La mutualisation des SI : quels enjeux pour les pays émergents ?

La mutualisation est un des sujets forts actuels. Les enjeux et difficultés associés prennent une dimension particulière au regard de la situation des pays émergents notamment en Afrique.

La mutualisation fait partie de ces mots à la mode depuis quelques années, et plus encore dernièrement. Derrière ce mot magique beaucoup de fantasmes : économies de coûts, productivité, modernisation pour les entreprises et en effet rebond, opportunités de développement économique pour certains pays, notamment africains, qui via, par exemple, les projets de technopoles s’imaginent déjà accueillir les grands pôles de mutualisation de tel ou tel métier.
Par mutualisation - beau mot à l’origine de l’économie sociale et solidaire avec les associations -  on entend, dans le cadre des entreprises et des SI, la capacité à rassembler les activités (SI, procédures, main d’œuvre) des principales fonctions dites supports (finance, RH, AdV, etc.). L’objectif, contrairement à l’idée reçue, n’est pas que de réduire les coûts mais aussi de proposer une information plus fiable et homogène à tous les niveaux de l’entreprise, de créer des pôles d’expertise, de développer des opportunités de carrière pour les employés.
La mutualisation entraine la création de centres d’excellence (fonction juridique, fiscale, audit interne, trésorerie), de centres transactionnels (comptabilité, reporting), de centres d’activités (achats, administration des ventes) voir de centre métiers  (gestion de la paie, formation, immobilier, etc.). la réduction des coûts liés à la mutualisation n’est pas lié à la réduction des coûts de main d’œuvre (cela représente seulement 25 % de la baisse des coûts) mais au travail qualitatif réalisé pour rassembler (processus simplifiés, meilleures pratiques), standardiser (industrialisation des processus) et automatiser (nouvelles technologies IT ; démarche qualité, etc.).
Une fois cela posé, il est plus aisé d’éviter les chausse-trappes et idées reçues sur la mutualisation.

Vu du côté de l’entreprise, la mutualisation ce n’est pas du cost-cutting

La dimension apprentissage, la qualité de service, l’implication des hommes et des femmes sont autant d’éléments clé. Un bon projet de mutualisation se construit dans l’objectif d’améliorer les services internes, la diffusion et l’accès à l’information, de développer des expertises métiers là où certains ne les voyaient pas. En cela les DRH et les DSI doivent être fortement impliquées. Un projet de mutualisation est un projet qui nécessite que les hommes et les femmes de l’entreprise (ou des entreprises) soient parfaitement embarqués dans le projet. Il doit aussi se fonder sur un meilleur usage des SI et des TICs pour réussir.
Pour les États, notamment africains, qui veulent recevoir sur le territoire ces centres d’excellence, la problématique est la même : une dimension SI et une dimension RH. Pour la dimension SI pas de mutualisation sans bon SI et sans bonne connectivité. Les câbles-sous-marins ont partiellement répondu au problème mais la capacité de communiquer des informations aux autres pays est un des freins ou accélérateurs de ces pays.

L’autre frein (ou accélérateur) est la formation

Pour pouvoir offrir dans un parc ou une technopole, une offre de service dans tel ou tel domaine encore faut-il que le  bassin d’emplois local ait les ressources. Dans de nombreux pays africains l’enseignement supérieur pour les entreprises reste limité même s’il progresse (plus de 1 000 business schools en Afrique). Nous sommes au cœur de l’enjeu de la mutualisation en Afrique. Pour faire un bon centre de mutualisation de la comptabilité d’un groupe il faut surtout de la connectivité et des comptables sur place.

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