobiles de mieux gérer des réseaux hétérogènes (Het Nets), tels qu'il en existe aujourd'hui avec le mix mobile (3G) et WiFi. Ceci permettant à terme aux opérateurs mobiles de proposer de la connectivité à leurs clients, qu'elle soit WiFi ou mobile, mais aussi de la gérer comme une seule et même ressource.
Pour finir, les SONs constituent le catalyseur la prochaine évolution de déploiement réseau, qui ne se focalisera non plus sur des stations radios telles qu'elles existent aujourd'hui (macro-cells) mais plutôt une myriade de petites stations radios qui seraient coiffées par une poignée de macro cells. Comme le cloud computing ce genre de réseau serait ajustable à la hausse et à la baisse,  permettrait une meilleure capillarité en termes de couverture, mais aussi une optimisation des investissements réseau et une baisse du TCO (Total Cost of Ownership). C'est en ce sens que travaillent Alcatel-Lucent avec LightRadio, ou Ericsson avec AIR.
Les opérateurs sont en train de changer leur approche réseau en y injectant de plus en plus d'intelligence. Les SONs, alliés à des approches de type Dynamic Pricing reposant sur une tarification différenciée selon la charge réseau, la localisation géographique et un moment donnés, vont permettre aux opérateurs mobiles de tirer la quintessence de leur réseaux, tout en préparant des déploiements réseaux plus capillaires, moins coûteux, mais permettant de répondre aux besoins grandissants des clients mobiles.
Ces évolutions vont permettre aussi aux opérateurs de redevenir innovants sur leur modèles économiques.

Jean-Michel Huet, Directeur Associé BearingPoint et Tariq Ashraf, Manager BearingPoint 

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