Les données issues de l’Internet des Objets sont les leviers de croissance de demain

Avec la multiplication des capteurs et la montée en puissance de l’Internet des objets, maîtriser l’exploitation des Big Data devient plus que jamais essentiel pour les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité.

L’Internet des objets est aujourd’hui un moyen très efficace pour rapprocher le monde numérique du monde physique, c’est-à-dire resserrer les liens entre le système d’information et le terrain. Dans le passé, il y a toujours eu un décalage entre les deux, dès lors que les données issues du terrain n’avaient pas été intégrées dans le système d’information. Le plus souvent, les données de terrain étaient intégrées a posteriori, en mode « batch » ou par saisie manuelle, ce qui interdisait leur exploitation en temps réel et limitait la possibilité de répondre immédiatement aux demandes du marché ou aux aléas des opérations.  

Avec l’Internet des Objets, cette intégration est réalisée en temps réel – les objets connectés étant directement reliés au système d’information de l’entreprise, et même actionnables – ce qui offre une foule de nouvelles possibilités aux entreprises, notamment en termes de création de nouveaux services.

Parallèlement, dans le passé, dès lors que le produit était livré chez le client, l’entreprise ne pouvait plus exercer de contrôle, notamment quant à son utilisation. Avec l’Internet des objets, non seulement, elle est désormais en mesure de conserver ce contrôle, mais surtout, elle a la possibilité de proposer du service autour du produit. Les vendeurs de chaussures de sport deviennent des conseillers sportifs et les entreprises de transport deviennent des opérateurs de mobilité.

De moins de 5 milliards d’objets connectés recensés en 2010, on devrait en compter plus de 80 milliards en 2020, c’est-à-dire dans moins de 4 ans ! Cette nouvelle donne apportée par l’Internet des objets concerne l’ensemble des secteurs d’activité et en premier lieu les fabricants de produits. Mais des secteurs comme la santé, la grande distribution et l’industrie (hors production) devraient également profiter de cette nouvelle dynamique. L’agriculture est en ce sens un secteur emblématique, où les nombreuses innovations qui sont en train de voir le jour vont permettre d’apporter aux exploitations de l’intelligence et du conseil.

Relier le numérique au monde physique  

Intégrer l’Internet des objets au système d’information de l’entreprise ne résume pas à une problématique de connectivité. Il s’agit surtout de mettre en place un environnement complet permettant d’exploiter les données issues des objets connectés, dans l’objectif de dégager un avantage concurrentiel. Cette intégration des données de l’Internet des objets est en réalité à triple facette.

Dans un premier temps, il convient d’intégrer ces nouvelles sources de données avec les données existantes de l’entreprise. On constate aujourd’hui que la principale faiblesse dans ce domaine est le manque d’intégration entre les différentes applications de l’Internet des objets. Si les marchés liés aux montres connectées ou à la maison intelligente affichent des croissances plus modestes qu’anticipées, c’est parce qu’ils ne dégagent pas suffisamment de valeur pour le consommateur. Ceci s’explique par le manque de croisement entre les données que les équipements génèrent et celles déjà présentes dans le système d’information de l’entreprise (CRM par exemple).

Les opportunités paraissent gigantesques. Par exemple, Air France indique qu’elle a permis de dégager d’importants gains d’efficacité en choisissant d’exploiter les données de « seulement » 24 000 capteurs parmi les 300 000 que comptent les avions les plus modernes, comme l’airbus A380. La compagnie aérienne constate d’ores et déjà d’importants bénéfices, tant en termes de maintenance curative que préventive. Par exemple, le délai de détection de pannes est passé de 5 heures à 5 minutes. Mais on imagine les bénéfices dont elle pourra profiter quand l’ensemble des données des capteurs seront exploitées…

De son côté, GE Power (l’une des entreprises pionnières de l’analyse de données industrielles) estime analyser à ce jour seulement 2% des données qu'elle peut récupérer de ses turbines, ce qui montre aussi le potentiel qui reste à exploiter, même dans les entreprises les plus avancées. Enfin, aller au-delà des informations liées au produit permet, par exemple, à la SNCF d’accompagner son offre OUIGO de nombreux services à valeur ajoutée (par exemple, lorsque le train est en retard, le taxi et l’hôtel sont prévenus automatiquement).

Dans un second temps, les données issues de l’Internet des objets doivent être connectées aux applications de l’entreprise, pour déclencher des actions en temps réel. Dans le passé, la consommation d’eau des ménages était relevée manuellement tous les trois mois ; avec les compteurs intelligents, le contrôle de la consommation peut être réalisé en temps réel, ce qui permet par exemple de détecter au plus tôt les fuites qui représentent 25% de la consommation totale d’eau ! Tout l’enjeu de la connexion de ces données avec les applications réside dans la création de services à valeur ajoutée : alertes fuite, optimisation du rendement ou détection de compteurs bloqués, par exemple. Dans le même esprit, General Electric optimise la gestion de ses éoliennes en croisant de nombreuses données, notamment sur les conditions climatiques. A la différence d’Air France qui agit en mode batch, les données ici sont croisées en temps réel et alimentent une chaîne d’actions.

Enfin, dans un troisième temps, il s’agit d’ajouter de l’intelligence en intégrant la dimension analytique et le machine learning aux dispositifs. Des technologies comme Spark permettent aujourd’hui d’analyser et de gérer les données en mode « streaming », c’est-à-dire en temps réel, pour en tirer une connaissance utile aux métiers. Si m2ocity a développé au départ une plateforme dédiée à la facturation, elle devient aujourd’hui fournisseur de services à valeur ajoutée permettant d’économiser l’eau ou le chauffage, de fournir des conseils aux consommateurs, ou comme on l’a vu de détecter des dysfonctionnements. L’exploitation et l’analyse des big data issues de l’Internet des objets permet donc de développer des approches à la fois prédictives et prescriptives.

Capitaliser sur l’expérience et conserver la propriété des données  

Les expériences des entreprises dans le domaine de la maintenance industrielle laissent entrevoir des possibilités de développement spectaculaires pour d’autres secteurs. Par exemple, la santé. Le croisement des données issues des objets connectés avec les données du dossier patient devrait permettre d’anticiper des problèmes potentiels. L’exemple du pacemaker connecté est tout à fait emblématique des progrès potentiels dont nous allons tous bénéficier dans un avenir proche.

Reste à répondre dès aujourd’hui aux questions liées à la propriété de ces données. On voit, dans le secteur de l’agriculture, les géants Monsanto ou John Deere acquérir des entreprises spécialisées dans les big data. Et les agriculteurs commencent à comprendre les risques à traiter exclusivement avec ces acteurs : s’ils délèguent l’exploitation de leurs données, ils risquent de perdre la maîtrise de leur développement. La problématique est la même dans les secteurs de l’aéronautique ou de la santé. A l’instar des débats qui agitent aujourd’hui les professions du marketing et de la relation client, ces secteurs ne pourront s’affranchir d’une réflexion approfondie sur la propriété de ces données.

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